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    Ce qui se passe vraiment dans le cerveau des adolescents

    Les scientifiques commencent tout juste à comprendre comment notre cerveau évolue entre l'adolescence et l'âge adulte. Voici quelques-unes de ces évolutions.

    1. À l’adolescence, le cerveau évolue énormément, et c’est quelque chose que les scientifiques commencent tout juste à comprendre.

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    Les scientifiques pensaient que notre cerveau était plus ou moins complètement développé à la puberté. Mais il est devenu évident que cette idée était fausse.

    Kate Stein, une pédopsychiatre travaillant à Oxford, explique à BuzzFeed News: «Nous pensions que le cerveau n'était plastique que durant l'enfance, mais en fait il s'avère que l'adolescence est une période très intéressante.»

    «Il y a un changement clair dans les capacités intellectuelles», dit Stephen Wood, professeur du développement du cerveau adolescent à l'université de Birmingham. «Vous gagnez principalement des fonctions exécutives –des choses comme de la mémoire de travail ou des capacités d'organisation et d'anticipation– et il y a bien sûr une augmentation massive des capacités sociales.»

    2. Il n'y a pas vraiment de définition claire du moment à partir duquel «l'adolescence» se termine, mais elle dure plus longtemps que vous pourriez le penser.

    NBC / Via gurl.com

    La plupart des experts s'accordent à dire que l'adolescence commence à la puberté. Mais elle n'a pas de fin claire. «Les gens parlent du fait d'endosser des rôles et des responsabilités d'adulte, dit Stephen Wood. Ça n'aide pas beaucoup, parce que personne n'est vraiment sûr de ce que ça veut dire.»

    «Si, 400 ans plus tôt, vous étiez envoyé-e dans les mines à 14 ans parce que vous aviez besoin de travailler, est-ce que ça veut dire que vous aviez un rôle d'adulte? Vous êtes adulte à 14 ans?»

    En gros, il est admis que l'adolescence se poursuit jusqu'à environ 25 ans. «La citation que tout le monde utilise dans ce domaine vient de la pièce de théâtre du Conte d'hiver de Shakespeare: "Je voudrais qu’il n’y eût point d’âge entre 10 et 23 ans, ou que la jeunesse dormît tout le reste du temps dans l’intervalle: car on ne fait autre chose dans l’intervalle que donner des enfants aux filles, insulter des vieillards, piller et se battre."» D'après lui, elle montre que l'idée que le début de la vingtaine fait partie de l'adolescence remonte au moins à l'époque de Shakespeare.

    3. Vos émotions deviennent de plus en plus puissantes, et le processus de pensée et de prise de décision de votre cerveau essaie toujours de garder le rythme.

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    La différence entre ce que Katie Stein appelle le «cerveau pensant» et le «cerveau émotif» est la plus grande chez les adolescents d'après elle. Les parties de votre cerveau impliquées dans les émotions («votre cerveau émotif –vos structures limbiques, émotionnelles, sous-corticales, les noyaux accumbens, tout ça») sont largement développées au début de la puberté, mais les parties de votre cerveau impliquées dans le jugement et le contrôle –«votre cerveau émotif»– continuent à grandir. «Votre cortex préfrontal n'est pas mature jusqu'à la fin de l'adolescence», explique-t-elle.

    4. Et ça veut dire qu'en tant que jeune adulte vous avez plus de chances de prendre des risques, ou de faire des choses qui vous effraient.

    Columbia Pictures / Via tumblr.com

    L'équilibre chimique de notre cerveau change autant que sa structure. «Pour faire simple, quand vous entrez dans la puberté, vous êtes inondé-e d'hormones sexuelles, ce qui altère la neurochimie», explique Stephen Wood.

    «La manière dont la dopamine [la "récompense" chimique] est libérée dans votre cerveau change. La manière dont vous êtes sensible aux émotions change. Toutes ces choses vous permettent de participer à des activités variées, face auxquelles vous n'avez pas assez de contrôle cognitif pour y résister. Il y a cette différence de développement entre la partie qui vous donne envie de faire certaines choses, et la partie qui vous fait dire "Non, en fait pas ça."»

    Et ça conduit les jeunes adultes à faire des choses risquées ou effrayantes. «Qui a le plus de chances de monter sur le manège le plus impressionnant dans un parc d'attractions? C'est généralement les adolescents. Qui est la cible marketing des films d'horreur? C'est généralement les adolescents.»

    Ce comportement n'est pas exclusif aux humains, explique Stephen Wood. «Vous voyez des prises de risque chez les primates non humains, chez les rongeurs. Il y a des preuves montrant que les primates mâles adolescents, en particulier, font des sauts plus longs à travers la canopée que les adultes. Les rongeurs adolescents s'éloigneront plus loin du nid familial.»

