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Un livre présente l'homosexualité comme un choix, plusieurs Fnac en font leur «coup de cœur»

Dans Le Grand Dictionnaire des malaises et des maladies, le viol est une situation que l'on a pu «attirer», le sida pourrait résulter d'une «culpabilité» et l'on se demande si l'homosexualité est une maladie. La Fnac a depuis annoncé qu'elle ne mettra plus en avant ce livre.

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Le 12 avril, le compte Twitter @parispasrose, dont le pseudo est «Claire Underwood», a tweeté plusieurs extraits du livre Le Grand Dictionnaire des malaises et des maladies. Ce compte, qui commente régulièrement les questions LGBT, juge l'ouvrage problématique, et interpelle la Fnac qui l'avait mis en coup de cœur.

On me souffle dans l'oreillette que ce coup de cœur de la @Fnac dans lequel l'homosexualité est présentée comme un choix par rejet de l'autre sexe date bien de février 2018 et non de l'automne 1954. #Hallu https://t.co/1BtPTcRjd7

Sur la photo postée, on peut voir qu'il s'agit d'un coup de cœur de Frédérique, vendeuse à la Fnac d'Avignon-Le Pontet. Le site de la Fnac indique trois autres coup de cœur de ses libraires pour cet ouvrage.

Le Grand Dictionnaire des malaises et des maladies (Quintessences, 2015) est un ouvrage qui se penche, selon la description de l'éditeur, sur «"l'aspect" métaphysique des malaises et des maladies en rapport avec les pensées, les sentiments et les émotions». L'ouvrage estime que les maladies sont «des conflits intérieurs non résolus qui s’expriment donc dans le corps», comme expliqué lors d'une chronique sur Europe 1.

Il a été écrit par Jacques Martel, un auteur québécois qui est présenté sur le site des éditions Quintessences, qui éditent son ouvrage en France, comme un «conférencier et formateur» qui «anime des ateliers de croissance personnelle». Le site précise qu'il a une «formation d’ingénieur électricien» et une «expérience de psychothérapeute».

Bien qu'elle ne soit plus considérée comme une maladie par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 1992, l'homosexualité figure dans ce dictionnaire des maladies et y est présentée comme un «choix».

Le livre parle du fait de choisir l'homosexualité «parce que je rejette les personnes de l'autre sexe pour une raison ou pour une autre». Il estime que nous avons «deux côtés» en nous, le côté féminin et le côté masculin et qu'il se peut que «n'acceptant pas mon identité, je tente de retrouver chez une personne du même sexe le côté que j'ai rejeté».L'ouvrage reprend à son compte certaines idées reçues sur l'homosexualité : «Je peux avoir été élevé par une mère trop dominante, ce qui m'a incité à fuir les femmes.» Ou encore dans ce passage : «Si, par exemple, je suis un homme et que l'un de mes parents voulait à tout prix avoir une fille, il se peut que, même inconsciemment, je veuille développer au maximum les qualités d'une fille afin d'augmenter les chances de me rapprocher et d'être accepté par ce parent.»
Twitter: @parispasrose

Le livre parle du fait de choisir l'homosexualité «parce que je rejette les personnes de l'autre sexe pour une raison ou pour une autre». Il estime que nous avons «deux côtés» en nous, le côté féminin et le côté masculin et qu'il se peut que «n'acceptant pas mon identité, je tente de retrouver chez une personne du même sexe le côté que j'ai rejeté».

L'ouvrage reprend à son compte certaines idées reçues sur l'homosexualité : «Je peux avoir été élevé par une mère trop dominante, ce qui m'a incité à fuir les femmes.» Ou encore dans ce passage : «Si, par exemple, je suis un homme et que l'un de mes parents voulait à tout prix avoir une fille, il se peut que, même inconsciemment, je veuille développer au maximum les qualités d'une fille afin d'augmenter les chances de me rapprocher et d'être accepté par ce parent.»

Le compte de Claire Underwood a également tweeté l'entrée de l'ouvrage consacré au sida, qui semble expliquer la maladie par le fait que les personnes malades vivraient «une grande culpabilité par rapport à l'amour» et auraient «l'impression de ne pas être à la hauteur».

Le § sur le Sida : "Le sang relié au coeur symbolise l’amour et les peines, la créativité. Ainsi, mon système émotionnel est en déséquilibre et incapable de s’exprimer librement. Je vis une grande culpabilité par rapport à l’amour, j’ai l’impression de ne pas être à la hauteur." https://t.co/EuEbptJlYz

L'entrée concernant le viol indique quant à elle : «Si j’ai eu à vivre un viol, ou un abus sexuel, je regarde si mon ignorance de la sexualité, même inconsciente, était à ce point grande que j’ai "attiré" (énergétiquement parlant) cette situation comme pour me libérer de ma peur ou tout simplement pour cesser de me faire abuser.»

Et § sur le viol : "Si j’ai eu à vivre un viol je regarde si mon ignorance de la sexualité, même inconsciente, était à ce point grande que j’ai «attiré» (énergétiquement parlant) cette situation comme pour me libérer de ma peur ou tout simplement pour cesser de me faire abuser." https://t.co/zYk58EuPtG

Contacté par BuzzFeed News, Claire Underwood explique qu'un contact lui a envoyé ces photos en février dernier. «Cette page est tellement hérissée de formulations problématiques sur l'homosexualité que je ne doutais pas qu'elle allait intéresser mes abonnés, mais j'ai tardé à la partager, ne sachant pas par quel bout la prendre», indique le ou la propriétaire du compte.

