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10 femmes nous racontent les violences obstétricales qu’elles ont subies

«Le lendemain de l’accouchement, j'ai découvert qu'ils m'avaient coupée trois fois.»

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L’accouchement vécu comme un mal pour un bien, et «t’as pas le choix ma fille, on y passe toutes, le plus important c’est que le bébé aille bien», c’était avant.

Avant internet et les réseaux sociaux, qui permettent de mieux diffuser les informations sur les droits des patientes et les pratiques d’accouchement plus respectueuses de la physiologie. Les nouvelles générations de mères sont moins disposées à endurer des accouchements pas toujours respectueux, parfois agrémentés de paroles infantilisantes, sexistes, et de gestes inutilement violents, exécutés sans consentement ou explication -des violences physiques ou psychologiques regroupées sous le terme «violences obstétricales».

BuzzFeed France a lancé il y a quelques semaines un appel à témoignages sur ces violences, avant, pendant, et après l’accouchement. Aucune statistique n'existe pour les quantifier. Mais les récits recueillis montrent que le respect de l’intégrité physique et psychologique des femmes qui accouchent est loin d’être une réalité dans toutes les maternités françaises.

Témoignages recueillis et édités par Sandrine Chesnel

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1. «Je crois que l’épisio justifiait les honoraires du gynéco»

«Mon premier accouchement a été assez épique, mais justifié par le fait que le cordon était autour du cou de mon fils. Sauf qu’à partir de ce moment-là, rien ne m’a été expliqué, ni quand la sage-femme s’est mise à appuyer brutalement sur mon ventre, ni quand le gynéco a sorti les forceps [instrument en forme de pince conçu pour extraire le bébé par la voie vaginale]. Après coup, j’ai compris l’urgence, mais pas le silence de l’équipe, et l’absence d’explication. C’est ce qui a été le plus violent pour moi.

Lors de mon deuxième accouchement, le personnel ne m’a pas demandé mon consentement pour procéder à l’épisiotomie [incision du périnée]. Je crois que cet acte justifiait les honoraires du gynéco, alors que tout le travail avait été fait avec la sage-femme avant sa venue. Seule réponse après cette épisio brutale: "Ce n'était pas assez large". Plus tard, une sage-femme m'a confirmé que ce geste ne lui paraissait pas nécessaire. J'ai gardé une cicatrice douloureuse à la pénétration, c’est peut-être aussi psychosomatique, mais je continue de penser que cet acte était inutile. Après mon premier accouchement, j’étais déjà en syndrome post-traumatique: je demandais à mon mari, en boucle, de m’expliquer ce qu'il s'était passé sans qu'il ait les réponses, évidemment. Aujourd’hui sophrologue, je comprends mieux comment cette "boucle" se met en place.

Si j’ai choisi de témoigner, c’est pour que d'autres femmes ayant subi la même expérience se sentent peut-être moins seules et comprennent qu’elles peuvent subir un stress post-traumatique après un accouchement, même si elles sont bien entourées. Personnellement, je me suis bien remise, mais j’ai gardé longtemps l'impression de ne pas savoir accoucher.»

Florence, 40 ans, Yvelines

2. «On m’a attaché les bras, c’était humiliant»

«J'ai accouché l’année dernière. Tout était normal, au début. J’ai été plutôt bien accueillie, bien entourée. Mais à la fin du travail, au moment de la poussée, cela ne s'est pas passé comme prévu: le bébé n'avançait pas d'un pouce. La sage-femme est alors devenue moins douce, laissant entendre que je ne faisais pas d'effort et que "si c'était comme ça", j'allais "finir par aller en césarienne". Je lui avais dit que la césarienne me terrorisait, elle jouait là-dessus. Mais je n’y pouvais rien! Les appareils sonnaient, on entendait que ça n'allait pas pour le bébé, on nous disait le contraire, c’était la confusion. La chirurgienne est arrivée et m'a elle aussi "menacée" d'une césarienne. Ce qui ne faisait qu'amplifier ma peur. Finalement, on m’a emmenée au bloc. J'étais terrorisée, j'avais peur pour moi, pour mon bébé, car on ne me disait toujours pas ce qui n'allait pas. On m'a attachée les bras, c'était humiliant. Puis j'ai entendu tout le monde qui s'agitait et quelqu’un a crié "sortez le père, sortez le père!" Et on m'a endormie sans sommation. Deux heures plus tard, j'étais en salle de réveil, épuisée et perdue: je ne savais pas où était mon bébé. Je "sentais" que je n'étais plus enceinte, mais je ne me sentais pas maman. Quand l'anesthésie fut bien dissipée, mon mari a enfin pu venir me voir avec notre bébé. Ce fut un gros traumatisme de ne pas l'avoir vu naître, d'avoir juste assisté à une panique générale et de ne l'avoir rencontré que deux heures plus tard.

