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Attention aux fausses infos qui circulent sur les migrants

Voici une liste non exhaustive de rumeurs qui naissent souvent dans les milieux de la fachosphère puis circulent régulièrement sur les réseaux sociaux.

initialement publié sur
Mis à jour le

Plusieurs fausses photos des incendies à Calais circulent.

Réagissant aux différents incendies qu'il y a eu lieu lors du démantèlement de la jungle de Calais, certains internautes, comme la députée européenne Nadine Morano et l'auteur Majid Oukacha, ont diffusé de fausses photos (ce dernier a déjà supprimé son tweet). À gauche, il s'agit bien d'un incendie dans un camp de réfugié, mais en Slovénie. À droite, il ne s'agit même pas d'un incendie volontaire, mais d'un feu de forêt au Canada, en 2011. D'autres photos sont difficilement vérifiables.

Non, les migrants ne volent pas des logements qui pourraient être accordés à des sans-domicile-fixes français.

Facebook

Cette publication indique que 77.000 logements sont susceptibles d'être mis à disposition des migrants. C'est vrai. Mais ce que l'image ne dit pas, c'est que ces logements sont vacants et disponibles depuis au moins trois mois. Ces logements sont souvent situés dans des zones peu demandées. C'est notamment le cas des appartements présentés dans ce reportage de BFMTV, repris par le site d'extrême droite Fdesouche et qui a provoqué de nombreuses réactions hostiles sur Facebook.

Les Décodeurs détaillent les conditions d'hébergement des migrants selon leur situation.

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Dans des messages alarmistes, des internautes ont écrit que des milliers de migrants arrivaient en masse à Nice, en passant par le péage de la Turbie. Comme l'a prouvé Nice-Matin en interrogeant le directeur de cabinet du préfet des Alpes-Maritimes, il s'agit d'une rumeur infondée.

De nombreux internautes faisant partie de la fachosphère ont relayé ce cliché en dénonçant les forces de l’ordre qui laissent faire les «envahisseurs». Comme l’a remarqué le site Debunkers de hoax, cette photo n’a pas été prise à Calais. Elle a été prise dans un cimetière orthodoxe en Serbie en 2015, à quelques kilomètres de la frontière serbo-croate comme le montre ce reportage de Reuters.

Déjà confondu avec un des auteurs de l’attentat de Bruxelles, Anas Modamani a été pris pour l’auteur de l’attentat d’Ansbach, en Allemagne, survenu en juillet 2016. Cet homme qui réside à Berlin avait fui la guerre à Damas et est arrivé en Allemagne en septembre 2015.

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Ce montage censé montrer l'infiltration de combattants djihadistes parmi les réfugiés syriens arrivant en Europe circule encore régulièrement sur les réseaux sociaux. En réalité, les images ont été manipulées, et les légendes qui les accompagnent, complètement fausses. L'homme au t-shirt vert s'appelle Laith Al Saleh, il est un plâtrier syrien, engagé un temps contre Bachar al-Assad, qui a fui son pays.

Le montage des deux photos côte à côte (mais sans les légendes) a été réalisé par Associated Press. Laith Al Saleh est présenté comme un réfugié qui souhaite obtenir l'asile légalement aux Pays-Bas. La photo de gauche a été prise en janvier 2015, précise AP, près d’Alep, en Syrie, la ville natale de Laith Al Saleh qui a été ravagée par les combats. La photo de droite a été prise sur l’île grecque de Kos le 15 août dernier, selon AP.

Non, la photo d'Alan Kurdi n'est pas une mise en scène.

NILUFER DEMIR/AFP / Getty Images

Personne n'a oublié la photo du jeune Alan Kurdi, mort noyé le 2 septembre 2015 et dont l'image de son corps sans vie sur une plage de Turquie avait provoqué un émoi mondial.

Mais très vite, les théories du complot se sont multipliées sur internet. Certains ont accusé la police d'avoir déplacé le corps de l'enfant sur la plage pour que le résultat soit plus «choquant». Ils s'appuient sur cette photo montrant un policier sur une autre partie de la plage avec le corps d'un enfant censé être Alan. Or, comme l'expliquent Les Observateurs de France 24, c'est le frère de Alan, Galip, qui est sur la photo relayée par les complotistes.

Tout est parti d'un article d'Atlantico publié le 17 octobre, titré: «Allemagne: les migrants auraient "pris le contrôle" d'une petite ville touristique». Comme le montre Libé Désintox, l'article a été repris par Nadine Morano et Marion-Maréchal Le Pen, ainsi que par des trolls de la fachosphère.

