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Ce que le «racisme anti-blanc» a de différent des autres discriminations

«Les pauvres qui détestent les riches, ce n'est pas la même chose que les riches qui détestent les pauvres.»

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Lundi 21 mars, le gouvernement a lancé une campagne «Tous unis contre la haine», à l’occasion de la semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme du 21 au 28 mars.

5 actes ou menaces antisémites, anti-musulmans et racistes par jour, ça ne vous choque pas? https://t.co/vtYme870gM

La campagne, qui a coûté trois millions d'euros, comprend six spots qui seront diffusés cette semaine à la télévision. Ils mettent en scènes des agressions racistes, anti-musulmans et antisémites.

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Les actes et menaces racistes ont, eux, augmenté de 17,5% et les actes antisémites ont légèrement diminué, mais restent à un niveau élevé, avec 806 actes et menaces répertoriés.

Dans le cadre de sa campagne, le gouvernement a lancé le hashtag #TousUnisContreLaHaine sur Twitter. Mais celui-ci a été largement accaparé par des internautes hostiles à la campagne.

#TousUnisContrelaHaine de l'amalgame pur et simple le racisme anti blanc et chrétien ce gvt l'occulte volontairement

Leur principal reproche? La campagne oublierait le «racisme anti-blanc».

#TousUnisContrelaHaine honte aux clips qui concernent QUE les agressions de blancs sur les personnes de couleur!et l'inverse très présent?!

#TousUnisContrelaHaine mais le racisme anti blanc ne fait donc pas partit de la lutte contre le racisme, comme d'habitude :/

Mais peut-on réellement mettre sur le même plan le racisme contre les personnes non-blanches et les attaques dont peuvent être victimes les personnes blanches? Pas vraiment.

Tout d'abord parce que la fréquence des actes est beaucoup moins élevée.

Bien sûr, cela ne veut pas dire que les personnes blanches ne peuvent pas être insultées de «sale blanc-he» ou attaquées parce qu'elles le sont. Mais les actes visant les personnes blanches sont bien moins nombreux.

Publiée en janvier dernier, l'étude Trajectoires et origines de l'Ined, l'institut national d'études démographiques, est une enquête très fouillée menée auprès de 22.000 personnes qui porte notamment sur les discriminations.

Selon la chercheuse Christelle Hamel, une de ses auteurs, «dans l'enquête, on constate que, lorsque l'on demande à des personnes qui ne sont ni immigrées ni issues de l'immigration si elles ont été la cible de comportements ouvertement racistes, elles sont beaucoup moins nombreuses à répondre "oui" que les personnes immigrées ou issues de l'immigration».

C'est ce que montre ce graphique, issu de l'enquête: les personnes issues de la population majoritaire (en bas du graphique) sont beaucoup moins nombreuses à faire état de propos ou comportements racistes.

Dire, comme le tweet ci-dessous, que le racisme en France «c'est 95% de racisme anti-blanc», c'est donc tout simplement faux.

#TousUnisContrelaHaine Le racisme en France c'est 95 % de racisme anti-blanc ... https://t.co/DORTGJsqZl

Il indique:

«C'est pour cette raison que les agressions et menaces anti-blancs, anti-roms et anti-asiatiques ne font pas l'objet de films dédiés car ils sont proportionnellement moins nombreux.»

Pour Christelle Hamel, «cette formulation est maladroite».

«Les discriminations racistes contre les Roms sont moins courantes car ils sont moins nombreux dans la population. Mais pour chaque Rom, la fréquence à laquelle ils sont confrontés à du racisme est extrêmement élevée. C'est la même chose pour les Asiatiques, même si le racisme qui les touche est moins fréquent que celui touchant les personnes d'origine subsaharienne ou originaires du Maghreb.»

S'il n'est pas pertinent de mettre sur le même plan le racisme supposé anti-blanc et le racisme contre les personnes non-blanches, c'est surtout car «il y a une différence de nature entre ces situations», avance la sociologue.

« L'étude montre que les comportements racistes à l'encontre des groupes minoritaires vont se traduire par des discriminations, par exemple dans l'accès à l'emploi.

Un racisme qui vise des personnes blanches va se traduire par des insultes ou des agressions dans la rue de manière ponctuelle, par des personnes que l'on ne connaît pas. Alors que les personnes issues des minorités peuvent être confrontées à un racisme dans la rue, mais aussi à l'école, au travail, dans la recherche de logement, etc.

Ce racisme peut prendre des formes explicites mais aussi des propos voilés et des comportements de mise à l'écart comme des refus de promotion.»

Il s'agit de ce qu'on appelle le «racisme systémique».

Les gens qui pleurent qu' il y a du racisme anti blanc vous avez eu des dicrimination à l embauche/logement ? #TousUnisContrelaHaine

«Cette notion permet de voir l'étendue des circonstances dans lesquelles ces conséquences du racisme sont déployées» commente Christelle Hamel. Un racisme systémique va au-delà d'un cas d'agression isolée en ce qu'il va s'inscrire dans des structures sociales -y compris dans les services de l'État (on pense notamment au contrôle au faciès) et avoir un impact sur les conditions de vie des personnes.

Pour la chercheuse, les comportements d'hostilité envers la majorité blanche -socialement dominante- «ont une dimension réactive». Ou formulé autrement par Christelle Hamel:

«Les pauvres qui détestent les riches, ce n'est pas la même chose que les riches qui détestent les pauvres».

La chercheuse note par ailleurs un des autres résultats de l'enquête: «une partie des personnes qui ne sont ni immigrées ni des enfants d'immigrés qui déclarent avoir subi des propos racistes ont en réalité été traitées de "sales racistes".» Ce qui n'est pas la même chose que de se faire traiter de «sale arabe».

Pour conclure, Christelle Hamel dit éviter d'utiliser l'expression «racisme anti-blanc» car elle donne l’impression qu’il y a une équivalence.

«Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas apprendre aux enfants à ne pas dire "sale blanc"» précise-t-elle. «Mais en termes de politiques publiques, ce n'est pas pertinent: on ne va pas mettre en place des politiques de lutte contre les discriminations à l'encontre des blancs car ces discriminations n'existent pas dans l'accès à l'emploi, dans les orientations scolaires ou dans l'accès au logement.»

Marie Kirschen est journaliste chez BuzzFeed News, France, et travaille depuis Paris.

Contact Marie Kirschen at marie.kirschen@buzzfeed.com.

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