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9 choses sur lesquelles l'industrie du cinéma doit progresser en 2017

Il y a du boulot.

Publié le

1. Arrêter le «whitewashing».

Paramount Pictures

On a vu cette année Scarlett Johansson être choisie pour Ghost in the Shell. On a vu l'ensemble du film Doctor Strange. On a vu Matt Damon avoir le rôle principal dans un film sur la Grande Muraille de Chine. Et ce ne sont que quelques exemples qui montrent comment Hollywood a encore et encore effacé la présence des personnages racisés pour les transformer en personnages blancs.

Au moins, en 2016, quelques personnes ont commencé à s'intéresser à l'impact de ces décisions. Tilda Swinton et Margaret Cho ont publié une conversation par mail concernant la controverse autour de Doctor Strange et le scénariste et producteur du film Scott Derrickson a déclaré à The Daily Beast qu'il «n'avait pas vraiment compris l'intensité de la douleur qui existe pour les gens qui grandissent en regardant des films, comme ce fut son cas, mais sans y voir leur propre visage».

«Je pense que les gens qui ont élevé leurs voix, avec colère et force, sont nécessaires, a-t-il dit. Et que s'ils s'opposent à ce film, je ne peux pas dire que je ne les soutiens pas. Parce que comment est-ce que ça va changer autrement? C'est simplement le chemin que nous devons emprunter pour progresser, et quel que soit le prix à payer pour ma décision, je suis prêt à le payer.»

Mais les efforts d'Hollywood pour éliminer ces problèmes ont été, au pire, inexistants, et au mieux, minimes. L'étape suivante? Voir des changements, et de préférence en tirer les leçons avant que le film ne soit déjà fini et en salles.

2. Promouvoir différents types de star de cinéma.

20th Century Fox

À chaque fois qu'un film qui se déroule, mettons, durant l'Égypte ancienne est réalisé et que son casting est composé presque entièrement d'acteurs blancs, on entend toujours le même argument: il faut de grandes têtes d'affiche pour soutenir financièrement les grands films hollywoodiens. Comme par exemple pour Exodus: Gods and Kings, le réalisateur Ridley Scott a dit pour défendre son casting qui comprenait Christian Bale, Joel Edgerton et Aaron Paul respectivement dans les rôles de Moïse, Ramsès et Josué: «Je ne peux pas réaliser un film de ce budget, pour lequel je dépends du dégrèvement d'impôt en Espagne, et dire que mon acteur principal s'appelle Mohamed je-sais-pas-trop-quoi-de-je-sais-pas-trop-où. Je ne vais juste pas recevoir les fonds. Donc la question ne se pose même pas.»

Mais même les grands noms étaient des inconnus quand ils ont commencé. Souvent, ils ont atteint la célébrité uniquement parce que quelqu'un a parié sur eux: parce que quelqu'un a fait le pari qu'ils pouvaient porter le poids d'un film ou d'une série télé sur leurs épaules, cru qu'ils avaient ce qu'il fallait pour que les téléspectateurs s'identifient à eux. Nous devons donner cette chance à plus de gens, en particulier à des personnes racisées, ou avec des capacités physiques différentes, de différentes physionomies, etc.

3. Arrêter de tuer les personnages lesbiens.

The CW

Parfois l'histoire du monde réel pèse juste trop sur le développement de l'intrigue. Et c'est clairement le cas quand on parle de la tendance d'Hollywood à faire mourir les personnages LGBT, surtout dans les séries. 2016 a vu une véritable épidémie: tant de personnages lesbiens sont morts en si peu de temps qu'on dirait presque un effort collectif. The 100, Orange Is the New Black, Empire, The Catch, The Magicians, The Walking Dead, The Vampire Diaries, Blindspot, Person of Interest, Pretty Little Liars, Masters of Sex... Chacune de ces séries, et d'autres, ont fait mourir un personnage lesbien en 2016. Et les fans n'ont pas aimé.

La tendance «bury your gays» (enterrez vos homos) entraîne des réactions viscérales pour de bonnes raisons, compréhensibles quand vous voyez si fréquemment votre sexualité associée à la mort, au chagrin et à l'épuisement. Donc on a besoin d'une pause. Une longue, de préférence. Il y a d'autres façons de redonner de l'énergie à votre intrigue qu'en tuant vos personnages homosexuels.

4. Mettre en avant plus de morphologies différentes.

NBC

À travers l'histoire d'Hollywood, seuls quelques types de morphologies ont été montrés à l'écran et, qui plus est, considérés comme désirables. Et quand Hollywood décide de montrer quelqu'un au-dessus d'une certaine taille —surtout si ce quelqu'un est une femme, ils ont tendance à en faire tout un plat. Prenez la sitcom d'ABC American Housewife, dont le concept inclut une mère du Connecticut qui fait une fixation sur sa place de «deuxième plus grosse mère au foyer de Westport». Ou le drame familial de NBC This Is Us, qui met en scène la talentueuse Chrissy Metz, dont l'histoire tourne quasi exclusivement autour de son obsession de perdre du poids.

