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La cohabitation avec Julian Assange inquiète l'ambassade d'Équateur

BuzzFeed News a eu accès à des documents internes où l'Équateur recommande un soutien psychologique accru pour le fondateur de WikiLeaks et imagine l'exfiltration d'Assange, hébergé depuis 3 ans.

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Que devient Julian Assange, réfugié depuis trois ans à l'ambassade d'Équateur à Londres? Sous le coup d'une extradition demandée par la Suède, où il est accusé de viol et d'agression sexuelle, le fondateur de WikiLeaks –qui a quant à lui cité de possibles poursuites américaines pour la publication de documents de Chelsea Manning comme raison de sa fuite– n'a pas quitté le petit immeuble du quartier de Knighstbridge depuis juin 2012. Et la cohabitation ne semble pas de tout repos.

Inquiétudes sur l'état psychologique de «M. Invité»

A la suite d'une enquête du journaliste Fernando Villavicencio, BuzzFeed News a pu consulter des rapports marqués «confidentiels» rédigés par les responsables de la sécurité à l'intérieur du bâtiment. Ces documents font état de deux incidents depuis l'arrivée d'Assange et montrent que ce dernier fait l'objet d'une étroite surveillance.

Le 6 septembre 2012, trois mois seulement après son arrivée, Assange s'est introduit sans autorisation dans la salle de contrôle. Lorsqu'un vigile l'a surpris en train de trafiquer le système de sécurité, une bagarre a éclaté, endommageant du matériel appartenant à l'ambassade. Selon l'agent de sécurité, Assange n'a pas obtempéré lorsqu'il lui a demandé de sortir, il aurait fracassé un ordinateur et attrapé le vigile par le col. D'après Assange, c'est le vigile qui l'aurait pris à parti sans raison. Un témoin qui se trouvait qui n'a pas vu le début de l'altercation affirme que l'attitude du fondateur de WikiLeaks était clairement provocante et qu'il était «hors de contrôle».

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Quatre mois plus tard, le 4 janvier 2013, à l'aube, un vigile posté devant la chambre d'Assange entend un grand fracas. Il a pu photographier la pièce, où la bibliothèque a été renversée —s'est effondrée toute seule, selon son occupant.

Les documents faisant état de ces incidents, ainsi que les rapports quotidiens, citent sans les nommer deux agents de sécurité, «M. Blanc» et «M. Bleu», ainsi que Julian Assange, appelé «M. Invité». Y est mentionnée la tendance de ce dernier à «parler et crier de façon incohérente» la nuit, attribuée à des terreurs nocturnes dues au stress auquel Assange est soumis, à cause de son isolation et «la présence de 20 policiers britanniques postés à l'extérieur du bâtiment». Les auteurs des rapports recommandent ainsi un soutien psychologique accru ainsi que des évaluations régulières de son état de santé et de «contrôler son accès à l'alcool». Mais ils s'inquiètent également du stress que pourrait engendrer la «nature» du caractère de «M. Invité» (sa «colère manifeste» et son «sentiment de supériorité») sur «le personnel de l'ambassade, en majorité des femmes».

Exfiltrer Assange dans une valise diplomatique

Pour autant, impossible d'exfiltrer Julian Assange: la police britannique a pour ordre de l'arrêter à la seconde où il met un pied dehors. L'ambassade d'Équateur a pourtant imaginé 4 scénarios pour évacuer l'informaticien:

- Obtenir l'immunité diplomatique en faisant de lui le représentant de l'Équateur à l'ONU. L'Assemblée générale pourrait annuler la décision, mais cela prendrait du temps et permettrait à Assange de gagner l'Équateur.

- Le faire monter dans une voiture diplomatique, inviolable. Mission impossible: Scotland Yard ayant des agents dans l'immeuble même de l'ambassade –qui a d'autres locataires–, Assange serait intercepté.

- Le cacher dans… une valise diplomatique, scellée elle aussi, mais seulement si elle contient des documents relatifs au fonctionnement habituel d'une ambassade. Une option abandonné par les Équatoriens, qui estiment que les policiers postés devant l'ambassade possèdent des détecteurs thermiques.

- Enfin, Assange pourrait sortir «déguisé», «s'enfuir par les toits jusqu'à l'héliport le plus proche» ou «se fondre dans la foule de Harrods», un grand magasin situé juste derrière l'ambassade.

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Aucun de ces plans n'a vraisemblablement convaincu, Julian Assange demeurant toujours au 3, Hans Crescent, à Londres.

BuzzFeed News a corroboré de manière indépendante plusieurs détails mentionnés dans les documents consultés. Ni l'ambassade équatorienne, ni WikiLeaks n'ont répondu à nos questions sur le contenu de ces documents.

Fernando Villavicencio, le journaliste qui a le premier exposé ces documents sur le site d'investigation Ecuador Focus, a soumis aux Nations unies des allégations de persécutions de la part du gouvernement équatorien sur sa personne.

• Un certain nombre de documents relatifs au séjour de Julian Assange à l'ambassade d'Équateur à Londres ou liés aux activités de surveillance du gouvernement équatorien ont été publiés ici par le Forum WikiLeaks, un site non-affilié à WikiLeaks.

James Ball, co-auteur de cet article, a brièvement travaillé pour WikiLeaks entre fin 2010 et début 2011.

Cet article a été traduit de l'anglais et condensé par Nora Bouazzouni

James Ball is a special correspondent for BuzzFeed News and is based in London. PGP: here

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Paul Hamilos is the world features editor for BuzzFeed News and is based in London.

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