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Dans la vraie vie d'Isabelle Huppert (ou presque)

À peu de choses près.

Publié le

6h: Isabelle se réveille aux aurores. Elle quitte avec la légèreté qu'on lui connait le lit qu'elle fréquente à peine, seulement quand l'envie lui prend. Les reines n'ont pas le temps d'être fatiguées.

6h01: Isabelle abat d'un simple regard son premier ennemi de la journée, un merle qui chantait trop fort sur le rebord de la meurtrière qui lui sert de fenêtre. «À trop vouloir approcher le soleil, on finit par se brûler», susurre-t-elle à l'oreille de l'oiseau à l'agonie.

7h19: Isabelle jette un coup d'oeil à son iPhone, l'une des rares concessions qu'elle a choisie de faire à la vie moderne. 17 appels manqués, tous de Gérard Depardieu. Elle ne le rappellera pas.

8h05: C'est l'heure du petit déjeuner. Isabelle descend pieds nus dans le bois attenant à son château, vêtue d'une robe de lin clair qui lui descend jusqu'aux chevilles. L'herbe est encore mouillée, Isabelle s'en fiche pas mal. Elle prend le chemin de son verger, et cueille d'une main experte les poires et les pêches qu'elle fait pousser elle-même. Ses «filles», comme elle les appelle.

9h18: Un peu d'introspection. Devant son miroir, Isabelle parle à Isabelle. La conversation est formidable, évidemment.

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10h43: Isabelle finit de s'habiller. C'est l'heure du déjeuner pour Philippe, son lynx de compagnie. Isabelle lui caresse le front d'une main absente. Leur relation n'est plus ce qu'elle était, et ils le savent tous les deux.

11h28: Une voiture se gare dans l'allée du château. C'est Éric, le professeur de zumba. Isabelle n'a pas internet mais Isabelle sait bien ce qui est dans le vent. Isabelle n'est pas complètement folle.

12h45: Isabelle déjeune d'un chevreuil. Entier. Seule.

14h09: Isabelle prend un bain d'eau de pluie. Philippe l'évente, elle lit Proust. À ce moment précis, Isabelle prend conscience de l'évidente vanité de sa condition. L'espace d'un instant, elle s'en réjouit.

15h15: Il est 15h15, Isabelle fait un vœu. Ce n'est pas parce qu'on est reine de France que l'on est forcément au-dessus de ce genre de superstitions.

16h18: Isabelle commence l'écriture d'un scénario de film.

16h59: Isabelle a fini d'écrire son scénario. Un drame social qui se passerait en Corrèze, et dans lequel elle jouerait le rôle d'Isabelle Huppert.

17h03: Isabelle relit son scénario une dernière fois, puis le déchire en mille morceaux. Ce qui lui plait, c'est la ~démarche artistique~. Pas la reconnaissance.

18h37: Le coiffeur d'Isabelle est en retard. Il prie l'actrice de bien vouloir l'excuser, et s'installe à la hâte en plein milieu du salon. Isabelle déplie Picsou Magazine sur ses genoux, et le feuillette pendant qu'il s'affaire derrière elle. Quand il lui demande «ce qu'on fait aujourd'hui», elle répond, agacée: «Vous savez bien, comme d'habitude: on fait Isabelle Huppert».

19h59: Isabelle allume la télévision, elle ne manquerait pour rien le journal télévisé de Julian Bugier. Isabelle verse une larme et se murmure à elle-même: «Comment se peut-il qu'un homme avec de si beaux sourcils ne soit que le remplaçant de David Pujadas? La vie est si mal faite...»

22h18: Le téléphone d'Isabelle sonne. C'est encore Depardieu. Elle décroche, à regret: «Ne fais pas l'enfant, Gérard, et efface ce numéro.»

23h41: Isabelle passe une dernière fois devant le miroir de sa chambre, et se souhaite une bonne nuit.

00h05: Isabelle s'installe dans son lit, ajuste la paille sur laquelle elle dort et boit une dernière gorgée de larmes de ses ennemis. Elle repose la bouteille sur sa table de chevet et souffle, juste avant de fermer les yeux: «Encore une belle journée pour Isabelle Huppert.»

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