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Ces photos témoignent de la vie des gangs à Rio

BuzzFeed News s'est entretenu avec Joao Pina sur son projet dans les favelas de Rio.

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João Pina

Vesguinho (au centre) et son gang contrôlent le trafic de stupéfiants à Parque Royal, un quartier sur la Ilha do Governador, à Rio de Janeiro, en juillet 2008. Ce gang fait partie d'un plus grand rassemblement de gangs nommé Terceiro Comando

Nous nous sommes entretenus avec João Pina, le photographe à l'origine de Gangland, une splendide série qui a retenu notre attention durant le concours tremplin organisé entre Visura et BuzzFeed News pour des histoires parlant du Brésil. Le pays se trouve dans une impasse, avec de grandes difficultés économiques et un champ politique bouleversé par la destitution de Dilma Rousseff, la présidente, suite à des suspicions de fraudes comptables au début de l'année. L'organisation des JO a été ponctuée par de nombreux rapports sur les taux de pollution et de violence, ou sur les projets bâclés.

Le travail de João Pina, qui s'étend sur ces neuf dernières années, détonne parce qu'il juxtapose de manière élégante la violence et la vie quotidienne.

Cet entretien a été édité et condensé pour plus de clarté.

Qu'est-ce qui vous a amené à Rio?

Cette ville est surnommée la Cité Merveilleuse, et c'est un miroir de ce qui se passe au Brésil. C'est fascinant.

Quelque chose s'est-il amélioré depuis les quelques années qui ont suivi la Coupe du monde?

Il y a eu quelques améliorations d'infrastructures, mais nous sommes toujours loin du compte. Il y a toujours des problèmes de classe et de racisme. Il y a plus de conscience politique qu'avant la Coupe du monde, plus de rejet des inégalités liées à ces facteurs. Des mères se sont organisées pour parler des injustices. Nous verrons comment ces changements affecteront la société.

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La pacification —l'initiative du gouvernement pour lutter contre les trafiquants de drogue dans les favelas— est-elle toujours en cours?

Globalement, on considère que c'est un échec. Il y a toujours des conflits entre gangs et policiers. Les «unités de pacification» sont en réalité des unités de police qui agissent désormais exactement comme le faisaient les forces de police avant ce changement de nom. La corruption et les violences policières sont partout, la police est totalement déconnectée des communautés locales au sein des favelas, et elle ignore ce qu'il se passe ou est corrompue par les gangs de trafiquants de stupéfiants. Les trafiquants contrôlent toujours certaines zones et populations, et personne ne fait vraiment confiance à la police dans les favelas.

Si vous deviez résumer ce projet, qu'en diriez-vous?

Cela représente mon sentiment sur une ville qui est magnifique, mais qui a été ignorée sur bien des aspects. Je travaille sur ces aspects ignorés, et j'y promène mon objectif. La vie n'a pas le même sens dans ces zones.

Quelqu'un qui a grandi parmi les classes moyennes ou aisées a des perspectives et des opportunités très différentes. Ce qui fait que les jeunes nés dans les favelas s'orientent parfois vers le trafic de stupéfiants, du fait de la ségrégation et du peu d'opportunités qui leur sont ouvertes, à cause du faible niveau de services tels que l'éducation ou la santé. Ils préfèrent donc une vie courte mais intense.

Envisagez-vous de continuer ce projet?

Je vais observer ce qui se passe dans le vide qui succédera aux Jeux olympiques, une fois que tout le monde sera parti, comment la société et les politiques réagiront quand nous devrons payer pour toutes ces installations.

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João Pina

Jeunes hommes de la favela de Fazendinha jouant au football près de leurs maisons du Complexo do Alemaõ. Pendant la Coupe du monde de la FIFA, la plupart des écoles étaient en vacances forcées, juin 2014.


João Pina

Une petite fille regarde une telenovela (un soap opera) à l'intérieur de sa tente, juin 2014. Elle fait partie d'un groupe de 120 familles expulsées de la favela de Telerj qui vivent désormais sur un terrain de l'Église sur la Ilha do Governador.


João Pina

La répétition générale à Porto da Pedra, une école de samba de Saõ Gonçalo, février 2007, avant la parade du carnaval dans toute la ville, l'une des plus grandes fêtes du monde.


João Pina

Une femme sort du Sambadrome Marquês de Sapucaí, qui abrite les parades du carnaval de Rio, et passe à côté de vieux costumes, février 2016.


João Pina

Des officiers de la police civile de la DRAE (une unité de police spécialisée dans la saisie d'armes et d'explosifs) transporte le corps d'un jeune homme suspecté de trafic de stupéfiants, novembre 2009. Il a été abattu par des policiers durant un raid à Manguira, officiellement pour avoir résisté durant son arrestation.


João Pina

Enterrement de Weslei de Oliveira Batista au cimetière de Sulacap, avril 2009. Batista était un officier de la police militaire qui a été abattu de cinq balles alors qu'il n'était pas en service. De nombreux officiers sont tués quand ils ne sont pas en service, victimes de vol, ou de tentative de vol, lorsqu'ils ont été repérés comme des policiers.



João Pina

Un Brésilien travaille sur un site de construction de la favela de Vigidal, juin 2014. Dans la cadre d'un effort de gentrification connu sous le nom de «pacification», de nombreux investisseurs, attirés par la vue sur la ville, construisent désormais des hôtels et des restaurants dans ce secteur.


João Pina est un photojournaliste portugais basé au Brésil.


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Kate Bubacz is a Senior Photo Editor for BuzzFeed News and is based in New York.

Contact Kate Bubacz at kate.bubacz@buzzfeed.com.

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