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«Hanouna légitime un système où on peut tendre des pièges aux gens pour les humilier»

Sur Twitter, des internautes rappellent que les pièges via les sites de rencontres ne sont pas une blague, mais bien une réalité pour les hommes gays ou bis.

Publié le

Ce canular a donné lieu à plusieurs séquences homophobes.

Son annonce, postée sur VivaStreet, était calibrée pour obtenir des réponses crues. «Je vous invite à déjeuner... et qui sait, peut-être qu’après je vous dégusterai», était-il écrit. L'annonce précisait qu'il était un homme bisexuel qui cherche une «relation courte ou longue» et qu'il «aime quand on [l]'insulte».

L'animateur a reçu les appels en direct, en prenant une voix efféminée et en se comportant comme le cliché d'un homme gay, et en s'esclaffant quand les personnes piégées lui faisait des réponses à connotation sexuelle.

Sur les réseaux sociaux, ces séquences sont très commentées. Notamment parce que le fait de piéger des hommes gays ou bis via les sites de rencontre est une technique utilisée par certains homophobes, pour humilier ou agresser.

Créer un profil sur un site de rencontre et piéger un homosexuel. C'est ce que font les gens qui veulent "casser du pédé".

Comprenez bien : quand t'es homo, le message de la « blague » d'Hanouna c'est ‘tu n'es en sécurité nulle part’. C'est ultra violent.

"Mais c'est une blague, on peut plus rigoler" Les "blagues" homophobes de #Hanouna, voilà ce que ça donne en vrai [… https://t.co/1ee1MU4KGj

Autre exemple: ce sexagénaire gay contacté par quatre ados via un site de rencontre puis frappé et volé, ou encore ces voleurs qui repéraient leurs victimes sur un site de rencontres gay. On se souvient aussi que, lors des derniers JO, un journaliste avait piégé des athlètes gays via Grindr, pour les outer.

«L’Egypte arrête des personnes LGBT, et la police peut se faire passer pour une personne LGBT afin de vous piéger», avait ainsi prévenu Grindr à ses utilisateurs égyptiens, en 2014. Autre exemple: En Russie, des groupes extrémistes ont utilisé des petites annonces pour agresser des jeunes LGBT.

Le dessinateur Silver, qui discute fréquemment des questions LGBT sur Twitter, écrit que cette séquence lui rappelle la peur qu'il peut avoir de tomber sur un faux profil homophobe.

Il raconte que dès ses premiers rendez-vous en ligne, il avait toujours cette question en tête: «Bordel, est-ce que je me suis fait avoir?»

«La séquence de TPMP m'a fait penser à cette crainte parce que c'est exactement la même chose qui s'y passe: un mec hétéro se fait passer pour ce qu'il n'est pas dans le but d'humilier et de ridiculiser des mecs homos», détaille-t-il à BuzzFeed News.

«Hanouna légitime un système où on peut tendre des pièges aux gens pour les humilier», estime-t-il.

L'illustrateur de 26 ans, qui vit dans le Pas-de-Calais, explique que cette possibilité d’être piégé sur les applications de rencontres est régulièrement évoquée par les hommes gays ou bi.

«Lors d'un rencard avec un inconnu, il y a toujours le petit sms de sécurité décidé à l'avance pour prévenir que tout va bien. C'est toujours une méfiance sous-jacente.

Je sais que ce n'est pas le fruit de ma paranoïa, que ce sont des choses qui existent en France et que ces techniques peuvent aussi être utilisées par des gouvernements ou des milices répressives pour piéger des homos dans des pays où l'homosexualité est pénalisée.»

Silver précise que cette peur ne concerne pas uniquement les hommes gays ou bis, mais aussi les femmes hétéros.

«Je pense qu'en tant que jeune gay sur ces sites de rencontre, c'est un des rares moments où on peut comprendre ce que vivent les femmes sur les sites de rencontre. On va avoir donc peur que le mec qui nous drague soit en fait juste là pour nous humilier, nous tabasser ou nous tuer, de la même façon que des femmes peuvent avoir la crainte de discuter avec un violeur.»

Pour lui, ce genre de séquences a des conséquences dans la vie: «Cyril Hanouna renforce ce sentiment d'insécurité et de manque de confiance qu'on peut avoir».

«Ça pousse les spectateurs homos à avoir encore et encore plus honte de leur sexualité qui est ridiculisée soir après soir, et ça renforce ce climat de méfiance vis à vis des rencontres par annonce.»

Cela peut aussi influencer les téléspectateurs de l’émission:

«En dehors de mon métier, je milite avec le Planning Familial, une association d'éducation populaire, et on se retrouve dans des ateliers avec des ados qui vont nous sortir les plus grosses sorties homophobes parce qu'ils les ont entendues la veille à la télé.»

«Ça popularise l'idée que les homos sont une source de moqueries infinie. Du coup ce sont les associations qui se retrouvent à passer derrière pour réparer les dégâts», conclut-il.

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