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Cet étudiant sans-papiers craint pour sa vie s'il est expulsé en Guinée

«J’ai des amis actuellement emprisonnés», explique Abdoulaye B. à BuzzFeed News depuis son centre de rétention. Des associations et le président de Paris 1 se mobilisent pour qu'il ne soit pas expulsé.

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À la veille de son inscription pédagogique en licence d'administration économique et sociale (AES) à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Abdoulaye B. a été placé au Centre de rétention administratif (CRA) de Joinville-le-Pont (Val-de-Marne). Sans-papiers, le jeune homme de 25 ans interpellé mardi 13 septembre doit être expulsé dans les prochains jours.

Mais l'étudiant qui a fui la Guinée en 2013 explique risquer sa vie. «En Guinée, je militais dans un parti politique du nom de l'Union des forces démocratiques de Guinée», raconte-t-il, joint depuis le CRA de Joinville par BuzzFeed News. «J'étais chargé de coordonner les marches et manifestations de l'opposition républicaine, notamment la marche pacifique du 4 avril 2013 organisée par l'opposition pour la tenue des élections législatives», ajoute-t-il.

Malgré l'interdiction de cette marche par les autorités, il parvient tout de même à mobiliser une foule importante. «Les forces de l’ordre ont tiré des bombes lacrymogènes pour disperser les manifestants puis ont commencé à tirer à bout portant et avec des balles réelles. J’ai des amis qui ont perdu la vie dans la manifestation, des amis de lutte. D’autres sont actuellement emprisonnés», explique Abdoulaye B. Après des menaces de mort au téléphone, et la visite de la police pour interroger sa famille, il décide de fuir au Mali, puis en Algérie.

Ce n'est qu'en avril 2016 qu'il rejoint la France où il décide de reprendre ses études, lui qui est déjà titulaire d'une licence de sociologie en Guinée. Mais aujourd'hui, il est sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF), malgré un recours devant le tribunal administratif et la confirmation de son renvoi par le juge des libertés.

La Ligue des droits de l'homme confirme à BuzzFeed News avoir été saisie du cas d'Abdoulaye B. et avoir donné des conseils juridiques à l'étudiant lors des deux audiences devant le tribunal administratif et le juge des libertés.

Mobilisation étudiante pour libérer l'étudiant

«Le soir de l'arrestation d'Abdoulaye, les textos ont commencé à tourner, alors on s'est dit qu'il fallait s'organiser», explique à BuzzFeed News Estelle, 26 ans, qui milite à Réseau université sans frontières (RUSF). Sous l'impulsion de l'association, plusieurs autres étudiants ont décidé de se réunir pour organiser la solidarité et pour aider Abdoulaye à poursuivre ses études en France.

Une pétition adressée à la préfecture de Paris a également été lancée, signée par plus de 1400 personnes. Ses soutiens espèrent que son titre d'étudiant lui permettra de rester.

«On a très très peu d'espoir alors qu'on sait qu'il peut être victime d'une répression politique s'il retourne en Guinée, dit Estelle. Avant d'être arrêté, il s'était rendu à plusieurs reprises à la préfecture de Créteil pour déposer une demande d'asile, mais il faut au préalable s'y rendre pour prendre rendez-vous, et celui-ci a été fixé au 10 octobre», ajoute cette doctorante de Paris 7.

«Le scénario le plus probable, c'est qu'il obtienne un titre étudiant, mais tous les recours juridiques ont été rejetés alors qu'il y'avait 50 soutiens comme la Ligue des droits de l'homme, l'UNEF, le Réseau éducation sans frontières, et beaucoup d'étudiants de Paris 1, de l'Inalco ou encore des doctorants de l'institut des mondes africains», dit Estelle.

Le dossier d'Abdoulaye sur le bureau du préfet

Malgré tout, les soutiens d'Abdoulaye B. n'ont pas baissé les bras et ont mis la pression sur le président de Paris 1 pour obtenir un franc soutien de sa part. «Au début, on n'avait pas le soutien de Georges Haddad, explique Estelle. Mais quand il a reçu un dossier avec les notes d'Abdoulaye en Guinée, des témoignages sur son parcours militant et les risques encourus là-bas, il a apporté son soutien.»

Dans un mail envoyé mercredi 21 septembre que BuzzFeed News a pu consulter, Georges Haddad assure: «Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour aider ce jeune homme.»

Joint par téléphone, Georges Haddad assure que le dossier d'Abdoulaye se trouve bel et bien sur le bureau du préfet de police. «Je l'ai rencontré jeudi soir lors d'une cérémonie récompensant un enseignant de la Sorbonne qui fut l'un des héros de l'attaque du Thalys, explique-t-il. Je lui ai demandé en tant que président de l'université de bien vouloir tout faire pour que l'étudiant poursuive ses études à Paris. Ce à quoi il m'a répondu que grâce à mon intervention, le dossier d'Abdoulaye était sur son bureau.» L'université a d'ailleurs rendu compte de cette rencontre sur Twitter.

Le Pdt de @SorbonneParis1, Georges Haddad, a rencontré hier le préfet de police et a réaffirmé le droit d'Abdoulaye à poursuivre ses études

La préfecture a dit à BuzzFeed News que le «dossier est en cours» mais qu'elle ne communiquait pas davantage sur les dossiers en cours.

De son côté, le collectif de soutien poursuit son combat. Un rassemblement est prévu le samedi 24 septembre devant le CRA de Joinville. Malgré la peur dans laquelle il vit actuellement, Abdoulaye B. s'est dit «très ému» d'une telle mobilisation. «Je ne me sens pas très bien dans la mesure où je suis dans une situation délicate, mais la mobilisation des étudiants est un sentiment de joie et de réconfort pour moi, je les remercie infiniment du soutien qu'ils m'apportent», a-t-il dit à BuzzFeed News.

En attendant, il continue de se rendre chaque jour à la réception du CRA pour savoir si la date de son expulsion a été affichée. «J'y vais tous les jours pour vérifier si mon nom n'y figure pas, mais quand je vois les soutiens, je garde l'espoir de rester.»

Assma Maad est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Assma Maad at assma.maad@buzzfeed.com.

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