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Posted on 16 avr. 2018

Ce projet photo veut permettre une meilleure représentation des cheveux crépus et bouclés

«On vit dans une société qui glorifie la peau claire et les cheveux lisses. Une si faible représentation nous fait croire que nous ne sommes pas la norme, que nous ne sommes pas belles.»


Voici «The Curl Talk Project», un projet photographique créé par Johanna Yaovi pour comprendre ce que représente l'expérience d'avoir les cheveux naturels.

Johanna Yaovi

Elle explique qu'elle voulait sortir de la simple question de la beauté : «Je voulais essayer de comprendre le lien entre les cheveux texturés et les questions de diversité, de représentation, mais aussi les questions culturelles et raciales pour toutes les personnes qui ont été interviewées.» C'est sa propre expérience qui l'a amenée dans cette direction. «Je suis métisse et j'ai une maman noire avec les cheveux très crépus qui m'a toujours dit qu'elle adorait mes cheveux. Pourtant, elle se défrisait les cheveux tout le temps. Dès mon plus jeune âge, j’ai remis tout ça en question puisque je ne voyais pas une grosse différence entre les cheveux de ma mère et les miens, mais surtout je ne comprenais pas pourquoi elle ne les aimait pas. J'avais envie de remettre en question cette hiérarchie des types de cheveux.»

Pour ce faire, elle a interrogé 100 femmes de toutes origines, avec les cheveux allant de bouclés à crépus. L'objectif était d'avoir un portfolio très diversifié en terme de perceptions et d'expériences. Nous avons sélectionné quelques témoignages parmi toutes les personnes interviewées.

Johanna Yaovi

Cindy

Johanna Yaovi / Via thecurltalkproject.com

«Mes cheveux et moi avons une bonne relation en ce moment, mais ça m'a pris du temps pour en arriver là. J'ai grandi dans une école majoritairement blanche où mes cheveux étaient tout le temps commentés ou comparés à des brosses. C'était difficile de ne pas ressentir de la pression face à ça. Résultat : j'ai passé mes années scolaire à être complexée, essayant de ressembler à mes copines blanches.»

Roxanne

Johanna Yaovi / Via thecurltalkproject.com

«J'ai passé tout mon lycée à me lisser mes boucles, considérant les cheveux lisses comme l'unique et seul critère de beauté et de féminité. Je ne dirais pas que je me sens représentée aujourd'hui dans la société. Mais ce n'est que récemment que j'ai compris le pouvoir de la représentation ! Se voir représenter est très important, ça te montre que tu existes, que tu comptes, et que tu peux être aussi un modèle.»

Aude

Johanna Yaovi / Via thecurltalkproject.com

«J'utilise mes cheveux pour contrer les décennies de messages négatifs et les idées reçues venant de ma famille ou de la société : "les cheveux crépus ne poussent pas", "les cheveux crépus ne peuvent pas être beaux sauf s'ils sont longs et bouclés"... YouTube m'a aidée et m'a encouragée à m'éduquer sur mes propres cheveux et à les aimer progressivement. Cependant, il est important de souligner que dans ce mouvement, la majorité des femmes ont la peau claire et les cheveux bouclés. Je peux imaginer que les femmes à la peau foncée et aux cheveux très crépus ont du mal à se sentir représentées à cause de ça.»

Sara

Johanna Yaovi / Via thecurltalkproject.com

«Vieillir m'aide vraiment à accepter et à assumer mes cheveux naturels fièrement. Être métisse signifie que chaque partie de ma famille a une perception particulière de mes cheveux. C'est difficile d'imaginer que mes enfants aux cheveux bouclés grandiront dans une société où leurs cheveux ne seront pas considérés comme normaux. Les cheveux bouclés sont toujours vus aujourd'hui comme quelque chose d'exceptionnel, "exotique", amusant. Ce sont juste des cheveux et ça devrait être perçu comme tel.»

MacKissy

Johanna Yaovi

«J'ai récemment fait mon Big Chop [le moment où l'on enlève les cheveux défrisés], et l'expérience fut extraordinaire. Je me suis presque sentie renaître comme une autre personne. Quitter Paris pour Londres m'a aidée à me sentir plus libre que jamais et le Big Chop était dans la continuité de ça. Les normes de beauté et la société nous disent qu'on ne peut pas se sentir belles à l'exception de rentrer dans des cases. Je me fiche de savoir si les gens aiment mes cheveux. Ce sont les miens et je les aime, personne ne peut rien faire contre ça.»

Ornella

Johanna Yaovi

«Ma mère avait une vision étrange de mes cheveux. Elle les aimait très long et me complimentait pour ça, mais long ne veut pas dire en bonne santé, non ? Quand j'ai décidé de les couper, elle était si déçue qu'elle ne m'a pas parlé pendant une semaine. Elle critiquait mon Wash&Go en disant des choses comme "ça ne fait pas professionnel, tu vas faire fuir les Blancs". Je n'en croyais pas mes oreilles. Je ne comprends pas comment des cheveux peuvent avoir autant de place dans la société.»

Esther

Johanna Yaovi

«J'avais l'habitude de cacher mes cheveux, mais ces derniers mois, j'ai décidé de les laisser naturels. Je suis contente d'avoir pris cette décision mais malheureusement, je réalise que je n'aime pas mes cheveux naturels. Je suis en plein dedans en ce moment mais je crois qu'avec le temps, la confiance viendra. Nous ne sommes pas nées en détestant nos cheveux. Ça vient du plus jeune âge et nos parents n'ont peut-être pas réalisé que la la manière dont ils traitaient nos cheveux aurait un impact sur nous une fois adulte.»

Claire

Johanna Yaovi / Via thecurltalkproject.com

«L'amour et la haine sont deux notions qui définissent parfaitement la relation que j'ai avec mes cheveux. C'est toujours étrange de voir ses cheveux pousser dans leur état naturel quand on reprend à zéro, et ça prend du temps pour les accepter et comprendre comment ils fonctionnent. La seule chose qu'on peut faire, c'est s'adapter. La patience est la clé quand on parle du retour aux cheveux naturels, autant que de ne pas faire attention à ce que les gens ont à dire sur vos cheveux ou votre apparence. Je ne me sens pas représentée dans les médias, mais ça n'a pas d'importance. Je me représente moi-même et c'est déjà bien.»

Elsie

Johanna Yaovi / Via thecurltalkproject.com

«En Martinique, la perception des gens sur mes cheveux varie énormément. Beaucoup sont embêtés par mon afro et sont mal à l'aise en ma présence à cause de ça. Parfois, les gens regardent mes cheveux quand ils me parlent plutôt que de me regarder. C'est étrange, malpoli et frustrant. Même s'il y a une meilleure acceptation des cheveux afro sur mon île, certaines personnes se sentent obligées de donner un avis et souvent négatif.»

Ophélie

Johanna Yaovi

«On vit dans une société qui glorifie la peau claire et les cheveux lisses. Ça fait une grosse différence sur la manière dont chacun se perçoit. Une si faible représentation nous fait croire que nous ne sommes pas la norme, que nous ne sommes pas belles.»

Pour voir plus de portraits, rendez-vous sur Instagram ou sur le site dédié.

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