La transidentité, c’est quoi ?

Quelques trucs à savoir sur cette partie de la population trop souvent incomprise et discriminée.

Comment poser des questions sans paraître déplacé(e) ? Comment parler à quelqu’un sans savoir si cette personne est un homme ou une femme ou les deux ? Et puis ces histoires de transgenre là, ce serait pas encore un complot du lobby gay pour mettre fin à l’espèce humaine ?

Netflix / Via giphy.com

Entre débats houleux sur « la théorie du genre » et représentations au cinéma, la question de la transidentité est de plus en plus abordée dans les médias, mais reste souvent mal comprise et réduite à des stéréotypes. Voici une tentative de mise au point.

3. Transidentité

andhal/andhal

Être trans, c’est avoir une identité de genre non conforme à son sexe de naissance. Pour faire simple, ce sont des hommes et femmes né(e)s dans un corps qui ne leur correspond pas totalement, et qui souhaitent que leur rôle dans la société, leur apparence, leur état civil, et les pronoms qu’on utilise pour les désigner reflètent leur identité, quelle qu’elle soit.

4. Cisgenre

pojoslaw/pojoslaw

C’est le mot utilisé pour désigner les personnes qui sont en accord avec leur sexe biologique. Par exemple, vous êtes née avec des attributs féminins, et vous vous considérez comme une femme : vous êtes cisgenre !

Point vocabulaire : les gens cisgenres ne sont pas des gens « normaux » (sympa pour les autres hein), ce sont juste ceux qui font partie de la majorité.

5. Genre // Sexe

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Vous le savez sans doute déjà, mais l’identité de genre (homme, femme, ou les deux, ou aucun des deux) est différente de l’orientation sexuelle (gay, lesbienne, bi, hétéro). Un des amalgames les plus fréquents est de confondre transidentité et homosexualité : ça n’a rien à voir. Les personnes trans peuvent être hétéro, homo, bi, ou asexuelles. Comme tout le monde, quoi.

6. Pronoms

The Associated Press

Au moment de son implication dans l’affaire Wikileaks, Chelsea Manning était considérée comme un homme, et a donc été désignée comme tel. Même après avoir déclaré qu’elle était une femme trans, et demandé qu’on l’appelle Chelsea, certains médias ont refusé de s’adapter et ont continué à employer des pronoms masculins pour la qualifier.

Lorsque l’on parle d’un homme ou d’une femme trans, il est important de désigner la personne selon l’identité de genre choisie et pas selon le sexe biologique. Si la personne s’identifie comme une femme, utilisez « elle » pour la désigner.

Aux États-Unis, l’emploi du pronom neutre « they » est une bonne façon de contourner la question. En Suède, un pronom neutre, « Hen », a carrément été créé pour éviter les stéréotypes liés au genre. Chez nous, c’est un peu plus compliqué.

7. Transgenre, transsexuel, travesti ?

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Le mot-parapluie trans regroupe de nombreux qualificatifs. Tout le monde n’est pas d’accord sur leur définition, mais voici ce qu’il faut retenir.

Les travestis sont des personnes qui pratiquent le cross-dressing (des hommes qui s’habillent en femme, des femmes qui s’habillent en homme). On les appelle parfois drag queens et drag kings. Les personnes trans peuvent se travestir, mais tous les travestis ne sont pas forcément trans. DONC, évitez de qualifier une personne trans de « travesti », et encore moins de « travelo. »

Pour désigner les personnes qui ne s’identifient pas au genre qui leur a été attribué à la naissance, on utilise les termes transgenre ou transidentitaire.

Le terme transsexuel est sans doute le plus polémique : certains l’utilisent, d’autres le critiquent. C’est un vieux terme, qui peut vouloir dire la même chose que « transgenre », mais que certaines personnes jugent mal connoté. En effet, il fait référence au « transsexualisme » et à la « dysphorie de genre », considérés par le corps médical comme un trouble psychiatrique.*

De manière générale, si vous ne voulez vous fâcher avec personne, il est donc conseillé d’utiliser « trans », l’appellation « la plus répandue et considérée comme la moins insultante », comme l’explique Laure Pora, présidente d’Act Up Paris.

*En 2010, le transsexualisme a été retiré de la liste des affections psychiatriques de longue durée répertoriées par la Sécurité sociale. Cependant, les mentalités évoluent lentement, et pour pouvoir changer d’état civil, les personnes trans doivent encore être suivies par des psychiatres.

8. FtM, MtF

 

FtM signifie « Female to male», de femme à homme en français. On l’utilise donc pour désigner une personne née avec des attributs féminins, mais qui s’identifie comme un homme et a opéré une transition pour refléter cette identité.

MtF, ou « male to female », c’est l’inverse : une personne née avec des attributs masculins, qui opère une transition pour refléter son identité de femme.

Toutes les personnes trans n’ont pas forcément envie de subir des opérations chirurgicales. La transidentité n’est pas qu’une question d’apparence physique, c’est avant tout un ressenti intérieur, intime et personnel.

Surtout, il ne faut pas oublier que les personnes trans sont régulièrement victimes de violences, de discriminations et d’isolement. Et comme l’a récemment expliqué l’actrice Laverne Cox, « si l’on se focalise sur la transition [physique], on ne peut pas parler de ces choses-là. » Pour cette raison, et aussi par pur principe de politesse, il est déconseillé de demander à une personne trans à quoi ressemble l’intérieur de sa culotte - sauf si la personne en question choisit d’elle-même de vous en parler, évidemment. Parce que personne n’a envie que son identité soit résumée à ses parties génitales.