    5. Vous avez surtout plus de chances de prendre des risques quand vos amis regardent.

    giphy.com

    Stephen Wood explique que selon certaines expériences, «les jeunes adolescents, entre 14 et 18 ans, font beaucoup de choix risqués quand ils sont avec leurs pairs» –beaucoup plus que quand ils ne sont pas observés. Les adolescents plus âgés, entre 19 et 22 ans, et les adultes n'ont pas de différence notable de comportement qu'ils soient observés ou non.

    Les chercheurs ont scanné le cerveau des sujets durant ces expériences. Ils ont découvert que les parties de leur cerveau impliquées dans l'inhibition et le contrôle n'étaient pas plus ou moins actives quand d'autres les regardaient. Mais les parties impliquées dans la récompense –précisément, une zone du cerveau appelée le striatum ventral– l'étaient vraiment, mais seulement chez les jeunes adolescents. «Nous supposons que c'est plus gratifiant de prendre des risques en présence de pairs», dit Stephen Wood.

    6. C'est parce que, durant l'adolescence, vous êtes particulièrement attentif-ve à votre statut social.

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    «Quand les enfants sont à l'école primaire, ils ont des réseaux sociaux, mais ils sont plutôt fluides, explique le chercheur. Et ils sont heureux de parler avec des adultes. Mais une fois adolescent-e, vous avez tendance à passer plus de votre temps avec un groupe social spécifique composé de vos pairs, et vous passez moins de temps avec les adultes.»

    C'est une période clé pour établir le statut social et les hiérarchies. «Je pense qu'en tant qu'adultes nous ne remarquons pas les compromis qui se font, dit-il. Supposons que le choix consiste à savoir si oui ou non il faut sauter d'une falaise. C'est vraiment haut, vous ne savez pas ce qu'il y a en bas, et si vous vous trompez vous pourriez vous blesser, dans le meilleur des cas. Donc il y a un risque physique très concret.»

    «Mais il y a en même temps un risque social. Ne pas le faire signifie perdre la face devant les personnes qui vous poussent à le faire. Et il est possible que la chose la plus importante pour moi soit ce risque social. Je préférerais me casser une jambe plutôt que d'être isolé-e de mon groupe. Et les adultes ne voient pas le risque social, ils disent donc: "C'est un comportement étrange, qui n'a pas de sens."»

    7. Si vous vous couchez et vous levez tard à l'adolescence, ce n'est pas de la fainéantise. Votre horloge biologique est déréglée.

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    «Il y a des preuves montrant que la puberté déclenche un changement qui nous pousse à avoir un rythme nocturne, ajoute Katie Stein. Les adolescents veulent naturellement aller au lit plus tard et se lever plus tard. À un niveau biologique, c'est prouvé.»

    Stephen Wood renchérit: «À partir du milieu de l'adolescence, les enfants n'ont pas sommeil avant minuit ou une heure du matin, et ne se réveillent naturellement qu'à partir de 9 ou 10 heures du matin.»

    Le problème est que nous leur imposons un emploi du temps d'adulte. «La plupart des écoles américaines ont toujours un rythme allant de 9 heures du matin à 15h30, dit Stephen Wood. Et pourtant, peu importe l'endroit où ça a été testé, commencer la journée un peu plus tard a été associé à de meilleures notes et un comportement moins antisocial.» Ce serait un grand progrès d'après lui de reculer les heures de début des cours, mais il y a des obstacles pratiques, comme le besoin des parents de déposer les enfants avant d'aller travailler: «Ça semble évident, mais essayer de le mettre en place serait très difficile.»

    Ça entraîne un manque de sommeil chez la plupart des jeunes, un problème amplifié par les téléphones et les médias sociaux, raconte le chercheur. «Nous savons que le sommeil est très important. Un manque de sommeil est lié à l'obésité, au suicide, et aux problèmes comportementaux. Et les adolescents sont victimes de ce double fléau, parce que la partie de leur cerveau chargée des fonctions exécutives –qui n'est pas entièrement développée chez les adolescents– est spécialement vulnérable au manque de sommeil.»

    8. Votre adolescence se situe au paroxysme de votre forme physique...

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    «Les adolescents ont tendance à être extrêmement robustes physiquement, dit Stephen Wood. Les adolescents et les jeunes adultes sont plus forts qu'ils ne le seront jamais.»