En août dernier, un autre internaute avait écrit un thread pour critiquer plusieurs entrées de cet ouvrage, notamment celles sur les fausses couches, la maladie d'Alzheimer, le cancer ou le harcèlement sexuel.

De nombreux internautes ont retweeté ou repris le tweet de @parispasrose.

@ParisPasRose @Fnac « Si je choisis l’homosexualité... » #Fatchigue

#Fatiguée de ces vieux clichés ! https://t.co/Ee4v7Bqmib

Certains ont directement interpellé la Fnac sur Twitter, estimant que l'ouvrage n'aurait pas dû être sélectionné en tant que coup de cœur.

@Fnac @FnacVousAide Il y a un sérieux soucis dans ce choix reac ! #discriminations #homosexualité https://t.co/LEfU4zhYd3

@ParisPasRose @Fnac Une explication la @Fnac ? #Fnac

vous lisez les livres que vous mettez en avant la @Fnac ? https://t.co/qIagc2hUdP

Joël Deumier, président de SOS Homophobie, juge qu'«on ne peut pas diffuser de tels clichés qui nourrissent et légitiment l'homophobie» et estime que l'ouvrage ne devrait plus être distribué.

@FnacVousAide @Fabdelac1 @ParisPasRose @marst76 @Fnac Merci ! Et merci @ParisPasRose. On ne peut pas diffuser de tels clichés qui nourrissent et légitiment l’#homophobie. En l’état, cet ouvrage ne doit plus être distribué. @FnacVousAide @Fnac

Le service client de la Fnac a répondu que l'information «a bien été remontée à notre direction commerciale qui agira en conséquence».

@Fabdelac1 @ParisPasRose @marst76 @Fnac Bjr. Je prends bien note de votre message et vous remercie pour cette remontée. L'information a bien été remontée à notre direction commerciale qui agira en conséquence. Cdt, Rick

«C'est un livre dans lequel il y a de bonnes choses, il y a des mauvaises, mais comme dans tous les livres», se défend Frédérique, la vendeuse de la la Fnac d'Avignon-Le Pontet qui a écrit ce coup de cœur et que BuzzFeed News a pu contacter.

Pour elle, «on ne va pas s'arrêter de faire des coups de cœur sur des livres parce qu'il y a des personnes qui pensent ça ou ça. Il y a des choses dans ce livre que je trouve vraies. Il y a des choses avec lesquelles je ne suis pas d'accord mais on ne peut pas être d'accord à 100 % avec une personne ou un auteur.»

A propos du fait que l'homosexualité soit cité dans un livre sur les maladies, elle concède : «C'est vrai que ça me fait tiquer, c'est certain. Après, il faut savoir que Jacques Martel est un conférencier depuis 1978. Malgré tout, il ne faut pas dénigrer ce qu'il y a de bon dans ce livre.»

Elle estime donc son «coup de cœur» justifié même si elle précise, par ailleurs, qu'actuellement le livre n'est plus présenté en rayon en tant que tel.

Contactée par BuzzFeed News, la maison d'édition Quintessence estime «qu'il faut lire l'article dans son intégralité».

«D'abord l'auteur insiste sur le fait que ce n'est pas une maladie, ni inscrit dans les gênes, défend Philippe Lahille, le directeur éditorial. L'auteur envisage ensuite différentes pistes ayant pu conduire à cette orientation sexuelle, il en évoque cinq ou six, essayant d'envisager les différents cas de figure. En cela, il faut reconnaître qu'il a une approche nuancée et certainement pas binaire.

Ensuite, il insiste sur le fait que le plus important n'est pas son orientation sexuelle, mais l'amour, la profondeur de cet amour, sa sincérité. Et enfin il conclut qu'il est essentiel de ne pas lutter contre cette orientation mais de s'accepter et de l'assumer.»

Sur le principe même de l'ouvrage, qui tente d'expliquer les maladies par l'existence de certains sentiments, le directeur éditorial déclare que «la symbolique des maladies est de plus en plus souvent souvent prise en compte par de nombreux thérapeutes mais il est vrai que cette approche symbolique peut dérouter le grand public. Ce n'est évidemment pas une science exacte, tout comme la psychologie. Elle propose des pistes de réflexion qui peuvent s'avérer pertinentes (ou pas) et donner du sens, donner à réfléchir.»

Mise à jour

Le 13 avril, la Fnac a indiqué sur Twitter qu'elle «référence l’exhaustivité des ouvrages publiés et ne peut déréférencer que les titres interdits par la loi française». Elle précise cependant que «certains éléments contenus dans cet ouvrage ne correspondent pas aux valeurs de culture et d’humanisme que nous défendons depuis 60 ans» et qu'ils ont donc «supprimé toute mise en avant de ce livre».

@ParisPasRose La @Fnac référence l’exhaustivité des ouvrages publiés et ne peut déréférencer que les titres interdits par la loi française. Certains éléments contenus dans cet ouvrage ne correspondent pas aux valeurs de culture et d’humanisme que nous défendons depuis 60 ans. (1/2)

@ParisPasRose En conséquence, nous avons supprimé toute mise en avant de ce livre. (2/2)

BuzzFeed News a contacté le service presse de la Fnac. Nous avons également contacté Jacques Martel le 12 avril en fin d'après-midi via la maison d'édition qu'il a fondée, Atma. Nous mettrons à jour cet article en cas de réponse.

Marie Kirschen est journaliste chez BuzzFeed News, France, et travaille depuis Paris.

Contact Marie Kirschen at marie.kirschen@buzzfeed.com.

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