Mais la réalité est bien différente. La ville en question a bien connu «une hausse des problèmes liés aux demandeurs d’asile accueillis dans un centre d’hébergement durant le mois de septembre, mais ces problèmes n’impliquaient que des migrants» selon la police, citée par Libé.

«
Il est naturel que les citoyens de la ville s’inquiètent et que leur maire prévienne les autorités mais il ne s’agit en rien d’une situation chaotique comme le laisse entendre le titre choisi par Atlantico et cité par de nombreuses personnalités de droite extrême», ajoute Libé.

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C'est une intox qui circule régulièrement. Elle a notamment été massivement relayée après la publication d'un post Facebook de l'eurodéputé FN Bernard Monot en juillet 2016. Celui-ci évoquait une «carte bleue délivrée par le ministère de l’Intérieur aux demandeurs d’asile», qui permet «d’effectuer des retraits pouvant aller, selon les cas, jusqu’à presque 40 euros par jour». Mais il faut préciser les choses. D'abord, il s'agit d'une carte de retrait, les migrants ne disposent pas de compte bancaire pour recevoir un virement, contrairement à ce que certains sous-entendent.

Comme l'ont rappelé Les Décodeurs du Monde, l'eurodéputé FN fait référence à l'allocation temporaire d'attente (ATA), versée aux migrants mais également à des demandeurs d'asile, détenus libérés, apatrides. Elle a été remplacée pour les migrants par l'allocation pour demandeurs d'asile (ADA) depuis 2015.

Concernant «les 40 euros par jour» cités par Bernard Monot, là encore, il faut faire attention. Le montant de cette aide, versée aux personnes qui ont demandé l'asile, est de 37,40 euros pour une famille de 10 personnes. Mais elle ne concerne donc que des familles de 10 personnes, cela ne s'applique pas à l'ensemble des demandeurs d'asile.

Si vous voyez passer des articles disant que des réfugiés ont refusé de la nourriture car elle n’était pas halal, sachez que c’est faux.

Une vidéo publiée en 2015 a été utilisée pour expliquer que des réfugiés censés se trouver à la frontière entre la Grèce et la Macédoine avaient refusé des colis de nourriture sous prétexte que ce n’était pas halal.

Sauf que comme l’a montré Libération en contactant la Croix-Rouge, ces personnes refusent effectivement les colis mais pour une autre raison: «Sous la pluie, piétinant dans la boue, les centaines de réfugiés s’impatientent. La police prend alors l’initiative de distribuer de la nourriture. Mais le ressentiment des migrants, épuisés, en colère contre l’interdiction de franchir la frontière, est tel qu’ils tournent le dos à ces colis venant des autorités.»

Les migrants mieux soignés que les retraités? Attention, manip.

Une histoire partagée des milliers de fois sur Facebook compare la situation d’un retraité précaire à celle des migrants, mais c'est une manipulation. Elle oppose le destin d’un retraité qui serait abandonné par l’État quand les migrants seraient, eux, «soignés gratuitement».

Déjà, la photo est issue de l'AFP et a été utilisée dans plusieurs articles de presse, comme ici.

Et surtout, ce post occultait les aides que peut toucher ce retraité si l'on en croit la légende. S'il a eu «5 enfants avec une paie d'ouvrier», le post Facebook oublie de mentionner les aides dont bénéficient les familles nombreuses en France (allocations familiales, quotient familal, etc.). S'il «a perdu l'usage de ses jambes au travail», il n'est écrit nulle part qu'il existe des indemnisations des salariés devenus invalides, etc.

En résumé, opposer la situation (pas forcément optimale) d’un retraité précaire à celle d’un migrant (qui n’est pas mieux loti) n’a pas de sens.

Ne croyez ceux qui affirment que 36 migrants, qui vont prochainement être accueillis en Gironde, vont toucher 1481 euros par mois.

Via Twitter: @AfeBordeaux

Il est prévu que 36 migrants soient accueillis en Gironde, après le vote favorable en conseil départemental du17 octobre dernier, selon Les Décodeurs du Monde.

Certains sites d'extreme droite ont alors relayé un article d'Infos Bordeaux affirmant que ces migrants seraient «nourris et blanchis aux frais des contribuables et que l’État versera la somme de 319.963 euros, soit 1481 euros par migrant et par mois.» L'article du Monde prouve en fait que cette somme sera versée à l'association qui sera chargée de gérer l'accueil des migrants. Elle n'ira pas directement dans leur poche.

Ce post sera régulièrement mis à jour.

Assma Maad est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Assma Maad at assma.maad@buzzfeed.com.

Jules Darmanin est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Jules Darmanin at jules.darmanin@buzzfeed.com.

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