J’ai demandé des explications et je n'en ai eu aucune à la maternité. Le personnel se montrait évasif et ne comprenait pas mon besoin de savoir ce qu'il s'était passé. J'ai donc beaucoup culpabilisé, j'ai cru que tout cela était arrivé par ma faute (d'ailleurs, ne m'avait-on pas menacée d'aller au bloc si je ne m'appliquais pas?). Heureusement, j’avais aussi été suivie en ville par une sage-femme merveilleuse, qui m'a beaucoup écoutée, aidée, expliqué grâce au compte-rendu de la maternité qu'elle a eu.

En revanche, à part quelques amies, mon vécu n'a pas été compris par mon entourage proche. Le plus important, disaient-ils, c'était que le bébé aille bien. C'est très cruel comme réaction, car bien sûr que le plus important à nos yeux de mères, c'est que notre bébé se porte bien! Mais même si on est soulagées de ce côté, on peut souffrir de ce que nous, nous avons vécu. Les deux premières heures de vie de mon bébé se sont déroulées sans moi et cela représente un vide indicible. J'ai eu énormément besoin de parler de cet accouchement les mois suivants. J’ai découvert que beaucoup de femmes ont vécu la même césarienne traumatisante que moi (bras attachés, endormissement sans voir le bébé...) dans la même clinique, et en sont marquées. Pour le prochain accouchement, ma seule solution sera probablement d'aller dans une autre clinique de la ville. Mais c'est triste, non, d'en arriver à devoir comparer les maternités?»

Émilie, 33 ans, Tours

3. «Je n’ai pas vu mon bébé pendant 7 heures car j’avais trop peur de déranger l’équipe de nuit»

«C’était en 2013. J’avais 37 ans, une grossesse de rêve. Le travail a duré 9 heures, sans aucun soutien émotionnel. Pas le droit de bouger, de boire, d’aller aux toilettes, ni même de me déplacer pour me laver le visage. Pour supporter les contractions, je m’étais mise spontanément à genoux, mais le personnel m’a obligée à m’allonger, parce que c’était mieux pour eux, pour surveiller le périnée et les rythmes du cœur du bébé. Finalement, la poche des eaux a été percée contre mon gré, pour accélérer le travail. J’ai subi les remarques condescendantes d'un obstétricien impatient, qui m’a fait injecter du syntocinon (pour intensifier les contractions) sans mon consentement. L’équipe ne comprenait pas que je ne veuille pas de la péridurale, et ils me disaient: "Mais presque tout le monde la prend!" On m’a dit que le bébé était coincé, ses battements du cœur ont ralenti, il y a eu deux tentatives d'extraction assez violentes, avec la ventouse à chaque fois.

Le bébé est né avec un score APGAR à 5, mais est revenu à 10 au bout de 5 minutes. J’ai pourtant été séparée de lui pendant toute sa première heure de vie, parce qu’il fallait le garder en observation en attendant le pédiatre. Ils l’ont ensuite gardé dans la nurserie pour observation. Les puéricultrices m’ont dit qu’elles me l'amèneraient si jamais il avait besoin de téter, car je souhaitais allaiter. Mais il a reçu du lait maternisé au bout de 30 minutes, et je ne l’ai pas vu pendant 7 heures car j’avais trop peur de déranger l’équipe de nuit. Quand je m’en suis plainte auprès de l’équipe, ils m’ont dit que j’étais une ingrate et une reine du drame, que c’était lié à ma culture -je suis Australienne.

