back to top

Si vous êtes un homme, voici 11 choses que vous pouvez faire après #balancetonporc et #MeToo

Écouter, croire, s'interroger sur ses propres comportements...

Publié le

Depuis début octobre, le producteur de films américain Harvey Weinstein est accusé par des dizaines et des dizaines de femmes de harcèlement et d'agression sexuelle. Cette affaire retentissante a largement dépassé le cadre d'Hollywood, et de nombreuses femmes de tout âge et de toute catégorie sociale partagent désormais leur propre expérience.

Grâce à ce flot de parole, de nombreux hommes semblent découvrir avec plus ou moins de stupéfaction les centaines de récits de harcèlement, d’agression sexuelle ou de viol publiés sur les réseaux sociaux.

Vous avez peut-être vu passer des statuts #MeToo sur Facebook, #BalanceTonPorc sur Twitter. En parlant aux femmes qui vous sont proches, vous avez peut-être découvert des choses dont vous n’étiez pas au courant. Parce qu’on ne parle ni spontanément ni facilement des violences sexuelles, mais aussi parce que les hommes n’y prêtent pas forcément assez attention ou que les femmes ne se sentent pas à l'aise pour leur en parler.

Alors, que pouvez-vous faire en tant qu'homme ? Voici une liste non exhaustive.

Publicité

Votre premier réflexe face au débat actuel sur le harcèlement sexuel est sans doute de vouloir exprimer votre opinion sur le sujet, voire de rappeler aux femmes de votre entourage que vous, vous n’avez jamais été témoin de tels agissements, et que vous avez du mal à y croire. Ce réflexe n’aide pas. Quand on a subi, comme de très nombreuses femmes, du harcèlement sexuel ou une agression, parler est à la fois très douloureux et très intimidant. Le mieux est donc de laisser aux femmes l’espace de s’exprimer, plutôt que de ramener la conversation à vous.

Cela peut paraître évident, pourtant les femmes sont souvent privées de cet espace au quotidien, dans des situations beaucoup plus anodines qu'une discussion sur les violences sexuelles. Comme l’explique le site WomanInterrupted, plusieurs travaux scientifiques, menés dans différents domaines, montrent la même chose : les hommes parlent plus en public que les femmes. Une étude de l'université d'État de Portland de 2012, publiée dans l'American Political Science Review, montre que dans la plupart des configurations de groupes, les femmes parlent significativement moins que les hommes lors de débats. Lors de la campagne présidentielle de 2014 au Brésil, les femmes candidates ont été interrompues 4 fois plus que les hommes, un phénomène que BuzzFeed France a aussi constaté lors d’un débat des primaires du parti Les Républicains.

En ce moment, il est plus que jamais nécessaire que les hommes se taisent et écoutent, pour donner aux femmes la place qu’elles méritent dans les conversations – publiques et privées – et qui leur est trop souvent prise. Donner la parole aux femmes, c’est déjà les laisser parler.

2. Écoutez.

C'est simple. Écoutez les femmes autour de vous ou sur les réseaux sociaux. Écoutez-les et croyez-les quand elles partagent ces expériences qui vous font peut-être halluciner, même si votre réflexe pourrait être de dire «mais non, c’est pas possible ???». Et posez-vous la question : pourquoi est-ce la première fois que vous en entendez parler ? Avez-vous déjà demandé aux femmes de votre entourage si elles avaient subi ce genre d’agissements ? Est-ce que votre attitude avec elles ou d’autres femmes a pu leur faire penser que vous ne les croiriez pas ? Avez-vous écouté ou êtes-vous prêts à écouter sans jugement et sans ramener la conversation à vous ? Écouter, ce n'est pas forcément évident, mais c'est nécessaire.

De la même manière, dites-vous que les femmes qui (vous) en parlent ne cherchent probablement pas à ce que vous leur donniez une «solution» : leur dire d'aller porter plainte, ou de donner des noms, ne les aide pas. Vous êtes peut-être indigné et avez envie d'agir, mais les écouter, les croire et ne pas leur donner des conseils qu'elles ne vous demandent pas est déjà une action en soi.

Comme l’explique la journaliste Lucie Ronfaut sur Twitter : pas la peine de s’indigner de l’affaire Weinstein si l'on ne fait rien contre nos amis «un peu chiants avec les filles». Parce que les dynamiques qui ont permis à Harvey Weinstein d’agir impunément pendant si longtemps sont les mêmes qui permettent à ce pote relou d’envoyer des messages inappropriés à une collègue sans vraiment se rendre compte de ce qu’il fait de mal, ou sans s'en soucier.

