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20 scénaristes de série nous disent de quelle scène ils sont le plus fiers

Les cerveaux derrière Lost, Sex And The City, X-Files ou How to Get Away With Murder dévoilent la réplique, le twist, la scène ou l'épisode qu'ils ont adoré écrire.

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1. Mike Schur, Parks and Recreation

Dure question… Je dirais Halloween Surprise, où Ben demande Leslie en mariage. Surtout parce que ça a rendu ces deux personnages heureux comme jamais, et c'est un super sentiment, quand on est scénariste. Bon, aussi parce que l'intrigue tourne autour de Jerry, qui pète en même temps qu'il a une attaque cardiaque, ce qui nous a permis d'inventer l'expression «Fart Attack» (jeu de mots sur «fart», pet, et «heart attack», crise cardiaque).

2. Rob Thomas, Veronica Mars

Quand j’ai écrit la première scène du pilote de Veronica Mars, j’avais deux objectifs. D’abord, je voulais qu’y figurent tous les codes du film noir: une scène de nuit, la lumière d’un néon qui se reflète sur un trottoir humide, un endroit louche, une voix off Raymond Chandler-esque, blasée et misanthrope, une temporalité décousue, un héros détective privé. Ensuite, il fallait que je donne chair à Veronica. Je voulais que les gens sachent que cette ado de 17 ans avait vécu. On n’apprendrait son viol et le meurtre de sa meilleure amie que plus tard dans l’épisode, mais c’était important pour moi qu’on se dise en la voyant que c’est quelqu’un qu’il vaut mieux ne pas contrarier.

Le réalisateur du pilote, Mark Piznarski, a fait un super boulot, mais la chaîne nous a dit: «Si la série se passe au lycée, on doit voir le lycée.» Ça m’a vraiment fait mal d’abandonner cette séquence. Mais au moins, j’ai pu l’utiliser sur les DVD.

3. Steven Levitan, Modern Family

Je dirais que c’est sans doute le pilote, co-écrit avec Chris Lloyd, et surtout la scène où Cam présente à la famille de Mitchell le bébé qu’ils viennent d’adopter, en le brandissant comme dans Le Roi Lion. Je suis content aussi d’avoir cassé l’ambiance avec la réplique de Jay: «Elle fait partie de la famille maintenant. Allez, fais-moi voir le petit ravioli chinois.»

4. Michael Patrick King, Sex and the City

Je suis très fier du finale en deux parties, quand Carrie déménage à Paris. Ma réplique préférée, c’est quand Miranda dit à Mr. Big: «Ramène-la-nous»

5. Damon Lindelof, Lost

ALERTE SPOILER MÊME SI ÇA FAIT HUIT ANS QUE L’ÉPISODE EST SORTI

L’idée qu’on a eue pour la dernière scène de l’épisode … et où tout finit (le finale de la saison 3), on l’a piquée au film Saw 2. Pour ceux qui ne l’ont pas vu, Donnie Wahlberg joue dedans et le twist, c’est que les spectateurs pensent assister à une scène qui se déroule dans le présent, alors qu’en fait, elle se déroule DANS LE PASSÉ.

Bref. Avec Carlton, mon co-auteur, on avait *enfin* réussi à obtenir de la chaîne ABC qu’elle annonce une date de fin pour la série (trois ans à l’avance) pour nous permettre *enfin* de casser la monotonie des flashbacks et commencer les flash-FORWARDS. Mais grâce à la divine inspiration de Saw 2, on s’est dit que le mieux, c’était de faire en sorte que le tout premier flash-forward RESSEMBLE à un flashback habituel Et dans la dernière scène, BOUM, EN FAIT C’EST LE FUTUR, LES MECS!!! DANS TA FACE DONNIE WAHLBERG! J’ai adoré écrire cette séquence: Jack attend devant l’aéroport de Los Angeles, une voiture s’arrête à sa hauteur, la porte s’ouvre… et c’est KATE.

Quand j’écris, je doute énormément et je suis très sévère avec moi-même, mais ce fut l’une des rares fois où je n’ai pas douté un instant que ça allait être génial.

6. Chris Carter, X-Files

La quatrième saison de X-Files a sans doute été la plus intense et la plus difficile de toutes. On travaillait en parallèle sur le long-métrage et sur la série Millenium, et puis c’était la période Noël et on avait désespérement envie de partir en vacances. Par vacances, j’entends continuer à travailler, mais sans les téléphones qui sonnent sans arrêt. Avec ma femme, on est partis à Hawaï et mon but, c’était de réécrire l’épisode 14, parler du film avec Frank Spotnitz l’après-midi et essayer de profiter le reste du temps. Sauf que ma femme est tombée malade, qu’on a eu mauvais temps et que l’épisode 14 s’est avéré plus compliqué que prévu —l’intrigue tournait autour du personnage de Scully et de son cancer.