La première année après la naissance a été difficile. J’ai fait une dépression, j’étais obsédée par cet accouchement, je faisais des cauchemars et j’évitais d’avoir à passer devant la maternité. Aujourd’hui, je suis moins en colère et ça va mieux. Mais cette expérience m’a fait prendre conscience de tout ce qu’on peut subir quand on est enceinte, et le manque d’écoute, de prise en compte de la douleur, le manque de solidarité entre femmes, aussi. Pour prévenir ces violences, il faudrait mieux informer les femmes sur leurs droits, et développer l’écoute. Idéalement, il faudrait que chaque femme puisse avoir un suivi personnalisé, pendant la grossesse, l’accouchement, mais aussi dans les premières semaines qui suivent la naissance. Je vais retourner dans mon pays et j’espère que pour une prochaine grossesse, je pourrai bénéficier du suivi continu avec une seule et même sage-femme.»

Veronica, 41 ans, Vaucluse

4. «Ah oui, faut en chier pour accoucher, c’est comme ça»

«Pour mon premier accouchement, quand je suis arrivée à la maternité, on m'a dit qu'on allait me faire un geste médical "pour aider". On m'a alors décollé les membranes [décollement de la poche des eaux]. C'était horriblement douloureux et j'ai mis des mois à comprendre de quoi il s'agissait. Car on ne m’a rien expliqué lors de l’accouchement. Il fallait pousser, me taire et obéir à l'anesthésiste qui râlait parce ce qu’on l’avait dérangé en pleine nuit... C’était en 2004, à l’époque la réaction de l’entourage quand on racontait ce genre d’accouchement c’était: "Ah oui, faut en chier pour accoucher, c’est comme ça."

Avant mon deuxième accouchement, j’ai relu le récit que j’avais écrit du premier. J’avais fait un projet de naissance, et l’accouchement a été très physiologique et naturel, comme je le souhaitais. Et le troisième accouchement a été encore plus apaisé, et chantant!»

Joan, 36 ans, Bas-Rhin

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5. «Vous êtes douillette, on ne peut pas avoir ce genre de contractions à votre stade»

«Mon premier accouchement, en 2014, a été déclenché à 36 semaines de grossesse à cause d’un risque de pré-éclampsie [hypertension liée à la grossesse]. Pour ce faire, on me pose un tampon de prostaglandine pour faire ouvrir mon col, tout en me précisant que ça va mettre jusqu'à 24 heures pour agir et que si ça ne marche pas, on en mettra un autre. Sauf que deux heures plus tard, je suis prise de très violentes contractions. Je dis à mon conjoint que ce n'est pas normal. Le personnel m'entend hurler de douleur, me donne le conseil de bien respirer entre deux contractions, je leur dis: "Je n'ai pas le temps, elles sont espacées de quelques secondes à peine." Réponse: "C'est impossible, vous êtes douillette, on ne peut pas avoir ce genre de contractions à votre stade."

Je crie de plus en plus, on me dit de me calmer car je fais "peur" aux autres mamans (on est en pleine nuit). Finalement, on me descend en salle d'accouchement (adieu la salle nature dont je ne pourrais pas profiter...), on me pose un monitoring et là, choc, la sage-femme qui me disait que je fabulais sur l'intensité de mes contractions voit effectivement que ce que je disais était vrai. Mon bébé souffre car je ne lui envoie pas assez d'oxygène. On m'enlève le tampon, je perds les eaux donc les contractions continuent, je demande une péridurale, je ne suis pas encore à 3. On me la pose tout de même, ça me soulage, je respire mieux (avec un masque à oxygène) mais mon bébé ne supporte toujours pas les contractions. Je sens son pied dans mes côtes, mon mari essaie de me rassurer, j'arrive très vite à 7 voir 8cm mais le travail n'avance plus, on fait un scalp sur le crâne de ma fille en passant par mon vagin, sans me demander mon avis, on fait sortir mon mari et parle césarienne d'urgence.

