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Puisqu'il nous accuse, nous publions l'intégralité de notre interview avec Alexis Corbière

Nous avons publié un article cette semaine pour dire qu'Alexis Corbière et Raquel Garrido n'avaient pas quitté le HLM qu'ils occupent à Paris. En guise de défense, le député accuse BuzzFeed d'avoir volontairement passé sous silence le fait qu'il était en train d'acheter un autre appartement. Ce qui est totalement faux.

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Interrogé dans 24h Pujadas sur LCI jeudi, le député de la France insoumise Alexis Corbière s'est défendu vivement en attaquant BuzzFeed News. Selon lui, l'article que nous avons publié mardi manquerait cruellement d'honnêteté. L'élu assure qu'il nous a précisé qu'il était en train de signer un compromis d'achat devant notaire, qu'il réunissait l'argent nécessaire à cette opération et qu'il passait des visites médicales. Tout cela pour bien montrer qu'il est effectivement en train de quitter son HLM.

«Je l'ai dit au journaliste qui a lancé cette polémique mais ça ne l'intéressait pas et ce qui l'intéressait, c'était de lancer une attaque assez blessante contre moi (...) Je n'accepte pas que des gens salissent mon honneur comme ils l'ont fait. Parce qu'un journaliste à qui j'ai dit cette situation ne veut pas le raconter...», insiste-t-il.

Ce que dit Alexis Corbière est totalement faux. Face à l'insistance de David Pujadas, il admet d'ailleurs son mensonge quelques minutes après:

- David Pujadas: Vous lui aviez dit qu'il y avait un compromis de vente qui était signé ?

- Alexis Corbière: Non, je lui ai dit que j'étais en train de partir mais je n'ai pas raconté ma vie, je le dis à vous parce que vous me questionnez...»

.@alexiscorbiere exemplaire ? "Je suis exemplaire, cette affaire #HLM c'est pr salir @FranceInsoumise" #24hPujadas

Au cours de la vingtaine de minutes que nous avons passé au téléphone avec lui, le député ne nous a pas dit qu'il était en train d'acquérir un appartement. Il a préféré s'énerver, nous attaquer, nous accuser d'écrire un «article commandé» et deviser sur les «dirigeants de grands médias» qui vivent dans des HLM. Et c'est à la fin seulement qu'il a fini par préciser «qu'il était en train de chercher un logement», ce que nous avons écrit au début de notre article. Voici donc une retranscription intégrale de l'échange que nous avons eu avec Alexis Corbière mardi.


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Question: Où en est-on s'agissant de vos procédures pour quitter votre HLM?

Réponse: Pourquoi ça vous intéresse? Je fais ce que je dis, vous commencez à me saouler. Je trouve ça très désagréable, extrêmement indécent. Donc je ne vois pas pourquoi monsieur, vous viendriez me chercher sur ce terrain-là. Je suis victime d'une campagne de calomnies alors que j'ai toujours été légalement dans cet appartement.

Oui, cela a toujours été légal, mais la situation a changé depuis que vous avez triplé vos revenus...

Et qu'est ce que j'ai dit que j'allais faire? Par principe, je n'ai pas à vous répondre. Je fais ce que je dis et je tiens parole, d'accord?

Pourquoi n'avez-vous jamais répondu à votre bailleur social, vous avez reçu un courrier de la RIVP?

Ah bon, qu'est-ce que vous en savez?

Je sais que c'est un huissier qui a dû vous le remettre puisque vous ne leur avez pas répondu...

Ah bon? D'accord. Qu'est-ce que vous en savez de tout ça? Donc là, vous préparez un article sur commande. Vous n'avez pas mené d'enquête. C'est des gens qui vous disent des choses... Je m'en fous de toute manière, je suis extrêmement à l'aise là-dessus, je fais ce que je dis. Et j'ai pas besoin qu'on me le rappelle.

Pourquoi vous ne répondez pas à la RIVP?

