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Des dizaines de femmes témoignent d'agressions sexuelles pendant les fêtes pour la victoire des Bleus

On est les champions, mais c'est pas une raison pour harceler ou toucher de force des femmes qui n'ont rien demandé.

Publié le

Pour fêter la victoire de l'Équipe de France à la Coupe du monde 2018, des millions de Français sont descendus dans les rues du pays.

Charles Platiau / Reuters

Mais de nombreuses femmes qui sont descendues dans la rue fêter ça avec leurs compatriotes ont été embrassées par surprise ou de force, touchées, frottées... Bref, agressées sexuellement.

Car les caresses non consenties, les «baisers volés», les attouchements (oui, même une main aux fesses) font partie des agressions sexuelles.

Sur Twitter, une internaute s'y attendant avait fait un appel à ne pas emmerder les femmes qui faisaient la fête et à intervenir si vous étiez témoins d'une scène:

Amusez vous bien. FOUTEZ LA PAIX AUX MEUFS. Si vous voyez une meuf se faire emmerder, INTERVENEZ.

Et ça n'a pas manqué: des dizaines de femmes ont témoigné sur Twitter au fil de la soirée et du lendemain matin. Trois d'entre elles ont bien voulu raconter à BuzzFeed News ce qui leur est arrivé.

Tu prends le métro tranquille, t’as passé une pure soirée. Y’a du monde mais bon esprit. Les portes se referment, t’as le nez à 2mm des portes et puis là un gros con décide que puisque tu ne peux pas bouger, c’est le moment de venir se frotter contre toi. J’ai tellement la haine.

Mélody était à Paris, dans la station de métro Liège, vers 21h lundi. Elle avait décidé de partir des Champs Elysées parce qu'elle trouvait que la foule commençait à être un peu agressive.

«J’ai dû attendre le métro une vingtaine de minutes, puis j’ai enfin pu monter. Il était bien sur bondé mais l’ambiance était bonne. À côté de moi il y avait deux petits jeunes qui chantaient des chansons de stade et ils ont même réussi à faire chanter une touriste asiatique. C’était cool. Et puis on s’arrête, mouvement de foule à St Lazare. Le métro est encore plus bondé, j’ai le nez à 2cm de la porte. Je m’appuie donc sur mes deux mains afin d’éviter les secousses. Il y a un mouvement derrière moi mais je le mets sur le compte du métro, on n’a pas le choix, métro blindé on sait qu’on est amenés à se faire rentrer dedans de temps à autre. Puis le mouvement devient insistant, une deuxième fois qui m’interpelle et puis à la troisième je comprends ce qui se passe.»

«J’essaie de me dégager mais le bassin me suit, j’avoue être un peu paniquée et tape dans un père accompagné de ses deux filles sur ma gauche. Je voudrais lui expliquer mais comment on explique ce type de situation à un inconnu? Devant des enfants. Je suis obligée de me recadrer sur la gauche mais cette fois je le regarde dans les yeux. Son regard est fuyant, la station d’après il descend rapidement.»

«C'est hyper-frais, je me repasse les évènements en boucle en me disant que j’aurai dû hurler. C’est violent de se souvenir du poids du corps d’un inconnu. Et ce sentiment d’être toute seule, sans quiconque à qui demander de l’aider m’a aussi pas mal chamboulée.»

À Rouen, Olivia (nous avons changé son prénom et anonymisé son tweet à sa demande) avait regardé le match avec des amis dans un bar sur les quais près de la fan zone. Elle est rentrée tôt car il y avait eu des débordements avec la police lors de la demie-finale. Arrivée place de l'Hôtel de ville, «voyant que l'ambiance était encore bon enfant j'ai décidé de rester quelques minutes sur place pour profiter», explique-t-elle. Et là:

«Il y avait un petit groupe d'hommes (pas très alcoolisés) juste derrière moi», détaille-t-elle. «L'un d'eux s'est cru plus malin que les autres et m'a mis une main aux fesses, mais la grosse main bien dégueulasse celle qui laisse des traces au moral [...] J'étais déjà énervée parce qu'un gars quelques minutes avant avez essayé de me faire un câlin ce que j'ai refusé et il m'a insultée de p*te».

«Je lui ai collé une droite au niveau de l'oeil. Je me suis rappelé tous mes entrainements de boxe et les paroles de mon entraineur qui me disait que vu que j'étais petite j'avais pas le choix que de taper là où ça fait mal et surtout jouer sur l'effet de surprise!

«Je pense que j'ai du vraiment lui faire mal parce qu'il s'est pris le visage dans les mains. Ses potes n'ont pas eu le temps de réagir que j'avais déjà pris la poudre d'escampette en slalomant entre les groupes de personnes présents sur les lieux.»

«Ce qui m'a énervée le plus dans cette histoire c'est que cet homme s'est cru autorisé à me mettre une main aux fesses du fait de la liesse générale», conclut-elle.

À Paris, Maria (nous avons changé son prénom et anonymisé son tweet à sa demande) est sortie du métro Bonne Nouvelle au moment où le match se terminait et où les gens rejoignaient les grands boulevards pour célébrer la victoire.

Twitter

«Un homme de 25/30 ans m'a empoignée de force et m'a embrassée. Je me suis débattue mais il a continué. À coté, les gens nous regardait en rigolant et en hurlant "ouais vas-y champions!" alors que je pleurais et que je me débattais très fort. Il m'a touché les seins et a m'a agrippé l'entrejambe en me disant le plus naturellement du monde "mais on a gagné!" J'ai continué à me débattre en pleurant et en criant et personne n'est venu m'aider.»

«Il a fini par partir de lui-même pour aller faire la fête avec ses copains dans la rue, se souvient-elle. Je suis restée en pleures pendant 5/10min sans savoir quoi faire, j'avais peur de bouger. J'ai envoyé un message à mes amis et ils sont venus me rejoindre et m'ont emmené dans un bar loin de la foule.»

«Je suis encore très en colère de la non réaction des gens», raconte-t-elle aujourd'hui, «et que tout le monde se réjouisse "de ce beau moment de partage et d'amour" alors que j'ai pas du tout vécu un beau moment et que je suis loin d'être la seule à qui c'est arrivé».

Une journaliste de TF1 a également été embrassée par surprise alors qu'elle était en direct, venant rejoindre les tristes rangs de consœurs, françaises et brésiliennes notamment:

@anti_sexism @TF1 « Et bon couraaage Pauliiine ! 😅 » 🤨😔😤

Sur Twitter, @KateyaV recense des dizaines de témoignages dans un thread disponible en cliquant sur le tweet ci-dessous:

Je vous laisse observer la soirée horrible que la délicatesse masculine à fait passer à beaucoup trop de femmes hier soir... 👇

Contactée, la préfecture de police n'avait pas d'information à nous transmettre et nous a renvoyé vers le parquet de Paris, qui n'a pas répondu à nos appels.

Mise à jour

Après les nombreuses réactions à son tweet, «Olivia» nous a demandé de l'anonymiser, ce que nous avons fait.

Cécile Dehesdin est la rédactrice en chef de BuzzFeed France et travaille depuis Paris.

Contact Cecile Dehesdin at cecile.dehesdin@buzzfeed.com.

Jules Darmanin est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Jules Darmanin at jules.darmanin@buzzfeed.com.

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