Je pars au bloc, sans mon mari. Je me sens seule, les larmes me montent aux yeux, on me dit que le rythme est trop faible, qu'elle est en hypoxie. Je suis attachée en croix sur la table. Tout va très vite, ma fille née à 3h38, on me la montre une minute et on l'emmène. Je suis recousue puis emmenée en salle de réveil, où je vais attendre deux heures avant de voir ma fille. Entre temps, j'ai appris qu'on a presque forcé mon mari à lui donner un biberon car elle avait un "petit poids" (2,38kg) alors qu'on savait ma volonté d'allaiter. Faute de bon démarrage et de conseils, j’ai d’ailleurs arrêté au bout de trois jours. J'en veux aujourd'hui à cette jeune sage-femme qui ne m'a pas écoutée, et n'a pas voulu écouter ce que mon corps disait. À cause d'elle, ma fille a bien failli mourir et moi avec. Mon mari a eu du mal à s'en remettre.

Aujourd’hui, je pense qu’il faudrait mieux former le personnel, insister sur l’empathie, et permettre de parler du vécu de l’accouchement après coup, avec le personnel. J’ai eu un autre enfant, en 2016, pour préparer sa naissance je me suis renseignée sur les violences obstétricales, j'ai choisi un autre gynécologue (qui contrairement au premier ne m'obligeait pas à avoir des touchers vaginaux à chaque visite). J'ai eu possibilité d'essayer la voie basse mais j'ai été préparée au fait que ça pourrait de nouveau se terminer en césarienne, ce qui est arrivé. Mais cette fois-ci, le personnel a été très bienveillant, et du coup j'ai mieux accepté cette césarienne que la précédente.»

Tisha, 35 ans, Montpellier

6. «Le lendemain de l’accouchement, j'ai découvert qu'ils m'avaient coupée trois fois»

«Les contractions ont débuté un lundi soir. Je suis allée consulter à l’hôpital à plusieurs reprises, mais ils n'ont accepté de me garder à la maternité que le jeudi soir. J'avais 19 ans, c'était mon premier enfant et je ne comprenais pas pourquoi c'était si long (et extrêmement douloureux), et pourquoi personne ne m'aidait. Ce qui m'a le plus choquée, ce sont les différents visages qui ont défilé devant moi, les touchers vaginaux réalisés par des personnes différentes à chaque fois. Et au moment de la sortie du bébé, je n'arrivais pas à le retenir, et je me suis fait "engueuler" par l'équipe médicale car je devais arrêter de pousser. Une sage-femme m'a crié dessus: "Maintenant vous arrêtez de pousser sinon votre col va exploser!" Ma fille est née peu de temps après, avec le cordon autour du cou. Ils l'ont très vite mise en couveuse. Puis, elle est allée prendre son premier bain avec son père. Pendant ce temps, j'attendais en salle de naissance, seule, les jambes à l'air et les parties intimes à la vue de tout le monde.

Le lendemain, j'ai découvert qu'ils m'avaient coupée trois fois. Pourtant mon bébé faisait 47cm pour 3,06kg. Je pense que le personnel médical de cet hôpital public était littéralement surchargé, en sous effectif -ça n'excuse pas leur indifférence et leurs paroles déplacées mais ça me permet de mieux comprendre.

Pour mon deuxième accouchement, j'ai beaucoup parlé avec les sages-femmes, j'ai insisté sur le fait que je ne voulais pas d'épisiotomie, je voulais accoucher dans la position de mon choix, etc. Finalement, le deuxième accouchement a été bien pire que le premier car j'ai eu une césarienne en urgence. La péridurale a été posée trop tôt, puis une perfusion d'ocytocine (sans mon consentement). Peu de temps après, la poche des eaux s'est percée mais c'était trop tôt, mon bébé n'était pas encore engagé. Cela a donc donné une procidence du cordon (le cordon est descendu avant mon bébé, et sa tête appuyait dessus, le privant d'oxygène). J'ai été transférée au bloc pour faire une césarienne, on m’a dit: "Votre fils ne respire plus!" puis on m’a endormie. Je croyais mon fils mort, mais à mon réveil, il était près de moi. Je me souviens de ce moment comme d'un rayon de soleil après la tempête. Je n'envisage pas d'avoir d'autres enfants, j'ai beaucoup trop peur de l'accouchement.»

