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Manifestation à Paris : un photographe blessé à la tête après avoir été matraqué par un CRS

Le photojournaliste de 24 ans a une plaie au crâne de 7 cm. Il annonce à BuzzFeed News qu'il va porter plainte auprès de l'IGPN. Le syndicat des journalistes condamne ces violences. Des vérifications ont été lancées par la Préfecture de police.

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Mise à jour le 12/04: Selon France Info, le photographe a déposé plainte pour «violences volontaires avec arme de la part d’un fonctionnaire de police» et a été entendu près de trois heures dans les locaux de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).


Des centaines de manifestants (cheminots, étudiants, fonctionnaires, etc) s'étaient donnés rendez vous gare de l'Est à Paris mardi 3 avril pour défiler contre la réforme de la SNCF. En marge de cette manifestation, des casseurs ont brisé les vitres de quelques commerces et pris à partie les forces de l'ordre. Lors de ces échauffourées, un journaliste photographe a été frappé par un policier.

Celui qui ne souhaite pas donner son nom et se fait appeler «Tuff», travaille pour le collectif de photographe LaMeute. Joint par BuzzFeed News, ce photojournaliste indépendant de 24 ans affirme qu'il a «été agressé par un CRS». «Je couvrais cette manifestation et tout se passait bien au début. Il y a eu des échauffourées avec une première charge policière que j'ai pu prendre en photo. Puis les policiers se sont retirés», explique-t-il. Et de poursuivre :

«C'est à ce moment-là qu'il y a eu une seconde charge policière et que j'ai vu un CRS se diriger vers moi en hurlant. J'ai immédiatement levé mon appareil photo et crié que j'étais journaliste, mais il m'a frappé sciemment à la tête avant de me mettre au sol. J'ai voulu partir mais j'ai reçu d'autres coups au niveau des jambes.»

Un autre photographe a pu récupérer Tuff et le mettre à l'abri dans un hall d'immeuble. «Il a retiré mon bonnet et j'ai vu que je saignais énormément. Le sang n'arrêtait pas de couler comme si c'était de l'eau. Les «Street medics» ont réalisé les premiers soins avant que les pompiers ne m'emmènent à l'hôpital.»

«Graine», un autre photographe contacté par BuzzFeed, confirme cette version. Il a d'ailleurs pris une photo du CRS avant qu'il ne s'en prenne à Tuff.

Une plaie au crâne de 7 cm

D'après le certificat initial établit à l'hôpital Lariboisière que nous avons pu obtenir, les blessures sont sérieuses avec notamment une plaie à la tête de 7 cm. «Ils ont dû me poser 7 agrafes», précise le photographe.

«Tuff» pense qu'il a «été volontairement visé» par le policier. Il va porter plainte auprès de l'Inspection générale de la police (IGPN) dès qu'il «sera remis» : «Je n'étais pas masqué, et j'étais identifiable en tant que journaliste. Il semblait ne pas vouloir que je prenne en photo cette charge policière au cours de laquelle de nombreux manifestants ont été frappés par d'autres policiers.»

Sur Facebook, son collectif confirme qu'il a reçu plusieurs coups de matraques à la tête et aux jambes : «Il convient d’insister sur le fait que Tuff était parfaitement identifiable en tant que photographe, et a levé son appareil en l’air, de manière visible pour les agents de police, avant d’être matraqué.»

Des violences «inadmissibles» pour le SNJ

Contactée, la préfecture de police de Paris confirme que «des charges policières ont eu lieu à cet endroit», mais précise ne pas être au courant de ces incidents, «puisqu'aucune plainte n'a encore été déposée». La préfecture annonce toutefois que les «directions des unités de CRS citées ont été saisies pour vérifications». Et nous renvoie vers son communiqué publié mardi soir :

«Cette manifestation a rassemblé 2700 personnes dont un groupe de 100 individus cagoulés et violents. À hauteur de la rue de Maubeuge et du boulevard de Rochechouart ces individus se sont livrés à des dégradations de vitrines de magasins et de mobilier urbain obligeant les forces de l'ordre à intervenir pour faire cesser les troubles. Cinq personnes ont été interpellées.»

De son côté, le Syndicat national des journalistes (SNJ) interrogé par BuzzFeed News condamne ces violences policières. «C'est inadmissible et ce n'est pas nouveau. Nous avons l'impression de revenir à l'époque des manifestations contre la Loi travail ou de nombreux journalistes avaient été blessés par des forces de l'ordre. Nous allons prendre attache avec ce photographe et certainement intervenir auprès du ministère de l'Intérieur», dénonce Dominique Pradalié, secrétaire générale du SNJ.



David Perrotin est journaliste société chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris. Il écrit notamment sur les sujets liés aux discriminations.

Contact David Perrotin at david.perrotin@buzzfeed.com.

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