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La chute de l'immigration européenne va nuire au Royaume-Uni, selon un rapport confidentiel

Info BuzzFeed – Un rapport secret sur le Brexit de janvier 2018, consulté par BuzzFeed News, estime que la chute du nombre d'immigrés issus de l'Union européenne coûtera plus cher au pays que ce qu'un accord avec les États-Unis ne rapportera.

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Getty Images

Le rapport secret du gouvernement de Theresa May sur l'impact du Brexit montre que le coût pour l'économie britannique de la réduction de l'immigration issue de l'Union européenne (UE) serait largement supérieur aux bénéfices procurés par un accord commercial avec les États-Unis.

BuzzFeed News a révélé lundi 29 janvier que le rapport dressé par des responsables de différents ministères pour le département d'État à la sortie de l'Union européenne (DExEU) constate que l'économie du Royaume-Uni pâtira du Brexit, quelque soit le résultat des négociations avec l'UE.

Ce rapport inclut également plusieurs scénarios de politiques migratoires pour illustrer l'impact sur l'économie de la réduction de l'immigration issue de l'UE après le Brexit. En abandonnant les facilités de déplacement dont bénéficient les citoyens européens, le Royaume-Uni expose son économie à un impact négatif fort – plus fort que celui qu'il gagnerait à signer un accord commercial avec les États-Unis.

Même dans le cas où le pays adopterait une politique migratoire plus souple, la baisse de l'immigration venue de l'UE annulerait les bénéfices d'un accord avec les États-Unis.

Difficultés pour Theresa May

Ces découvertes illustrent crûment les difficultés auxquelles Theresa May se retrouve confrontée dans sa tentative de façonner un accord pour le Brexit qui minimise le choc économique à long terme tout en satisfaisant les exigences des électeurs qui ont voté pour partir de l'Europe.

L'immigration était au cœur de la campagne prônant le départ de l'UE avant le référendum de 2016, et elle a été l'un des thèmes clés qui ont motivé le vote en faveur du Brexit selon les données du British Election Study.

La liberté de circulation continuera de prévaloir dans les faits pendant la période de transition de deux ans actuellement en phase de négociation avec l'UE. Le Royaume-Uni mettra ensuite en place un nouveau régime d'immigration, sur lequel le gouvernement doit encore donner des éclaircissements.

Jack Taylor / Getty Images

Le document consulté par BuzzFeed News, intitulé «EU Exit Analysis – Cross Whitehall Briefing» et daté de janvier 2018, montre qu'outre les répercussions négatives d'une réduction de l'immigration, le principal impact néfaste sur l'économie britannique viendra de ce que les responsables appellent des «obstacles non-tarifaires» aux échanges commerciaux, comme la perte d'accès aux marchés dans certains secteurs et la mise en place de nouveaux contrôles et pratiques douanières et frontalières.

Selon le rapport, si certains de ces obstacles peuvent être minimisés si la Grande-Bretagne reste dans le marché unique par le biais de l'Espace économique européen (EEE), les pertes ne pourront être totalement effacées une fois le Royaume-Uni sorti de l'union douanière, et ce quel que soit le scénario parmi ceux qui ont été envisagés jusqu'à présent.

Conséquence de l'effet combiné de ces obstacles douaniers et non-tarifaires et du coût d'une immigration réduite, les emprunts du Royaume-Uni pourraient dépasser de plusieurs dizaines de milliards de livres sterling en 2033-2034 leur niveau lors du status quo –même en prenant en compte un accord commercial avec les États-Unis et les économies réalisées par l'arrêt des versements à Bruxelles, évalue le rapport.

Le document sera diffusé aux députés

Depuis lundi, Steve Baker, le ministre du Brexit et d'autres éminents députés en faveur du départ de l'UE, dénigrent ces résultats qu'ils qualifient d'incomplets et de non-fiables, et rejettent les appels à la publication du document.

Confronté le mercredi 31 janvier à une demande du parti travailliste à la Chambre des communes visant à forcer sa publication, le gouvernement a plié et annoncé qu'il le diffuserait.

Mais cela ne veut pas dire qu'il sera mis à la disposition du public. Robin Walker, un autre ministre du Brexit, a expliqué à la Chambre des communes que le document ne serait fourni que dans «des conditions strictement confidentielles» aux députés et aux pairs. Cela signifie qu'une version imprimée sera fournie à Hilary Benn, président de la commission du Brexit, tandis que les autres députés et les lords pourront le consulter dans une salle de lecture sécurisée.

Lorsque le gouvernement a publié les «analyses sectorielles» du Brexit l'année dernière sous les mêmes conditions, les députés n'avaient pas le droit d'avoir de téléphone ou d'enregistrer quoi que ce soit dans la pièce, et ils étaient surveillés pendant leur lecture.

Lundi 29 janvier, BuzzFeed News a rapporté qu'une source du DExEU avait affirmé que le gouvernement ne souhaitait pas que le rapport soit rendu public parce qu'il était «gênant».

«Ce document n'annonce pas la politique du gouvernement»

Comme toutes les analyses sur le long terme, ce document expose clairement que les calculs sont basés sur des hypothèses et soumis à un degré d'incertitude, et que les résultats sont provisoires. Mais il affirme également que selon les responsables, sa méthodologie est plus fiable que celle qui était utilisée pour le même genre d'exercices avant le référendum car elle permet d'évaluer les impacts de scénarios et d'accords commerciaux sur mesure ainsi que de calculer les estimations par secteur.

À la Chambre des communes mercredi, Steve Baker a dit aux députés : «Ce document préliminaire n'est ni une évaluation d'impact ni une annonce de politique du gouvernement. C'est un document de travail préliminaire uniquement consulté par des ministres du DExEu cette semaine et qui ne constitue en rien une interprétation significative de l'issue attendue des négociations.»

Baker a expliqué que le document n'avait été communiqué que pour «tester des idées», avant d'ajouter : «Ce travail est en constante évolution. Il ne prend pas en compte le résultat que nous désirons.»

BuzzFeed News a sollicité des commentaires de la part du DExEU au sujet des futurs calculs de l'immigration, mais n'avait pas reçu de réponse au moment de la publication de cet article.

Cependant, peu de temps après la publication, un porte-parole du gouvernement a confié à BuzzFeed News : «Le Royaume-Uni restera un pays ouvert et tolérant ; un pays qui reconnaît la contribution précieuse qu'apportent à la société les personnes pourvues de talents et d'expertises, tout en s'assurant qu'un contrôle est exercé sur le nombre total d'immigrés qui entrent au Royaume-Uni.»

«En quittant l'UE, nous passerons de nouveaux accords commerciaux ambitieux dans le monde entier, avec les partenaires commerciaux d'hier et de demain.»

Ce post a été traduit de l'anglais par Bérengère Viennot.

Alberto Nardelli is Europe editor for BuzzFeed News and is based in London.

Contact Alberto Nardelli at alberto.nardelli@buzzfeed.com.

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