Morgane, 27 ans, Val de Marne

7. «Tu me casses les couilles, tu prends ta femme et tu dégages. Je ne veux plus vous voir»

«Nous sommes un couple homosexuel de femmes. Pour notre première grossesse, en 2014, nous étions suivies dans une clinique proche de Toulouse. Un même gynécologue nous faisait tous les contrôles. Tout se passait bien. À sept mois de grossesse, mon épouse a commencé à avoir beaucoup de contractions, une cinquantaine par jour. Nous sommes donc allées consulter en urgence dans cette clinique. Notre gynéco était en vacances, ce sont ses collègues qui nous ont prises en charge. Ils nous ont fait des contrôles (monitoring et prise de sang), et ils ont décidé de la garder. Au bout de 15 jours, un week-end, une gynécologue d'un autre établissement était de garde, et consulte notre "dossier". C'est là qu'on a compris qu'il y avait des problèmes. L'équipe n'était pas capable de lui donner un poids estimatif du bébé (déterminant pourtant puisque menace d’accouchement prématuré). L’équipe médicale répondait au hasard, affirmait que mon épouse avait eu des piqûres de corticoïdes pour la maturation des poumons du bébé, alors que ce n'était pas le cas…

La gynécologue a tout repris en main, et fait faire tous les examens manquants. Elle nous a aussi conseillé de changer de structure, ce que nous n’avons pas fait. Finalement, notre gynéco est revenu de vacances. Nous lui avons expliqué tout ce qu'il s'était passé et il est devenu très violent. Alors qu’il était en train de faire la dernière échographie, la troisième, il ne nous montrait rien. Et tout à coup, il a pointé sur le nez de notre bébé en nous disant qu'il avait un gros nez, et que notre enfant serait sûrement noir, avec un gros nez. Il nous a demandé si la clinique de procréation espagnole à laquelle nous avions eu recours pour l’insémination nous avait averties. Or cette clinique avait été claire sur le fait que les donneurs étaient choisis en fonction des caractéristiques des parents. Donc le donneur ne pouvait être noir (et quand bien même...). En fait, ce médecin essayait juste de nous blesser. Nous sommes alors revenues sur les manquements liés à l'hospitalisation. Il nous a hurlé dessus en nous disant, je le cite: "Tu me casses les couilles, tu prends ta femme et tu dégages. Je ne veux plus vous voir."

Seulement mon épouse devait rester hospitalisée pour risque d'accouchement prématuré. Le lendemain, j'ai fait le tour des maternités toulousaines pendant que mon épouse était dans sa chambre. Le gynéco est venu la voir en lui donnant les papiers de fin d'hospitalisation et en lui disant qu'à ce stade, on ne trouverait jamais d'endroit où accoucher. Heureusement, nous étions bien accompagnées par notre sage-femme libérale et nous avons trouvé une autre maternité. Tout s'est bien passé à partir de là. Mon épouse a accouché dans de bonnes conditions avec une équipe normale. Et nous avons pu accueillir notre fils comme souhaité. Sans péri, en peau à peau et en l'allaitant. Heureusement, ça s'est bien fini. Mais nous avons été traumatisées d'avoir à subir ces actes homophobes et violents. Nous avons effectué des démarches pour les dénoncer auprès de l’ordre des médecins, fait un courrier à la direction de la clinique, et à l'ARS, mais cela n'a rien donné. Trois ans après, nous sommes marquées par ce manque d'humanité et cette violente injustice. Il faudrait former les personnels sur les différentes formes de familles.»