Qu'est-ce que vous en savez, vous? De quoi vous parlez?

On vous a envoyé un recommandé que vous n'êtes pas allé chercher...

C'est totalement faux monsieur. Vous racontez n'importe quoi. J'ai reçu des courriers qui m'ont été envoyés, je les ai reçus.

Non, vous avez reçu un courrier le 21 juin. Vous ne l'avez pas récupéré et c'est un huissier qui a dû vous le remettre le 1er août...

J'avais déjà reçu la lettre, de quoi vous parlez? Et alors?

Cela montre que vous n'engagez pas de procédure pour quitter cet appartement. Vous n'avez pas envoyé de préavis de départ, par exemple?

Qu'est-ce que vous en savez? Vous savez où j'en suis?

C'est bien pour ça que je vous appelle, pour le savoir...

J'ai dit que j'étais dans une démarche de recherche, que j'avance là-dessus. Là vous racontez n'importe quoi. On ne me demande pas de renvoyer un courrier de départ.

Le courrier vous demande «à horizon raisonnable», de quitter votre HLM...

Oui, voilà. Et j'ai dit publiquement que j'étais en train de le faire et plusieurs fois. Je n'accepte pas... Je vais vous dire, ce que vous faites, c'est uniquement le relai de certains politiques. Ce n'est pas glorieux! Un huissier n'a rien à vous dire, qu'est-ce que c'est que cette histoire, vous avez besoin de connaître ma vie privée? C'est incroyable. En quoi ça vous intéresse comme journaliste, vous avez besoin de savoir tous les détails? Vous ne trouvez pas cela choquant?

Que vous ne vouliez pas répondre à mes questions, c'est une chose, mais cessez de dire que mon article est commandé ou que mes questions sont délirantes. Toutes mes infos sont exactes.

Non, elles vous ont été données sur commande.

Mais n'importe quoi. Vous avez dit il y a plus de trois mois à L'Obs que vous alliez partir. Aujourd'hui, vous ne répondez pas à la RIVP. À BuzzFeed, on s'intéresse à la parole des politiques et surtout on vérifie que leurs promesses sont tenues, c'est tout.

Attendez, déjà vous ne connaissez pas les délais et vous ne savez pas ce que je suis en train de faire. Et c'est pas à vous que j'ai à le dire. Écrivez ce que vous voulez, tout ça est délirant.

En quoi est-ce délirant de vous demander pourquoi vous ne répondez pas à la RIVP qui souhaite que tous ses élus quittent leur HLM?

D'abord, cette lettre n'appelle pas de réponse. Elle demande uniquement de se mettre à la recherche.

Et pourquoi leur courrier recommandé n'a pas été récupéré?

J'ai reçu le courrier en X exemplaires. Et alors, c'est quoi le problème? Je ne sais même pas de quoi vous parlez. J'ai un jour reçu un courrier qui m'a été donné, point final. Avant de répondre à la RIVP, il fallait peut-être trouver un logement, non? Qui vous donne ces infos? Depuis le début, mon honneur est sali. Je n'ai jamais occupé cet appartement illégalement!

Je n'ai jamais dit ça!

Sitôt élu, j'ai dit à la presse que je me donnais les moyens de quitter ce logement. J'ai trois enfants, d'accord. Je suis à la recherche d'un logement, tout le monde le sait.

La RIVP n'a jamais été contrainte d'envoyer un huissier à un élu, je vous pose juste la question.

Et alors? Moi je paie un loyer depuis 18 ans... Vous êtes le porte-parole de qui? Si quelqu'un à quelque chose à me dire, il peut m'appeler. J'ai reçu un courrier extrêmement général, sur un ton d'ailleurs assez désagréable. Franchement, je vais vous dire, il faudrait qu'il y ait plus d'élus en logement social aujourd'hui, parce qu'il y en à marre que toute une classe sociale qui aujourd'hui a les moyens de s'acheter un appartement fasse la leçon à tout le monde. Moi j'ai été là-dedans sur critères sociaux.