    «Ils sont les plus résistants à la faim, au poison, à la fatigue, et toutes ces choses. L'exemple le plus classique est celui de l'alcool: un rat adolescent a besoin d'une plus grande dose d'alcool pour faire une chute qu'un rat adulte. Quand j'étais plus jeune, je pouvais beaucoup boire et rester éveillé toute la nuit; maintenant, après une moitié de bouteille de vin, je veux juste aller me coucher.» Cependant, plus vous êtes jeune, plus les dégâts à long terme de l'alcool sont grands: «Les effets neurotoxiques dépendent de l'âge, donc plus vous buvez jeune et plus la partie de votre cerveau appelée l'hippocampe sera endommagée, par exemple.»

    Ils sont bien moins vulnérables aux maladies. «Il y a les maladies infantiles, des types d'infections, de blessures ou de cancers très spécifiques. Il y a les maladies dues à la vieillesse, les cancers, les maladies cardiovasculaires, les troubles neurologiques. Mais les jeunes gens sont en grande forme. Il n'y a pas de maladies spécifiques aux jeunes. Dans l'ensemble, ils ne tombent pas malades.»

    9. ... mais c'est aussi la période à laquelle les troubles mentaux commencent, et on ne sait pas exactement pourquoi.

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    Une «très, très grande proportion» des problèmes de santé des jeunes gens concerne les maladies mentales, dit Stephen Wood. «À 25 ans, 75% des maladies mentales ont déjà commencé. Elles peuvent même commencer plus tôt que ça. Et la raison de ce phénomène nous échappe encore.»

    Ça peut être en partie dû à des problèmes de développement, ou des gènes. Mais de plus, les adolescents et les jeunes adultes doivent composer avec des changements majeurs dans leur vie. «Par exemple, le passage entre l'école primaire et le collège est dur. Vous passez du stade d'enfant le plus grand de l'école, qui sait comment tout se passe, à celui d'enfant le plus petit de l'école et qui ne sait rien.» On gère assez mal les changements comme ça dans notre vie, dit-il. Changer de travail ou de ville nous rend également vulnérable face aux problèmes de santé mentale.

    «Les recherches sur la santé mentale sont à la mode en ce moment, et c'est ce qui rend ce domaine si intéressant, nous dit Stein. Ça consiste à trouver des moyens d'empêcher des problèmes futurs d'arriver.»

    «Être un-e adolescent-e est stressant, même pour la personne la plus robuste. Mais beaucoup de ces problèmes peuvent être gérés, et je pense que la ténacité peut être enseignée. Beaucoup des choses dont nous nous occupons concernent l'aide aux individus et à leurs familles pour passer le stade émotionnel de l'adolescence.»

    Dans l'université de Birmingham, où travaille Stephen Wood, il existe un système de santé mentale dédié aux jeunes, appelé Forward Thinking Birmingham. L'association pour la santé mentale Mind a aussi une page d'information pour les enfants et les jeunes gens.

    10. Les adultes oublient souvent à quel point cette période peut être dure, et ont tendance à rabaisser ou à diaboliser les adolescents.

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    «J'ai trouvé ça très dur d'être adolescente, raconte Katie Stein. J'étais vraiment à la merci de mes émotions. J'ai donc beaucoup de sympathie envers les ados –c'est une catégorie de la population diabolisée.»

    Stephen Wood raconte que les adultes oublient souvent la personne qu'ils ont été à cet âge-là. «Les gens font des commentaires du type "le développement du cerveau des adolescents? Vraiment?" C'est comme si, vers l'âge de 25 ans, il se passait quelque chose qui effaçait d'un coup tous nos souvenirs de cette époque.»

    «Mais les choses que font les adolescents ne sont pas si différentes, ce n'est qu'une question de degré, avec ce que font les enfants et les adultes. C'est dangereux de faire des ados un groupe à part, essentiellement différent.»

    11. Mais c'est le moment le plus intense émotionnellement de votre vie, et cette période détermine en partie la personne que vous deviendrez, c'est donc incroyablement important.

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    «Les adolescents sont uniques, dit Katie Stein. Ils ont une sensibilité unique. Leurs émotions, la manière dont ils réagissent à la musique... C'est un moment formidable. Si vous avez un professeur à cet âge qui s'associe à vos intérêts et votre créativité, c'est une période vraiment fructueuse de découverte de soi, et de vos intérêts.»

    «Les années de l'adolescence sont diabolisées, mais c'est une opportunité de croissance, pour la compréhension émotionnelle, tant que vous gardez à l'esprit que votre cerveau pensant n'a pas encore suivi le rythme.»

    «Une chose que je dis souvent aux adolescents est: "N'ayez pas peur de vos émotions. N'ayez pas peur de vos émotions, parce que si vous vous en occupez bien, elles peuvent conduire à des choses formidables."»

    BuzzFeed Daily

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