Meli, 30 ans,Toulouse

8. «Je ne vois pas pourquoi je trouverais ça normal d'écarter les jambes devant un mec sous prétexte qu'il porte une blouse blanche»

«J'ai accouché le 31 mai 2015 dans une maternité de ma ville. Je devais accoucher chez moi, avec une sage-femme, mais j'ai dû aller à la maternité car j'avais dépassé mon terme. J’avais bien sûr fait tous les rendez-vous obligatoires dans cette maternité, au cas où nous aurions besoin d’y aller. Le personnel en avait d’ailleurs profité pour tenter de nous faire renoncer à l’accouchement à domicile. Nous avions donc rédigé un projet de naissance, dans lequel nous précisions qu’il était difficile pour moi comme pour mon mari de concevoir qu'un gynécologue homme puisse avoir la tête entre mes cuisses. Nous y stipulions que, sauf urgence, nous aimerions n'avoir aucun homme dans la salle d’accouchement. Le jour de la naissance de mon bébé, il a fallu faire un geste médical ("secouer" un peu la tête de ma fille pour la "réveiller"), et la sage-femme a estimé que ce devait être au gynécologue de le faire. Il a fait ce geste, est reparti, mais avec mon mari, nous lui avons bien dit que, pour nous, ce n'était pas facile d'accepter. Et quelques minutes plus tard, il est revenu déambuler dans notre salle comme si de rien n'était, moi cuisses écartées, non couvertes. Il papotait tranquillement avec la sage-femme d'une autre patiente... Comme s'il disait à mon chéri: "Tu voies la chatte de ta femme, moi aussi j'y ai accès." C’était vraiment de la provocation.

Les jours qui ont suivi, les infirmières, sage-femmes, etc., qui avaient pris connaissance du dossier, ont toutes essayé de nous psychanalyser, "mais le médecin voit ça tous les jours", "c’est vous qui avez un problème". On nous a soupçonnés d’être des religieux extrémistes, ce que nous ne sommes pas! Je n'ai jamais consulté d'homme gynéco, je ne vois pas pourquoi je trouverais ça normal d'écarter les jambes devant un mec sous prétexte qu'il porte une blouse blanche. Cette expérience a profondément marqué mon mari. Moi j'ai vidé mon sac en discutant avec d’autres femmes, et ça m'a fait beaucoup de bien. Mais s'il y a deuxième enfant, nous sommes prêts à payer très cher une maternité privée pour être suivis par une femme. Et nous serons très exigeants avec le personnel soignant.»

Caroline, 34 ans, Seine-Maritime

9. «Vous m’avez fait une épisiotomie, là?» «Oui, une toute petite, c’était pour gagner du temps...»

«À sept mois de grossesse, j’ai été hospitalisée une première fois pour une menace d’accouchement prématuré. L’accueil dans la maternité, celle-là même où j’allais accoucher deux mois plus tard, a été agréable. J’étais donc plutôt sereine quant au déroulé de l’accouchement. J’ai finalement accouché à terme, au mois de juillet 2014. En salle d’accouchement, la péridurale faisant son œuvre, j’ai attendu sagement à peine quatre heures (qui m’ont paru dix minutes) avant de ressentir les premières poussées. Je n’avais pas spécialement mal. Juste assez pour sentir quand pousser.

«Le» sage-femme, qui était visiblement sous l’eau car trois autres accouchements à gérer, m’a dit: «Dans dix minutes, votre bébé est là, ce sera rapide.» Il «tâtait» le terrain mais, d’un coup, je sens une sensation de coupe. Comme un coup de ciseau. C’ÉTAIT un coup de ciseau. Prise dans l’effort, je continue à pousser. L’accouchement se passe, notre petit bébé sort, en parfaite santé. Puis vient le moment des soins. Ayant lu pas mal d’articles sur l’épisiotomie, je savais très bien à quoi correspondait le «couic» ressenti avant la poussée finale. J’ai demandé au sage-femme: «Vous m’avez fait une épisiotomie, là?» «Oui, une toute petite, c’était pour gagner du temps.» Pour. Gagner. Du. Temps. J’ai poussé et accouché en dix minutes, mais il fallait que ça aille plus vite?? C’en est resté là. J’avais, malgré tout, d’autres chats à fouetter et il était tout de même en train de me recoudre l’entrejambe durant cette conversation surréaliste. Ce premier épisode n’est finalement pas celui qui m’a traumatisée. Non, la vraie violence a été morale. Alors qu’avant d’accoucher, le personnel m’avait choyée –avec une étudiante sage-femme d’une tendresse absolue, je me suis retrouvée, fraîche maman, abandonnée et bousculée par un personnel (militaire) distant et peu présent. En soirée, tentant de changer la couche de mon bébé, j’ai appelé une puéricultrice, qui m’a parlé comme si j’avais 10 ans, en me disant que «désormais, il fallait être responsable, que je n’étais plus seule». Je lui demandais seulement de l’aide pour changer la couche de mon fils...