Pile un an plus tard, le film était en post-production, l’épisode 14 n’était plus qu’un lointain souvenir et nous étions au Costa Rica pour Noël. Je faisais la planche dans la piscine quand une ado en vacances avec ses parents m’a reconnu et m’a récité le long monologue que j’ai écrit pour Scully au début de l’épisode 14.

C’étaient les années 90, les gens n’étaient pas sur internet à réagir à tout bout de champ. (…) Entendre ces mots récités par cœur fut un cadeau des plus inattendus. Ce n’est pas la meilleure chose que j’ai écrite en 202 épisodes, mais c’est un de mes souvenirs les plus marquants.

7. Peter Nowalk, How to Get Away With Murder

Attention, spoiler

Je ne dirais pas que c’est le meilleur truc que j’ai écrit pour cette série; plus quelque chose que j’ai détesté écrire, mais que j’ai adoré une fois que ça a été diffusé. C’est quand on découvre qui a tué Lila. J’ai écrit une dizaine de versions mais aucune ne me semblait pertinente, authentique ou inattendue. Donc j’ai appelé mes scénaristes à l’aide. Mike Foley m’a pitché une fin alternative super choquante: «Peut-être que Frank a tué Lila parce qu’il avait une dette vis-à-vis de Sam.» Au début, je n’ai pas compris, et puis j’ai réalisé que c’était parfait. C’était insensé et en même temps parfaitement logique. Comme si on avait tout écrit depuis le début pour au final en arriver là.

8. Glen Mazzara, The Shield

Dans l’épisode 3 de la saison 1, Vic et sa brigade de choc kidnappent une star du basket pour assurer la victoire des Lakers. Ça tourne à la prise d’otage et Shane, joué par Walton Goggins, est à deux doigts d’exécuter le sportif. Vic intervient et lui demande ce qu’il fout. Shane répond: «Ce qu’on est censés faire, non?» —pause— «On a tué un flic.» Là, Vic justifie froidement le meurtre du policier dans le pilote.

De toutes les scènes que j’ai écrites, celle-ci est la plus juste. Elle a emmené la série au-delà des thématiques du mal et de la violence, en s’interrogeant sur les conséquences que ça a sur ceux qui l’accomplissent.

9. Michelle Ashford, Masters of Sex

L’une de mes répliques préférées, c’est quand dans le pilote, Betty, la prostituée, discute avec Masters, complètement choqué d’apprendre que certaines femmes simulent l’orgasme. Il lui demande, troublé: «C’est une pratique répandue, chez les prostituées?» Et Betty répond: «C’est une pratique répandue chez quiconque possède un vagin.»

10. Evan Katz, 24

Le tout premier scénario que j’ai produit, c’était un pilote de deux heures basé sur les personnages du comics Archie. Une comédie grinçante et subversive, un truc assez singulier. Mais ils ont embauché un réalisateur très tradi qui n’a pas du tout saisi le ton du script et dans le seul montage que j’ai pu voir, il n’y avait plus rien de grinçant.

Dix ans plus tard, j’ai écrit mon premier épisode pour la saison 2 de 24, où Jack Bauer commandite la fausse exécution du fils d’un terroriste. Je crois que la série n’avait jamais rien fait d’aussi sinistre —et pas drôle pour un sou. J’ai remporté le Writer’s Guild Award du meilleur scénario dramatique, ça a ouvert un nouveau chapitre dans ma carrière. Je pense que c’est dans mon ADN d’auteur d’écrire sur une gamme entre la comédie grinçante et le drame hyper-sombre, où un héros torturé doit faire des choses horribles pour sauver des vies.

11. Terri Miller, Castle

Quand j’ai écrit la scène où Kate Beckett passe son entretien annuel d’évaluation, dans la saison 7, je l’ai envisagé comme un retour sur sept saisons de passion, d’ambition, de confiance, sept saisons où elle a frôlé la mort. Stana Katic est une actrice extraordinaire, et c’est l’une de ses meilleures performances. Se croyant évaluée par sa hiérarchie, Beckett se soulève contre ceux qui mettent en doute son intégrité de flic et incarne la force, la conviction et les vérités du personnage. Un véritable moment de grâce.

12. Marlene King, Pretty Little Liars

L’épisode 424 fut le plus satisfaisant que j’ai écrit depuis le pilote. C’est rare de pouvoir se dire que la boucle est bouclée, mais c’est ce que cet épisode représente à mes yeux. On a résolu des intrigues introduites quatre ans plus tôt, et je crois que les fans ont été aussi comblés que moi. Dans une série qui soulève autant de questions, les épisodes qui apportent des réponses viennent plus facilement, car on connaît le dénouement depuis le début.

