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Pour lutter contre le complotisme, des sénateurs accusent le grand méchant internet

Ils dénoncent «l'accès illimité et incontrôlé à internet» et demandent l'interdiction des tablettes à l'école primaire et le brouillage des portables au collège et au lycée.

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Faire revenir la République à l'École. C'est le titre d'un rapport parlementaire remis à la commission des affaires culturelles du Sénat ce mercredi.

Il porte sur «le fonctionnement du service public

de l'éducation, sur la perte de repères républicains que révèle la vie dans les

établissements scolaires et sur les difficultés rencontrées par les enseignants

dans l'exercice de leur profession».

Ce rapport formule 20 propositions comme le retour de l'uniforme à l'école, le «recentrage du programme de l'histoire de France autour du récit national» ou la «modulation des allocations familiales pour lutter contre l'absentéisme». La plupart de ces propositions rejoignent les positions du parti Les Républicains (ex-UMP), dont le rapporteur de ces travaux, le sénateur Jacques Grosperrin, est issu.

Plus surprenant, les sénateurs veulent interdire les tablettes à l'école primaire (y compris en classe) et souhaitent la «mise à l'étude» d'un «dispositif de brouillage des téléphones portables dans les écoles et les collèges».

Des mesures qui s'inscrivent dans une critique plus globale d'internet et des nouvelles technologies. Tout au long du rapport, les sénateurs dépeignent une école républicaine mise à mal par ces nouveaux outils.

Voici plusieurs extraits du rapport qui donnent un aperçu de la vision du web qu'ont les auteurs et les personnes interrogées:

Tout au long du rapport, internet est présenté comme une menace pour l'éducation des Français.

Le web est ainsi présenté par les auteurs du rapport comme le principal coupable de la percée des théories du complot au lendemain des attentats de Paris, en janvier dernier. Un constat discutable: internet peut contribuer à répandre ces théories, mais les récits conspirationnistes et les légendes urbaines existent depuis des siècles.

Les parlementaires déplorent «l'absence d'esprit critique» des élèves face aux théories complotistes, mais dénoncent en même temps toute tentative d'en faire preuve.

Par exemple quand ils dénoncent le fait que des élèves puissent aller chercher des informations sur internet pour les confronter à ce qu'ils apprennent en classe.

Ou lorsqu'ils écrivent que «l'éducation aux médias peut se révéler à double tranchant», citant l'inspecteur général Jean-Pierre Obin: «Devons-nous chercher à mieux éduquer les élèves aux médias pour réduire leur croyance aux théories de la conspiration? Demander à des journalistes de leur montrer comment une information peut être manipulée risque de les renforcer dans leur méfiance généralisée...»

Plutôt que des initiations à la critique des médias, ils préconisent l'instauration d'un «rappel en début de semaine par le chef d'établissement ou l'enseignant des valeurs citoyennes autour de sujets d'actualité.»

De manière surprenante, les sénateurs écrivent qu'ils s'appuient sur la méthode du «Quoi de neuf?» de la méthode Freinet.

Sauf que le principe du «Quoi de neuf?» est que l'élève peut «partager une actualité, ce qu'il a fait ou lui tient à coeur» et en discuter avec la classe, explique Le Monde. Or les sénateurs proposent une sorte de sermon basé exclusivement sur des faits d'actualité.

Les sénateurs qui ont travaillé à l'élaboration de ce rapport sont eux-mêmes divisés sur le résultat. L'écologiste Marie-Christine Blandin fustige, dans sa contribution (page 237), la méthode:

«Inspirée par une démarche d'investigation sur la dissimulation supposée d'incidents lors de la minute de silence d'hommage aux victimes des attentats de janvier 2015, et sur la capacité de l'École à transmettre les valeurs de la République, la Commission d'enquête a davantage mené ses travaux dans l'écoute de commentateurs de la situation que dans une recherche de méthodes qui réussissent.»

Adrien Sénécat est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Adrien Sénécat at adrien.senecat@buzzfeed.com.

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