Malheureusement, dans notre société, de nombreux comportements sexistes comme mettre une main aux fesses ou faire des commentaires suggestifs à une femme sont considérés comme «normaux» et passent parfois même pour de l'humour, ou de la «drague lourde». Seulement, ce collègue ou cet ami n’est pas juste relou : de nombreuses études montrent que le harcèlement sexuel sur le lieu de travail affecte le moral, la présence des employées (même celles qui ne sont pas victimes directes), peut mener au départ d’une entreprise, et augmente les risques de dépression. Quand vous constatez du harcèlement (et pour savoir ce qui est du harcèlement, vous pouvez vous référer à l’infographie du collectif Paye Ta Shnek), vous pouvez intervenir et rappeler à ce collègue ou ami que ce genre de remarques ne sont pas acceptables. Votre parole aura peut-être, malheureusement, plus de poids que celle d’une femme, parce que votre pote s'attendrait à votre complicité masculine, et que vous la lui refusez.

Publicité

Si votre parole n’a aucun effet et que le harcèlement se poursuit, vous devez aussi aider la ou les victimes à lutter contre ce harcèlement. Veillez à toujours respecter les souhaits de la victime sur la façon d'agir. Est-ce qu'elle voudrait votre soutien auprès de la hiérarchie ou des RH si elle compte en référer officiellement ? Est-ce qu'elle souhaiterait que vous l'aidiez à ne pas se retrouver seule avec l'homme en question ?

Bien sûr, combattre ces comportements toxiques a un prix : si quelqu'un de votre entourage continue de faire des blagues sexistes, de raconter en se vantant des épisodes qui relèvent du harcèlement ou de l’agression sexuelle, et ne change pas de comportement quand vous lui en faites la remarque, c’est à vous de lui faire comprendre que vous ne tolèrerez plus ce comportement, et que vous ne traînerez pas avec quelqu'un qui ne respecte pas les femmes. C’est douloureux, mais toujours moins que d’être harcelée ou agressée, et vous ne serez plus en train de cautionner un copain «parce que quand même il est sympa».

Le vice-président américain Mike Pence affirme qu’il refuse de dîner seul avec une femme qui ne soit pas son épouse, par «fidélité». C'est une vaste connerie : si on est un homme hétérosexuel, il serait donc impossible d’avoir une interaction amicale ou même professionnelle avec une femme sans qu'elle implique une tension sexuelle. Or, Mike Pence n'est pas le seul à réfléchir ainsi.

Le concept de «friendzone» sous-entend que l’amitié platonique avec une femme est sans intérêt. Dans l'une de ses BD, l'autrice Mirion Malle explique bien qu’il s’accompagne du «girlfriendzoning» : certains hommes ne sont pas en mesure de voir les femmes autrement que comme de potentielles conquêtes sexuelles ou romantiques. Il est nécessaire de sortir de cette logique, parce qu’elle sous-entend tout simplement que les femmes ne sont pas des personnes à part entière et dignes de respect si elles ne sont pas un objet sexuel ou d’affection pour les hommes.

Finalement, le seul intérêt que verraient les hommes dans le fait d'être ami avec une femme, ce serait de coucher avec elle. Or, c'est ce genre d'idée reçue qui nourrit une culture dans laquelle des hommes se sentent en droit de harceler ou d'agresser sexuellement des femmes, parce que leur rôle premier serait de satisfaire les désirs des hommes.

Publicité

Comme l’explique la blogueuse Crêpe Georgette (dont le blog est une excellente source d'information sur le féminisme, les violences genrées et les dynamiques sexistes) : «Les hommes qui sont féministes ou souhaiteraient s'y engager ont une tâche lourde ; décortiquer le genre masculin.»

La première étape est de se rendre compte des inégalités entre hommes et femmes : les femmes sont moins bien payées que les hommes, et ce sont elles qui subissent la majorité des agressions sexuelles, entre autres.

Vous pouvez aussi réfléchir à certaines expressions que l'on utilise souvent sans y faire attention, mais qui renforcent des clichés nocifs : pourquoi un homme qui exprime ses sentiments est-il une «femmelette;», ou pourquoi est-il considéré comme faible ? Pourquoi, à l'inverse, associe-t-on le fait d'«avoir des couilles», donc littéralement d'avoir des attributs masculins, comme une marque de courage ?