Mais le plus dur, ce qui me tord encore les boyaux aujourd’hui, c’est le manque de considération pour mes angoisses, pour mes peurs. Dès le premier jour, mon fils a commencé à régurgiter tous ses biberons. Tous. Le premier jour, on m’a dit: «C’est normal». Le deuxième: «C’est normal, arrêtez de vous inquiéter.» Suivi de cette phrase magique: «Vous focalisez trop sur votre enfant.» Le troisième jour: «Allez, maintenant, il faut laisser la place.» Nous sommes donc repartis chez nous, avec un bébé qui régurgitait, qui a failli s’étouffer dès la première nuit à la maison. Nous sommes retournés trois fois à l’hôpital les jours suivants. Le chef de service nous a ri au nez: «Les régurgitations, c’est normal chez les nourrissons.» Au bout de sept jours, nous avons rencontré une pédiatre, jeune, douce, dynamique. Qui a eu cette phrase: «Ce n’est pas normal. Revenez demain pour un examen mais s’il y a le moindre souci, vous filez aux urgences.» Trois heures plus tard, nous allions aux urgences car notre fils avait régurgité une nouvelle fois. Après une heure d’examen, quelques prises de sang et une échographie, notre fils nous a été retiré, en cinq minutes, pour partir au bloc opératoire. Malformation de l’intestin grêle. Risque vital engagé. Cinq heures d’opération, 20 jours en soins intensifs. Et des nuits et des jours à ne plus dormir…

Aujourd’hui, notre fils a deux ans et demi, il est l’enfant le plus gai qu’on connaisse. Il n’a pas encore demandé pourquoi il avait une énorme cicatrice qui lui barrait le ventre. Toujours est-il qu’il nous a fallu plus d’un an pour digérer tout cela. Digérer le «vous focalisez trop sur votre enfant». Bien évidemment, nous n’avons eu aucune excuse de la part du personnel de la maternité. La plus désolée dans l’histoire étant la pédiatre qui a diagnostiqué le problème. À qui nous donnons encore régulièrement des nouvelles de notre fils –elle a été l’une des premières à savoir qu’il marchait.»

Céline, 33 ans, Montreuil

10. «Bien sûr, elle est née votre fille, je suis en train de recoudre!»

«Ma fille est née dans la nuit du 24 au 25 décembre 2013, dans une grande maternité parisienne. J'avais 30 ans, c'était mon premier enfant. Ma grossesse s'est très bien passée, je n'ai eu aucun souci de santé. Je souhaitais un accouchement le plus naturel possible, donc sans péridurale. Le travail commence le 24 décembre à 5h du matin. Les contractions sont régulières dès le début, et s'accélèrent doucement. Je reste à la maison le plus longtemps possible, et part à la maternité à 15h. Les deux sages-femmes qui me sont affectées (l’une avant 20h, l’autre après) sont très respectueuses de mon accouchement. Je me sens bien (autant qu’on peut l’être avec des contractions toutes les deux minutes) et je me sens respectée. Sauf qu’en fait, ça ne va pas: si le col ne s’ouvre pas, c’est que la tête de bébé n’appuie pas dessus; si la tête n’appuie pas, c’est que le bébé la relève et… Ça ne passe pas. La sage-femme commence à m’en parler lors d’un toucher vaginal; elle me propose la péridurale et de percer la poche des eaux, en sous-entendant que si ça continue, bah, ça sera césarienne. Je me sens coincée, gentiment manipulée. Je dis oui, j’ai peur, et j’ai mal depuis 18h. La péridurale est posée. Trop dosée, je ne sens plus rien, du tout. Quelques temps plus tard, la sage-femme revient: «Le cœur du bébé commence à ralentir. Il y a des troubles du rythme cardiaque. C’est peut-être rien du tout, mais on doit vérifier que le bébé va bien.» Le résultat n’est pas bon. «Je suis désolée, dit la sage-femme, je vais devoir appeler la gynécologue.»

