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J'ai passé une semaine sans smartphone et voilà ce que j'ai appris

Le plus frappant avec l'absence de portable, c'est de remarquer que toute sa vie tourne autour de ce dernier.

Publié le

Vendredi 20 novembre, 12h15, il est l'heure de manger. Il pleut des cordes, parapluie dans une main, portable dans l'autre. Quelques minutes plus tard... Il ne me reste plus que le parapluie. Mon portable n'est plus là, mais dans les poches de celui que j'ai vu courir quelques minutes plus tôt sans me rendre compte qu'il avait l'un des objets les plus précieux de ma vie: mon iPhone. Mon iPhone 5. Mon iPhone 5s.

Mon portable, mon intimité...

La première chose qui me vient à l'esprit c'est de savoir si j'avais des photos honteuses. Je réfléchis... Mince... Oh putain! Non en fait. Mais quand même, ça fait réaliser que le portable, c'est une grosse partie de notre vie intime, les photos, les vidéos et les messages qui vont avec. Se le faire voler, c'est se faire voler une partie de soi.

Bon, il est temps de se calmer et de retourner sur ses pas, sait-on jamais peut-être qu'il est tombé? Mouais. Peut-être qu'il est sous la pluie, caché sous une voiture? Mouais. Peut-être que quelqu'un l'a ramassé et que cette bonne âme va me retrouver sur le chemin? MOUAIS. Après quelques (gros) faux espoirs, c'est sûr, je peux le dire haut et fort «on m'a volé mon portable». Tant pis, je vais chercher à manger (enfin) et rester calme. Je reviens au bureau et quand j'annonce la nouvelle à mes collègues, je peux ressentir la peine sur leurs visages: «Ma pauvre, ça va? Je suis vraiment trop désolé-e.»

Il n'y a pas mort d'homme les gars, c'est juste un portable. Et là, ça me fait prendre conscience que le portable est considéré comme (très) précieux chez à peu près toutes les personnes de mon âge. L'une de mes collègues est même allée jusqu'à me dire qu'elle préfèrerait «perdre son portefeuille, plutôt que son portable».

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Mon portable, mes habitudes...

Je décide que je vais tenter de (sur)vivre sans portable jusqu'à ce que ma situation soit réglée. Mais après être restée calme toute la journée, je commence à ressentir le manque. Qu'est-ce que je vais faire en attendant que mon cours de sport commence, moi qui avais l'habitude de prendre mes pieds en photo et de faire des #workout à gogo sur Instagram? Comment je vais faire pour annuler ce verre que je devais prendre le soir-même? Bon allez, c'est l'heure de rentrer et de prévenir mes proches et les personnes qui m'écrivent souvent (trois personnes en fait) que nos échanges se feront désormais via internet. Ces moments où la messagerie Facebook devient ta meilleure amie. De toute façon, je m'en fiche, j'avais prévu de passer le week-end devant Netflix.

Ce week-end n'a jamais été aussi reposant, et c'est sans AUCUN doute grâce à l'absence de smartphone. Et grâce à l'achat de ce truc qui m'a principalement servi de réveil (puisque ma puce d'iPhone ne passe pas) et qui s'est pété au bout de deux jours.

Un week-end magique sans regarder son portable toutes les deux secondes pour ré-actualiser une page d'accueil de Facebook où il ne se passe jamais rien; un week-end sans être happée par les infos qui arrivent par centaine sur Twitter; un week-end sans déprimer parce que Machine est à l'autre bout de la terre et partage sa vie merveilleuse sur Instagram. Un vrai week-end, tout simplement. Un week-end comme je n'en avais pas eu depuis longtemps, parce que trop occupée à soit partager une version améliorée de ma vraie vie sur les réseaux sociaux, soit à passer mon temps à scroller des informations que j'oublierai vingt minutes plus tard.

Le plus frappant avec l'absence de portable, c'est de remarquer que toute sa vie tourne autour de ce dernier. Au réveil: portable. Sur le chemin du boulot: portable. À la pause dej: portable. En travaillant: portable. Dans le métro: portable. En soirée: portable. Avant d'aller dormir: portable. Et rebelote le lendemain. C'est clair, le portable guide ma vie et clairement toutes mes interactions, qu'elles soient amoureuses, sociales ou professionnelles.

Mon portable, mes interactions...