Lorsque Disney fait tout son possible pour donner à sa dernière princesse animée, Vaiana, un «corps plus réaliste» —comme l'explique le réalisateur John Musker, le résultat est toujours une jeune femme indéniablement mince. Certes, c'est un pas en avant par rapport aux anciennes princesses Disney dont les corps sont notoirement irréalistes, mais c'est un petit pas au regard du chemin qu'il reste à parcourir. Il est impossible d'avoir un rapport positif à son corps si différentes morphologies ne sont pas montrées à l'écran, et si on ne les y traite pas avec respect.

Environ 67% des femmes aux États-Unis mesurent une taille 44 ou plus, d'après le sondage du site Refinery 29; seulement 2% des images renvoyées par les médias reflètent cela. Et les films et les séries télé qui le font se focalisent généralement sur le poids du personnage et sur comment les gens autour réagissent à ce sujet.

Un bon film ou une bonne série télé raconte des histoires humaines, alors n'est-il pas malhonnête de prétendre que l'entièreté de nos vies se résume à nos corps et les expériences qui y sont liées. La gamme des possibilités n'est-elle pas plus large?

5. Arrêter d'utiliser les agressions sexuelles et les viols pour faire évoluer les personnages.

HBO

D'une certaine manière, on dirait qu'on commence juste à avoir des séries télé et des films qui montrent les agressions sexuelles et les viols avec plus de nuances et sous plusieurs angles. Il y a par exemple Jessica Jones qui s'intéresse au stress post-traumatique, et Sweet/Vicious qui maîtrise bien les mélanges de ton et l'humour noir.

Des personnes font face à des agressions sexuelles et leurs ramifications tous les jours, il est donc normal, quand c'est possible, que ces événements soient inclus dans les séries. Mais de nombreux scénaristes à Hollywood utilisent les agressions sexuelles comme des ressorts dramatiques pour faire évoluer les personnages facilement et rapidement. Game of Thrones, par exemple, est connu pour utiliser les agressions sexuelles comme des ressorts cathartiques pour les personnages féminins, mais cela n'efface pas les questions concernant les choix qu'ils ont faits par le passé. Jeremy Slater, le producteur exécutif de L'Exorciste expliquait à Variety dans un article sur le traitement du viol dans les scénarios «que sur [200 propositions de scripts], il y en avait probablement 30 ou 40 qui commençaient par un viol ou qui contenaient un viol assez sauvage».

Comme l'a dit la créatrice de Lost Girl et Killjoys Michelle Lovretta à Variety, «la relation entre le sexe et la violence est l'équivalent cinématographique d'un coup de fouet de mauvaise qualité. C'est un combo qui mélange beaucoup d'éléments allant droit au but —titillation, tabou, conflits entre les personnages, trahison intense. En une scène, vous pouvez changer l'arc narratif de beaucoup de vos personnages, et ce genre de bombe peut être assez tentante pour les scénaristes.»

Ce n'est pas seulement bas de gamme, c'est culturellement toxique. Sansa Stark aurait pu avoir sa vengeance sans être violée.

6. Ne pas exclure les personnes en situation de handicap.

ABC

Comme Alyssa Rosenberg l'écrit à propos du film Le Monde de Dory dans le Washington Post, «il est assez déprimant que certains des personnages en situation de handicap les plus aventureux et accomplis de la culture populaire américaine soient les poissons d'un dessin animé».

L'été dernier, des protestations se sont élevées avec une ampleur inédite contre le film Avant toi. Les protestataires critiquaient le film qui représentait, de manière romantique, un homme avec une lésion médullaire qui décide de mettre fin à ses jours par suicide assisté plutôt que de continuer à vivre avec sa quadriplégie. Cette réticence à l'égard d'Avant toi n'est que l'un des exemples dans la longue histoire de personnes rejetant à la fois la représentation faussée et la sous-représentation des personnes en situation de handicap à Hollywood.

«Cette conversation est vraiment nécessaire car il y a 56 millions d'Américains qui vivent avec un handicap, déclare Marlee Matlin à laDisability Inclusion Roundtable au début du mois de novembre, d'après Deadline. C'est 20% de la population. Mais si vous vous basez sur ce que vous voyez à la télé, vous penserez que nous sommes moins de 1%.» Comme l'a dit la présentatrice télé Sophie Morgan à l'Irish Examiner, «j'adorerais allumer ma télé et voir une personne en situation de handicap parler de ce qu'elle aime ou jouer un rôle qui ne se focalise pas uniquement sur sa déficience».

«Nous, en tant qu'industrie, parlons sans arrêt de la diversité, a-t-elle déclaré. Nous savons que nous avons un problème mais lorsque nous commençons à parler de diversités, le handicap semble être oublié. Nous nous souvenons tous des derniers Oscars car ils étaient trop blancs. L'Académie dit que son mandat de 2016 est l'intégration dans toutes ses facettes, mais où est le handicap?»

