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Attentats : l'histoire de cette victime égyptienne prise pour un terroriste

Waleed Abdel Razzak, que des médias ont pris pour un suspect après la découverte de son passeport aux abords du Stade de France, est en réalité une victime du terrorisme. Il est actuellement hospitalisé à Paris dans un état critique.

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Waleed Abdelrazik is missing since last night in Paris. Last contact was at the Football game! Plz spread the word!

LE CAIRE — Waleed Abdel Razzak, un Égyptien de 27 ans, est à Paris depuis une semaine quand il décide de se rendre au Stade de France pour assister à un match de foot. Arrivé en retard, il était à l'entrée du stade quand un kamikaze actionne sa ceinture d'explosifs, première occurrence d’une série d'attentats coordonnés qui allaient tuer au moins 129 personnes vendredi soir. Dans le ventre, Waleed Abdel Razzak reçoit neuf éclats très durs qui lui causeront une hémorragie interne massive. Il recevra deux transfusions sanguines. Aujourd'hui, il est à l'hôpital Beaujon, dans un état critique.

Reste que dans les 24 heures qui suivront l'attaque, Razzak sera présenté par les médias étrangers comme un terroriste potentiel – son passeport ayant été retrouvé sur la scène de l'attentat.

«Je n'arrive pas à croire ce qu'on raconte sur mon frère», raconte Wael Razzak à BuzzFeed News, au téléphone depuis Paris. «Son corps a été transpercé de fragments. Comment pourrait-il être un kamikaze?»

Selon Wael Razzak, c'est la nationalité égyptienne de son frère qui a pu éveiller les soupçons et faire croire à son implication dans les attentats, revendiqués par Daech.

«Il avait son passeport sur lui», précise Wael. Si son frère était à Paris, c'était à cause de lui: récemment, Wael s'est fait diagnostiquer une leucémie et Waleed avait décidé de venir le voir pour l'accompagner lors de son traitement. «C'est un touriste qui allait à un match de foot. Ce qui lui est arrivé est la conséquence de l'incapacité des autorités françaises à sécuriser un stade où le président français, en personne, était présent», ajoute Wael. «Les gens devraient arrêter de propager des rumeurs sur lui, ils devraient plutôt s'excuser».

Retrouvé par des employés de l'ambassade

Une photo de Waleed en main, Wael et sa mère, Nadia Razzak, ont passé toute la nuit entre la police et les hôpitaux pour retrouver sa trace. Au départ, il n'était pas sur la liste des blessés.

En panique, Wael finira par appeler un ami proche, Mohamed Gaber, à Alexandrie, la ville égyptienne dont est originaire la famille. Il lui demande de faire un appel sur les réseaux sociaux. Le post Facebook de Gaber, rédigé au petit matin samedi, est partagé plus de 1500 fois. Le frère de Gaber est employé à l'ambassade égyptienne au Rwanda, il lui demandera de transmettre l'appel à ses collègues de Paris.

«A Paris, l'ambassadeur égyptien ne savait même pas que Waleed était porté disparu. C'est moi qui lui ai appris», explique Gaber. «Le personnel de l'ambassade a commencé à m'envoyer des messages sur Facebook pour savoir dans quels hôpitaux la famille était allée afin d'orienter leurs recherches vers d'autres établissements».

Il en vient à être submergé de messages d’Égyptiens vivant à Paris et partis à la recherche de Waleed. Ce sont des employés de l'ambassade qui le retrouveront, à l'hôpital Beaujon, quelques minutes avant l'arrivée de sa famille, samedi vers midi.

«Il portait une montre Hamilton et un jean Diesel, c'est comme ça qu'on l'a retrouvé, grâce à la description qu'on avait faite à la police», explique Wael. «Il était venu à Paris pour s'occuper de moi et de notre mère, c'est mon pilier».

Si, selon Gaber, le personnel de l'ambassade a agi avec diligence, il en veut au ministre égyptien des affaires étrangères, qui n'a pas su gérer la situation.

«En Égypte, aucun responsable n'a fermement contesté les informations qui faisaient de Waleed un terroriste, ils n'ont pas été clairs et je leur en veux pour ça», dit-il. «Pourquoi personne ne s'est-il exprimé pour expliquer les choses? Surtout quand le monde entier vous regarde après le crash de l'avion russe?»

«Il adore trop le football pour aller se faire exploser»

Gaber ironise même sur l'idée que le jeune égyptien ait pu être pris pour un terroriste. «Il ne peut pas être un terroriste. C'est ridicule. Il adore trop le football pour aller se faire exploser dans un stade».

Samedi, lorsque Nadia a finalement retrouvé son fils, elle s'est effondrée.

«C'est atroce de voir votre fils ainsi», témoigne-t-elle à BuzzFeed News. «Les médecins nous ont dit que les 48 prochaines heures allaient être critiques, et au-delà, seul Dieu le sait».

Waleed, diplômé d'une école de commerce et ancien employé du cigarettier Philip Morris International, fait partie des 352 personnes blessées lors des attentats. Alors que les enquêteurs cherchent encore des informations sur l'identité des assaillants, Nadia préfère ignorer toute allégation concernant son fils.

«Je ne pense qu'à une chose – mes deux fils ont vécu une tragédie, la même semaine, l'un avec le cancer et l'autre avec une bombe. Il n'y a que mes fils qui m'importent, rien d'autre».

Traduit de l'anglais par Peggy Sastre

Farid Farid is a Cairo-based journalist. He has been published in The New York Times, The Guardian, Quartz and others.

Contact Farid Y. Farid at f.y.farid@gmail.com.

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