Mais pour la première fois (depuis toute ma vie), mes repas du midi ont été rythmés par la lecture d'un magazine et non par le «stalking» de la vie des autres sur les réseaux sociaux, avant que mes collègues ne viennent me tenir compagnie. Manger dans le calme en ayant des discussions intéressantes, ça fait du bien. Sauf quand tous mes collègues, l'un après l'autre, sort son portable et ne discute plus mais scrolle, scrolle et scrolle. Ok, il est temps que je me replonge dans mon magazine vu que personne n'est apte à discuter.

Mais c'est aussi surtout la première fois que je prenais le temps de regarder les gens qui venaient à mon cours de sport et à qui je n'avais jamais prêté attention. Que je souriais à des inconnus dans la rue ou plutôt que eux me souriaient mais que je ne l'avais jamais remarqué vu que je ne les regardais pas. Et soudain, on se rend compte que le cliché des Parisiens qui font tout le temps la gueule est faux, c'est juste que personne ne se regarde et que personne ne prend le temps de savoir ce qui se passe autour de soi, mais préfère savoir ce qui se passe sur internet. C'est aussi pendant cette semaine que j'ai été le plus à l'heure à mes rendez-vous, car sans portable, plus d'excuses bidons à envoyer par message du style «le métro stationne, je vais avoir du retard». En fait, ne pas avoir de portable, ça rend plus civilisé.

Cependant, les bons côtés ont aussi leurs limites, parce que c'est aussi la première fois que je flippais de rentrer seule à 1h du mat' dans les rues de Paris, car sans aucun moyen de communication pour prévenir qui que ce soit en cas de problème. Mine de rien, voir un mec étrange traîner dans les parages et ne pas avoir de portable n'est pas la chose la plus rassurante au monde...

Loin de moi l'idée de dire que ce fut une expérience facile. Finalement, c'est un peu comme une drogue, au début ça paraît simple d'arrêter parce qu'on ne se considère pas comme dépendant. Sauf que très vite, on se rend compte que ça nous manque et que c'est devenu un besoin vital. Genre très vital. On se rend compte que cet objet est la source principale de nos discussions, que les principales interactions se font par ce biais mais que surtout sans lui, on se sent un peu insignifiant finalement. Ce besoin de partager chaque instant de notre vie, des pensées comme des photos, de solliciter Google pour avoir la réponse à nos questions et de ne plus jamais demander son chemin dans la rue parce que Google encore... Tout ça et plus encore nous rend un peu (beaucoup) zinzin.

Mon portable, ma prise de conscience...

Certes, il y a beaucoup de choses que le portable a rendu néfaste, mais c'est quand même génial de se dire que cet objet des temps modernes permet de communiquer avec n'importe qui dans le monde, de trouver son chemin sans se faire induire en erreur par une mamie qui perd un peu la boule et de partager (se la raconter) des instants de sa vie à ses amis grâce à des applications comme Instagram ou Snapchat. Et ce sont ces derniers exemples que j'ai envie de retenir plus que les premiers parce que ce sont ceux qui me permettent de garder des liens forts avec des personnes que je ne vois pas souvent, qui habitent à l'autre bout du monde et qui arrivent à rester dans ma vie, grâce à ce petit objet magique.

Le portable pour moi ce sont des échanges permanents avec le monde qui nous entoure. Et ne pas en avoir en 2015, c'est être coupé du monde et en quelque sorte de la vie. Mais alors comment faisaient nos parents pour se donner rendez-vous? Pour flirter? Pour vivre? Ce sont les questions qui me reviennent sans cesse, car tout paraissait plus «simple» à l'époque et on a souvent tendance à croire que «tout était mieux avant» et que les nouvelles technologies ont changé la donne négativement. Alors que c'était tout simplement parce qu'ils n'avaient pas le choix. Nous l'avons, alors pourquoi se restreindre et prétendre ne pas vouloir vivre avec notre temps?

Si cette semaine sans portable m'a fait reconsidérer certaines choses dans mes rapports avec les autres, je suis consciente de mon privilège: j'ai la chance de pouvoir décider de si je souhaite un smartphone qui coûte la moitié d'un bras et d'une jambe ou si je préfère vivre sans en privilégiant d'autres formes d'interactions. J'ai choisi la première solution. J'ai donc décidé de me prendre un autre iPhone. Un iPhone 6 cette fois. Un iPhone 6s pour être plus précise (en trois fois quand même pour rester en bons termes avec ma banquière). Parce que bon les photos du brunch du dimanche à partager sur Instagram ne vont pas se faire toute seules, et parce que je fais partie de cette génération qui aime beaucoup trop les selfies et que sans portable, c'est pas si facile.

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