13. Andrew Kreisberg, Les Simpson

Paradoxalement, ma réplique préférée n’a jamais été diffusée. J’avais rejoint l’équipe depuis une semaine et on cherchait une vanne pour Ralph Wiggum. J’ai proposé qu’il se trémousse en se tenant l’entrejambe et qu’il dise «Je dois aller faire la moyenne commission!» Tout le monde a ri, la réplique a été intégrée au script, la scène animée mais finalement coupée au montage pour gagner du temps. Mais comme j’avais fait rire des scénaristes que j’admirais, c’est tout ce qui m’importait.

14-15. Edward Kitsis and Adam Horowitz, Once Upon A Time

A la toute fin du premier épisode, Henry regarde par la fenêtre de sa chambre en attendant le retour de sa mère. Alors qu’il fixe la tour horloge de Storybrooke, arrêtée depuis toujours, celle-ci se remet en marche et Henry sourit. Un instant qui résume tout ce sur quoi repose la série: l'espoir.

On ne voulait pas laisser les téléspectateurs sur un cliffhanger classique ni sur un twist (…) mais sur un «sentiment». C’est devenu notre mantra: faire une série à l’optimisme décomplexé et totalement dépourvue de cynisme. Retrouver dans chaque épisode un peu de cet instant où l’horloge fait tic-tac.

16. Marc Guggenheim, New York Police Judiciaire

Cela faisait trois ans que j’était scénariste pour New York Police Judiciaire, quand j’ai co-écrit l’épisode Au nom de Dieu avec Noah Baylin. C’est l’histoire d’un prêtre, joué brillamment par Denis O’Hare, qui tue un dealer parce qu’il empoisonne la vie de ses paroissiens. Pour sa défense, il affirme avoir agi sur ordre de Dieu. Ce qui est fascinant, c’est qu’il ne plaide pas la folie, il ne dit pas avoir entendu la voix de Dieu ou quoi que ce soit d’irrationnel. Simplement qu’il a demandé conseil à Dieu, que celui-ci a répondu à ses prières et qu’il a suivi ses conseils. C’était la belle époque où l’on pouvait explorer un sujet comme la foi —entre autres questions politiques ou sociétales— sans craindre d’offenser quiconque.

17. Wendy Calhoun, Empire

C’est une idée que j’ai eue en écrivant Nashville, mais j’ai pu la concrétiser avec Empire. Dans la dernière scène de l’épisode que j’ai écrit, False Imposition, Cookie dit à Lucious: «Je fais de toi quelqu'un de meilleur.» Sur Nashville, on disait pour plaisanter que «un plus un égal trois». C’est pour ça que Rayna et Juliet partent en tournée; ensemble, elles sont meilleures qu’individuellement. C’est ce que j’aime chez Cookie et Lucious, j’essaie d’en tirer parti autant que possible. Elle fait de lui quelqu’un de meilleur et il a beau se persuader du contraire, au fond de lui, il sait que c’est la vérité. Il sait que s’il a un peu de Cookie, alors tout ira bien.

18. Erica Messer, Esprits Criminels

Ma réplique préférée, c’est quand Haley parle à Hotch juste avant de se faire tuer, dans l’épisode 100. Elle lui dit: «Je veux que notre fils puisse croire en l’amour. C’est le plus important de tout. Tu devras le lui apprendre. Promets-le moi.» Ce qui me plaît, c’est la manière dont tout cela vient se juxtaposer à la noirceur de la situation.

19. Bill Lawrence, Scrubs

J'ai adoré écrire le pilote, c'était la première fois que j'écrivais quelque chose qui collait parfaitement à ma sensibilité. Je le faisais pour moi, et personne d'autre.

20. Neal Baer, Urgences

Ma scène préférée, je l’ai écrite pour George Clooney dans l’épisode Boomerang. Clooney a un cas de conscience: il s’est toujours battu pour sauver la vie d’un enfant, coûte que coûte, mais son patient, un ado de 17 ans atteint de mucoviscidose et en phase terminale, veut mourir dignement. Cela va contre tout ce en quoi son personnage, le docteur Doug Ross, croit. Tous les enfants doivent être sauvés, et c’est à lui que revient cette tâche héroïque.

Le personnage de Laura Innes le fait douter: qui veut que ce garçon ait la vie sauve, le docteur ou le patient? C’est un moment décisif dans la série pour le personnage de Clooney, qui décide de laisser son patient mourir dignement. Malheureusement, au moment où ce dernier rend son dernier souffle, sa mère intervient et force Clooney, furieux, à intuber son fils, qui est encore mineur.

C’est un gigantesque moment de maturité pour le docteur Ross et je me suis éclaté à l’écrire. J’ai toujours aimé «incarner» les questions éthiques à travers les combats des personnages. La cerise sur le gâteau, c’est qu’après de longues négociations avec NBC, j’ai réussi à obtenir que l’ado fasse un doigt d’honneur à Clooney une fois intubé. Je me demande si ça passerait aujourd’hui…

Traduit par Nora Bouazzouni

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