Je ne vous parle pas d'avant, arrêtez de noyer le poisson. Je vous parle du fait que vous restiez en HLM depuis que vos revenus ont largement augmenté.

Je ne noie rien du tout. J'aimerais bien d'ailleurs puisque la RIVP est aussi prolixe, qu'elle détaille un peu le statut social de tous les gens qui sont dans des HLM, y compris parmi les journalistes et des dirigeants de grands médias. J'ai toujours été dans la stricte légalité et je vais par ailleurs habiter dans ma circonscription parce que je le souhaite, parce que je le veux et je trouve ça normal. Que certains donnent des éléments et alimentent cela, je trouve que c'est petit et pas conforme à ma conception du journalisme qui est de faire des enquêtes là où il y a un problème de légalité.

Et parfois faire des enquêtes, lorsqu'il y a un problème de moralité?

J'ai été le premier à dire que je cherchais un logement, vous rigolez ou quoi?

Vous avez été le premier à le dire parce les réseaux sociaux puis la presse vous l'ont demandé, non? Et quand vous dites que des élus doivent habiter dans des HLM, vous pensez que l'opinion publique peut entendre ça?

Non, non. Je voulais dire des élus de la ville de Paris ou de proposer à d'autres élus d'habiter en HLM avec un surloyer. Et je dis que des gens issus des logements sociaux, ça ferait du bien qu'ils soient élus. Qu'ils habitent au cœur des cités et pas seulement dans les beaux quartiers. Mais me concernant, moi qui ai une famille de trois enfants, c'est pas en claquant des doigts qu'on trouve un logement qui correspond à votre vie personnelle. Je suis dans cette démarche. Je suis un homme d'honneur et je regrette juste, même si ça vous vexe, qu'il n'y ait rien de spontané à tout ça.

Encore une fois, si. Notre travail est aussi de vérifier les promesses des politiques...

Et vous avez raison. Et je dis à BuzzFeed que je tiendrai parole. Quand tu te tapes une session parlementaire jusqu'au 9 août, il y a des choses qui ne se règlent pas comme ça pour une famille de cinq personnes. Pourquoi la RIVP ne m'a pas appelé? J'ai reçu en 3 ou 4 exemplaires. Cette lettre n'appelait aucune réponse et il faudrait peut-être que je trouve un logement d'abord. Depuis des mois, mon honneur est sali, j'ai dit à la presse que j'allais quitter ce logement. Je vais le faire. Je suis en train de chercher un logement, mais avec une famille de trois enfants, ça ne se fait pas en claquant des doigts. Pardon de vous parler comme ça, mais je tiens parole. Je suis dans les délais. Comprenez que je sois à cran.

Mais auriez-vous eu la même indulgence pour un élu d'un autre bord politique dans la même situation?

Je l'ai dit très clairement, oui lorsqu'on s'appelle Jean-Pierre Chevènement, qui a été ministre pendant plusieurs années et qui est propriétaire de beaucoup de choses, je trouve ça choquant. C'est la même chose quand on a du patrimoine. J'ai trois mômes, pas de fortune personnelle. Encore une fois, j'avais déjà reçu le courrier. Je n'étais pas au courant pour le recommandé, je faisais des sessions parlementaires jusqu'à 1h du matin. Chacun jugera si je n'ai pas agi. N'oubliez pas le caractère au point de départ et que vous avez noté extrêmement injuste de tout ça. J'ai trois enfants, vivre à Paris, ce n'est pas simple. Vous pouvez téléphoner aux agences, je suis en train de chercher. Donc j'aimerais arrêter de servir de sac de frappes, on me tape bien dessus. Ne vous laissez pas abuser, je vois bien ce que certains sont en train de faire, même si vous allez mal le prendre.


David Perrotin est journaliste société chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris. Il écrit notamment sur les sujets liés aux discriminations.

Contact David Perrotin at david.perrotin@buzzfeed.com.

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