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Le débat sur la réforme du collège, pire que la cour de récré

Alors que le projet du gouvernement divise, le ton monte entre les enseignants. Ambiance.

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On pointe souvent des élèves du doigt pour leurs comportements vis-à-vis de leurs petits camarades. Mais ces derniers jours, ce n'est pas vraiment mieux du côté des enseignants.

La réforme du collège portée par Najat Vallaud-Belkacem divise. Des syndicats, responsables politiques ou observateurs de droite et de gauche ont récemment fait part de leur hostilité à la mesure. Et il n'y a rien d'étonnant en soi à ce que plusieurs mesures comme la création «d'enseignements pratiques interdisciplinaires» ou le fait de donner d'avantage d'autonomie aux établissements fassent débat.

Sauf que le débat vire aux attaques personnelles, racontent plusieurs enseignants.

«Quand je regarde autour de moi, dans ma salle des profs, dans la presse ou sur les réseaux auxquels j'appartiens, la discussion n'existe pas, témoigne ainsi sur son blog Mila Saint Anne, prof d'histoire-géographie. Ou peu. Par contre, les excès de langage, les invectives, les affirmations définitives, les mensonges sont devenus monnaie courante», soupire-t-elle.

Fou ce que cette reforme du #college2016 provoque d'invectives et de réactions violentes. Pas vu ça depuis la bataille de la lecture.

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Philippe Watrelot, professeur de SES à Savigny-sur-Orge et président des Cahiers Pédagogiques, partage ce constat. «Ce n'est pas complètement neuf, on retrouve souvent des oppositions passionnées dans les débats sur l'école», explique-t-il à BuzzFeed France. Sauf que le climat est encore plus délétère aujourd'hui, selon lui: «Il y a un cran supplémentaire. L'immédiateté des réseaux sociaux joue, en particulier sur Twitter. Surtout, on n'est plus dans l'attaque sur les idées, mais sur les personnes. Ca passe par des usurpations d'identité, des propos violents. Imaginez ce qu'on dirait si un élève faisait ça...», sourit-il.

Plusieurs personnes, des partisans comme des opposants de la réforme ont ainsi vu de faux comptes Twitter à leur nom écrire tout et n'importe quoi la semaine dernière. Ces derniers ont été supprimés par la suite.

Un internaute nous signale, à raison, que des opposants à la réforme ont également été victimes d'usurpations d'identité sur Twitter, alors que nous n'avions connaissance que de tels cas pour des partisans de la mesure. Nous avons donc ajouté cette précision.

Ce qui se passe en moment sur twitter autour du #college2016 est indigne : pensée binaire, insultes, intimidations, postures...

A qui la faute si le ton monte? Comme dans tout bon débat de cour d'école, les deux camps se renvoient la balle.

Tous les pro#college2016 tombent dans la caricature des opposants. Le ton change. Peur d'une réaction contre#college2016 + forte que prévu ?

J'en ai assez de ce flot de haine déversé sur #collège2016 : différentes opinions, qu'elles s'expriment avec respect #debatdemocratique

Pour certains, en revanche, voire le ton monter est une bonne chose.

«J'espère bien que le débat tourne à l'aigre!, balance l'enseignant polémiste Jean-Paul Brighelli. Si je n'avais pas réagi violemment dans Le Point (il compare dans une chronique la réforme à une «machine à décérébrer», ndlr), je ne suis pas sûr qu'il y aurait eu autant de réactions. François Bayrou aussi a dit que cette réforme était "dégueulasse" et pour moi c'est le bon mot».

Jean-Paul Brighelli en rajoute une couche: «95% des enseignants sont contre la réforme, assure-t-il. Les autres sont des fous furieux. C'est le retour des pédagos. Pour moi le débat est simple: il y a d'un côté ces gens qui veulent détruire la République et de l'autre ceux qui, comme moi, veulent la sauver. La ministre Najat Vallaud-Belkacem, elle, ne connaît rien à son sujet.» Fermez le ban.

Pourquoi tant de passion dès qu'on touche à l'école?

«Il y a plusieurs explications, estime Philippe Watrelot des Cahiers Pédagogiques. D'abord le fait qu'on met beaucoup de sa personne dans le métier d'enseignant. En créant des enseignements interdisciplinaires, la réforme du collège touche à l'identité même des enseignants. Il y a aussi un énorme sentiment de déclassement qui prévaut chez le personnel enseignant, plutôt à tort à mon sens d'ailleurs. Toute réforme est interprétée comme une menace.»

Slate.fr donne une autre grille de lecture. Alors que la réforme affiche comme objectif de concentrer les moyens sur les élèves les plus défavorisés, «les élites voient et verront toujours ce qu'elles ont à perdre dans une réforme. Et elles auront davantage accès aux médias» pour se faire entendre. Ce qui explique aussi pourquoi le débat s'hystérise autant.

Adrien Sénécat est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Adrien Sénécat at adrien.senecat@buzzfeed.com.

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