7. Faire des recherches.

Universal Pictures

Lorsqu'une personne écrit à propos d'une culture ou d'une expérience en dehors de son vécu personnel, il est important qu'elle assume la responsabilité venant avec et qu'elle fasse ses recherches. Représenter le BDSM? Une femme japonaise ayant récemment immigré aux États-Unis dans les années 40? Un personnage trans en recherche d'emploi? Une femme noire chez le coiffeur? Renseignez-vous sur comment ça se passe. Cherchez autant que possible des témoignages directs. Faites des recherches.

«Lorsque les artistes créent quelque chose concernant les minorités avec peu de recherche ou de tentative pour comprendre l'expérience vécue, ils devraient s'attendre à des questions sur la représentation, dit Alice Wong, fondatrice du Disability Visibility Project, à BuzzFeed en juin. On est en 2016, bon sang.»

8. Engager des scénaristes divers.

QUEEN SUGAR writers room love! Saluting our writing team Tina, Ben, Denise, Jason, Anthony. Write on! #inclusivecrew

Le rapport de The Writers Guild of America sur les scénaristes d'Hollywood en 2016 a été intitulé «Renaissance in Reverse?» (La Renaissance à l'envers?), et a mis en évidence qu'en 2016, les scénaristes de couleur «sont toujours sous-représentés par un facteur de près de 3 sur 1 parmi les scénaristes de télé». D'après une étude de l'université d'USC Annenberg qui a analysé près de 6500 scénaristes, «pour chaque femme scénariste, il y a 2,5 hommes scénaristes». C'est un grand fossé, et cela influence ce que l'on voit à l'écran.

Le fameux test de Bechdel possède des standards plutôt basiques pour dépeindre les femmes dans les fictions: deux femmes nommées à l'écran doivent se parler de quelque chose d'autre qu'un homme. Lorsqu'il y avait au moins une femme dans l'équipe de production d'un film, par exemple, seulement 17% des films ont échoué au test, d'après une étude sur 4000 films. Lorsqu'un film a été écrit entièrement par des femmes, seulement 6% ont échoué. Lorsqu'il n'y avait aucune femme présente, environ la moitié ont échoué.

Alors que la demande pour plus de représentation à l'écran augmente, il est important de rester également à l'affût de ce qui se passe derrière l'écran. Après tout, nous avons vu une légère hausse dans la représentation discrète mais révolutionnaire de l'avortement à la télé cette année et nous pouvons probablement attribuer cela en grande partie à la parité dans chacune des salles d'écriture de ces séries.

9. Recruter de manière plus inclusive à chaque niveau du processus de production.

ABC

Réalisateurs. Producteurs. Directeurs de studio. Directeurs de la photographie. Costumiers. Du début à la fin du processus de production, l'intégration a toujours été un problème, et ce depuis que la machine hollywoodienne existe. Et ce n'est pas quelque chose qui peut être changé facilement, ou d'un seul coup. Les instincts et les murs institutionnels bloquant l'accès sont réels et difficiles à abattre. Seulement 1 série sur 5 durant la saison télé 2015-2016 a mentionné une femme créatrice du projet, d'après une étude de l'université d'État de San Diego. Sur la chaîne Adult Swim, cette statistique tombait à 1 sur 34.

Comme Ariane Lange l'expliquait à BuzzFeed en septembre, une source ayant travaillé avec la chaîne américaine Adult Swim a constaté que «le manque de créatrices a été épinglé comme un problème dès 2005, et pourtant on dirait qu'aucune mesure concrète n'a été prise pour rectifier cette différence durant la dernière décennie».

Se diriger vers plus d'intégration –et les nombreux avantages que cela implique– demande du temps et des efforts, de la part de toutes les personnes concernées. Le co-créateur d'Arrow Greg Berlanti, par exemple, a promis cet avril d'embaucher 50% de femmes et de personnes de couleur pour réaliser la série. «C'est votre fardeau. Vous découvrirez que cela, au final, rendra la série meilleure, et que c'est vraiment une bonne stratégie», a-t-il déclaré à une salle de réalisateurs en avril.

Il a aussi fait remarquer un casse-tête bien connu: pour pouvoir être embauché-e sur un gros projet à Hollywood, vous devez souvent avoir déjà travaillé sur un autre gros projet à Hollywood. Mais, comme pour les acteurs, les créatifs entrent dans le système lorsque quelqu'un décide de leur donner leur chance. Colin Trevorrow avait principalement travaillé sur des petits projets et des films indépendants avant qu'Universal le choisisse pour Jurassic World et son budget de 150 millions de dollars. Et ça a marché. À l'heure actuelle, Ava DuVernay est la seule femme racisée à avoir jamais réalisé un film d'un budget de 100 millions de dollars pour un studio majeur. Pourtant, elle n'est pas la seule à en être capable ni a en avoir envie. Le progrès demande que l'on prenne des risques et que l'on donne une chance à ces personnes.

Ce post a été traduit de l'anglais.

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