9. VIH

Lakshmi Narayan Tripathi, militante des droites des trans, et James Robertson, directeur exécutif de l’Alliance de l’Inde pour la lutte contre le VIH/sida. / AP Photo/Mustafa Quraishi

Peu d’études existent sur le sujet, mais selon Laure Pora, présidente d’Act Up Paris, la population transgenre est une des plus touchées par le sida. Selon une enquête INSERM publiée en 2011, il existe une prévalence du VIH de 6 à 7% chez les personnes trans. « C’est plusieurs dizaines de fois ce qu’on trouve dans la population générale, » affirme Laure Pora. On estime que 150.000 personnes en France vivent avec le SIDA, soit 0,23% de la population.

Selon la présidente d’Act Up Paris, cette prévalence s’explique par la précarité de nombreuses personnes trans, qui manquent souvent de ressources financières et médicales. « Pour beaucoup, c’est difficile simplement d’aller chez un toubib : on peut souvent faire face à des refus de soins, et énormément de trans renoncent d’eux-même aux soins médicaux, pour cette raison. »

Par ailleurs, les femmes trans sont les plus touchées, ainsi que les travailleur(se)s du sexe. L’enquête INSERM rappelle à ce titre que « 20,6% des MtF ont déjà pratiqué le travail du sexe au moins une fois dans leur vie, ainsi que 12,5% des FtM. » Chez les MtF ayant déjà eu recours au travail du sexe, 17,2% sont séropositives.

Enfin, certains problèmes persistent tels que l’absence de prévention ciblée pour les personnes trans, et l’absence d’informations sur l’interaction entre les traitements hormonaux et les traitements contre le VIH.

10. Violences, maltraitances et discriminations

 

Les violences contre les personnes transgenres sont nombreuses. Tous les ans, des personnes trans sont harcelées verbalement et physiquement, sont battues, violées, tuées en raison de leur identité. Laure Pora explique aussi que certaines populations « font face à des difficultés cumulées » : les femmes trans (qui en plus des attaques transphobes, se tapent la misogynie à laquelle nous avons toutes droit), noires, immigrées, travailleuses du sexe et séropositives.

L’exemple le plus célèbre de crime transphobe est peut-être le meurtre de Brandon Teena - un jeune homme trans battu, violé et assassiné en 1993. Son histoire a été racontée dans le film « Boys Don’t Cry », qui a valu à Hilary Swank l’Oscar de la meilleure actrice en 2000.

Par ailleurs, les personnes trans sont particulièrement exposées à des discriminations à l’embauche et au harcèlement physique et verbal en public ou dans leur environnement familial, ce qui peut les conduire à des situations d’extrême précarité et de mal-être psychique.

Selon une enquête menée en 2009 par l’association Homosexualité et Socialisme (HES) et le Mouvement d’Affirmation des jeunes gays, lesbiennes, bi et trans (MAG), 69% des personnes trans interrogées avaient déjà pensé au suicide (à cause de leur identité) et 34% avaient déjà fait une ou plusieurs tentatives de suicide.

11. État civil

Isaac Barnett, un jeune homme transgenre de 18 ans et sa mère, au Kansas. Après avoir fait son coming out en tant qu’homme, Isaac a été autorisé par son école à rejoindre l’équipe masculine d

Dans son rapport sur l’homophobie 2014, SOS Homophobie affirme que « le changement d’état civil est toujours un parcours du combattant particulièrement attentatoire à la dignité des personnes. » En France, une personne trans doit obligatoirement avoir recours à une chirurgie de réassignation sexuelle afin de « prouver » la nécessité de son changement d’état civil. Dans les hôpitaux publics, cela nécessite souvent de passer par un suivi psychiatrique. Ainsi, ces personnes se retrouvent à la merci d’experts, de médecins et de juges censés décider pour eux de leur identité.

Selon la jurisprudence, pour changer d’état civil, « la personne doit établir, au regard de ce qui est communément admis par la communauté scientifique, la réalité du syndrome transsexuel dont elle est atteinte ainsi que le caractère irréversible de la transformation de son apparence. » Cela veut dire, entre autres, fournir la preuve de son opération.

Cependant, Laure Pora explique que la décision reste arbitraire : « cela dépend du juge, il y a des tribunaux qui sont plus cool, et il y en a qui refusent, ce qui peut conduire à des situations catastrophiques. » En 2012, Karima Saddiki s’est vue refuser un changement d’état civil, alors qu’elle avait été opérée. Elle s’est suicidée.

Le changement d’état civil « libre, gratuit, détaché des contraintes médicales ou psychiatriques, et sans se confronter à l’arbitraire d’un juge », est l’une des revendications primordiales des militants d’Act Up.

12. Culture et médias

Marcelo Ohio, gagnante du concours de beauté trans Miss International Queen 2013 / Damir Sagolj / Reuters

La représentation des trans dans la culture et les médias semble doucement évoluer, grâce notamment à des figures médiatiques importantes comme l’actrice trans Laverne Cox, qui incarne Sophia Burset, une détenue trans, dans la série « Orange Is The New Black. »

Cependant, s’il existe de nombreux personnages transgenres à la télé et au cinéma, nombre d’entre eux sont incarnés par des acteurs ou actrices cisgenres. Le personnage de Sophia Burset, incarcérée dans une prison de femmes, n’est pas non plus représentatif de la réalité à laquelle sont confrontées les détenues trans, souvent internées dans des prisons pour hommes, et exposées à des violences de la part du personnel et des autres détenus.

13. Pour en savoir plus sur les questions gênantes ou insultantes auxquelles les personnes trans sont souvent confrontées, regardez la vidéo hilarante de Calpernia Addams :

14. Jetez aussi un coup d’œil au projet « A Series of Questions », du photographe L. Weingarten.

© L. Weingarten / Via lweingarten.com

15. Enfin, vous pouvez aussi lire les articles de BuzzFeed sur la question.

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