S'interroger sur la masculinité et les clichés qui l'accompagnent, cela veut dire lire ou parcourir des ouvrages comme L’Histoire de la virilité (Éd. Seuil, 2015), ou écouter le podcast «Les couilles sur la table» qui vient de se lancer. Cela veut aussi dire suivre les conseils donnés dans cet article : ne plus tolérer le «sexisme banal» autour de soi, abandonner «les complicités masculines», quitte à faire le tri dans ses amis.

Une grosse partie de la culture patriarcale vient aussi de notre consommation culturelle : le sexisme s’exprime tous les jours de manière subtile dans les films, les séries, les pubs... Une majorité des œuvres culturelles sont produites par et pour des hommes, et cela influe forcément sur notre vision des femmes (souvent dépeintes comme des objets sexuels, des personnes faibles, des objets romantiques). Cela affecte aussi notre vision du consentement : de si nombreux films dépeignent des actes forcés comme «romantiques» qu’on a l’impression qu’on peut reproduire tranquillement ces comportements dans la vraie vie, alors qu’il s’agit d’agressions. Et puis, la culture offre aussi une vision très particulière du rôle des hommes (machos, toujours en démonstration de force).

Chercher des œuvres culturelles faites par les femmes et pour les femmes, ou des œuvres qui abordent intelligemment la question du sexisme, c'est changer aussi son regard sur la société, progressivement. Si vous ne savez pas trop par où commencer, voici des recommandations de séries, films et BD qui n’ont pas un point de vue patriarcal.

En lisant ça, vous vous direz peut-être que nous n’avez jamais exercé la moindre violence sexuelle, physique ou morale à l’encontre d’une femme. C’est peut-être faux. Comme le soulève bien ce tweet : «C’est pas étrange quand même de voir que toutes les femmes connaissent quelqu’un qui a été harcelé sexuellement mais aucun homme ne semble connaître de harceleur ?»

La première chose que vous pouvez faire, c’est lutter contre le réflexe naturel de vouloir se distancier immédiatement des «mecs qui font ça», et vous interroger : est-ce que j’ai vraiment toujours respecté le consentement des filles ou femmes que je rencontrais ? Est-ce que je n’ai jamais continué à insister quand une femme me disait ou me faisait comprendre qu'elle n'était pas intéressée ? Est-ce que j’écoute vraiment les femmes quand elles disent non ? Est-ce que je n’ai pas déjà touché une femme par surprise, «pour rigoler», ou sans son accord ?

Beaucoup d’hommes jouent, parfois en s'en rendant compte, parfois sans s'en rendre compte, avec la limite entre drague et harcèlement sexuel, qui est pourtant assez claire si on regarde l'infographie de Paye Ta Shnek. Or, reconnaître ça est la première étape pour ne pas harceler.

Publicité

10. Prenez en compte les droits des femmes dans vos choix politiques.

Pour faire changer les choses, il faut également de l’action politique, à un niveau national et local. Par exemple, l’Association contre les violences faites aux femmes au travail explique que le projet de loi travail rendra plus difficile la lutte contre le harcèlement au travail au sein même des entreprises. Les élus nationaux et locaux fixent aussi les budgets respectifs alloués à la lutte contre les inégalités femmes-hommes. Des partis respectent plus ou moins bien la parité, etc.

Certains parents veulent inscrire leurs filles à des cours de sports de combat, et c'est toujours une bonne idée de savoir se défendre. Mais il faut aussi leur apprendre, et surtout aux garçons, la notion de consentement. Leur apprendre à ne pas réprimer leurs émotions, et à respecter les autres filles. C'est tout un programme ! Il s'agit de lutter contre le «Allez pleure pas, t'es un garçon», le «les poupées c'est pour les filles» (comme si les garçons n'allaient pas un jour devenir des hommes avec des enfants…), mais aussi le «Dis pas de gros mots, c'est pas joli dans la bouche d'une fille». De faire lire à vos enfants des livres écrits par des hommes et des femmes, où les héros peuvent être des héroïnes, etc.

Pour commencer, on vous conseille ce dépliant réalisé par une mère «pour que les petits garçons puissent être et aimer ce qu'ils veulent sans qu'on les emmerde», cet article du site d'information Rue89 sur comment éduquer son fils pour qu'il ne soit pas sexiste, ou celui-ci, en anglais, du New York Times sur le même sujet.

Alors, vous savez ce qu'il vous reste à faire !

Sponsorisé

Every. Tasty. Video. EVER. The new Tasty app is here!

Dismiss