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    Non, le FN n'est toujours pas le «premier parti de France»

    Même si les dirigeants frontistes reprennent ce slogan en boucle.

    C'est devenu le marronnier électoral du Front national. À chaque élection intermédiaire depuis les européennes 2014, les dirigeants frontistes reprennent ce slogan en boucle: «Le FN est le premier parti de France».

    "Le mouvement national est désormais sans conteste le premier parti de France." #régionales2015

    Le parti de Marine Le Pen a en effet progressé de façon considérable en approchant les 30% pour ce scrutin régional alors que Les Républicains sont à 27 % et le PS obtiendrait 23%. Et pourtant, le Front national n'est toujours pas en tête du classement, si tant est qu'il y en ait un aujourd'hui. Il manque encore quelques critères pour que le FN puisse crédibiliser son slogan et ce, même s'il a réuni ce dimanche le plus grand nombre de voix.

    Denis Charlet / AFP / Getty Images

    1. Un nombre d'adhérents insuffisant

    Selon les propres chiffres publiés sur le site du Front national, le parti assure que «83 000 adhérents et sympathisants représentent le Front national». Même si ce chiffre est nettement en hausse depuis quelques années, il est toutefois inférieur à celui du premier parti d'opposition.

    En septembre 2015, Le Point révélait en effet que Les Républicains comptaient encore 178 970 adhérents à jour de cotisation, soit deux fois plus qu'au FN. Après une chute considérable, le PS lui, revendique 131 000 adhérents. Un chiffre également supérieur à celui du Front national.

    2. Un trop petit nombre d'élus FN

    Si le FN est mis en avant pour sa progression lors de chaque élection depuis 2012, les élus frontistes sont toujours très peu nombreux. Le parti compte en effet deux députés à l'Assemblée nationale (Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard) sur 577 élus et deux sénateurs (Stéphane Ravier et David Rachline) sur 348.

    S'agissant des élections municipales, le parti de Marine Le Pen avait remporté 11 communes sur un total de 36.767. Il y a également 62 conseillers départementaux frontistes sur 4 108. Enfin, le parti compte 24 eurodéputés au Parlement européen sur 74 français (pour un total de 751).

    Et pour ce premier tour des élections régionales, le FN est effectivement en tête dans six régions de France métropolitaine:

    BuzzFeed France

    Mais il est très peu probable que le parti puisse arriver en tête dans la majorité des régions au second tour -on parle plutôt de deux ou trois régions «gagnables» pour le FN. Le nombre d'élus frontistes régionaux restera donc minoritaire face aux autres partis politiques.

    3. Une abstention toujours très forte

    L'abstention au premier tour des élections régionales, dimanche 6 décembre, est estimée à 49,5%, selon l'institut Ipsos-Sopra Steria pour France Télévisions. Même si ce chiffre est inférieur à celui de 2010, les Français ont massivement boudé les urnes.

    Si le score du FN au niveau national est proche des 30%, cela signifie, compte-tenu de l'abstention, que seuls 15% environ des inscrits ont mis un bulletin Front national dans l'urne. Il y a autrement dit entre 6 et 7 millions d'électeurs sur 45 millions qui ont voté pour les listes «présentées par Marine Le Pen».

    4. Une faible adhésion aux idées du FN

    Différentes enquêtes montrent que si le parti de Marine Le Pen progresse aux élections intermédiaires, les Français ne sont toujours pas prêts à le voir gouverner. Un baromètre d'image du Front national 2014 réalisé par TNS Sofres montrait par exemple que seules 34 % des personnes interrogées «adhèrent aux idées du Front national». 59 % des sondés pensaient le contraire. En septembre 2014, les Français étaient 65% à considérer le FN incapable de gouverner la France, même si l'image de Marine Le Pen a plutôt eu tendance à s'améliorer.

    Et ces arguments pour nuancer la «première place» du FN ne sont pas les seuls. Le site Slate par exemple, évoque les ressources financières limitées du FN ou son «incapacité à rassembler».


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    David Perrotin est journaliste société chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris. Il écrit notamment sur les sujets liés aux discriminations.

    Contact David Perrotin at david.perrotin@buzzfeed.com.

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