La gynéco se présente à peine; les gens qui l’accompagnent pas du tout. Elle me dit que le bébé doit naître dans la demi-heure, qu’il est en danger. L’interne remarque que je suis à 9cm et demi, que peut-être on peut tenter une voie basse. La main encore dans mon vagin, la gynéco dit dédaigneusement «9,5cm? Vous plaisantez, on est à 7, et encore, je suis généreuse!!» Je suis un objet. Elle m’arrache du bout des lèvres un consentement pour une césarienne en me faisant comprendre que mon enfant mourra sans ça. Arrivée dans la salle d’opération, j’ai froid, je tremble. On tend un champ opératoire. Il y a la sage-femme, l’interne, l’anesthésiste, la gynéco, et d’autres gens, 2-3, des hommes, qui se tiennent de part et d’autre de ma tête et discutent comme si je n’étais pas là: «Elle, tu vas voir, elle fait des super cicatrices, c’est vraiment du beau boulot.» Je n’existe plus, je suis un corps sur lequel on fait de super cicatrices. L’un des hommes se presse tellement contre ma joue que je sens le stylo dans la poche de sa blouse contre mon visage. À un moment, la sage-femme dit «le liquide amniotique est souillé, on ne va pas pouvoir vous la montrer». J’entends une porte qui s’ouvre et qui se ferme. C’est long. Je finis par demander ce qui se passe, si ma fille va bien. «Bien sûr, elle est née, je suis en train de recoudre!» lâche l’obstétricienne d’un ton excédé. Ma fille est née, je n’ai rien senti, on ne me l’a même pas dit. La porte de tout à l’heure, c’était la sage-femme qui l’emmenait.

On m’emmène ensuite dans une salle de réveil glaciale. Je suis seule. Je ne sens plus mes jambes. Je pleure. L’infirmière, une gamine de 20 ans, me gronde: «Arrêtez, ça va faire monter votre tension, et qu’est ce que je vais dire, moi? Allez, faut plus pleurer maintenant.» Enfin, la sage-femme et mon conjoint arrivent, avec mon bébé. Je le serre contre moi, c’est le bonheur. La suite… C’est une suite de couches dans un hôpital public en manque de personnel (vacances de Noël obligent). J’ai pleuré pendant 48h.

Je suis retournée à l’hôpital six semaines après, pour la visite de suite de couches. Et là, en regardant l’électro-cardiogramme du bébé (le fameux qui a déclenché la césarienne) l’obstétricienne de service me lâche: «Ça, une anomalie du rythme cardiaque?! Eh ben dis-donc, c’est léger tout de même!!», d’un ton qui m’accusait d’avoir demandé une césarienne de confort. Je lui ai demandé si percer la poche des eaux aurait pu entraîner la souffrance du bébé. Sa réponse: "Pffff, vous avez lu ça où? Sur internet?" De quoi me faire renoncer aux autres questions que j'aurais pu avoir. Aujourd’hui encore, en le racontant, je me sens obligée de me justifier: je suis agrégée de bio, docteure en génétique, je peux réfléchir par moi-même. Ce que j’ai vécu n’est pas une violence obstétricale à proprement parler; je n’ai pas de séquelles physiques. Mais c’était d’une violence intense (et je pleure encore en y pensant…). Il faut rappeler qu’une femme en train d’accoucher est dans une situation de faiblesse physique et psychologique extrême; et qu’il suffit d’une personne au sein d’une équipe, la mieux disposée soit l’équipe, pour créer du mal-être.»

Céline, 33 ans, Paris

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