back to top

Voici les vies que l'abrogation de DACA par Donald Trump pourrait briser

De nombreux jeunes migrants clandestins risquent d'être expulsés après la décision de de Trump de mettre fin au programme de protection DACA qui concerne près de 800.000 personnes. «J'ai l'impression que toute ma vie est en danger», explique Gabriel Sanchez.

initialement publié sur
Mis à jour le

Mardi 5 septembre, Trump a décidé de mettre fin à DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals), un programme de protection des immigrés clandestins arrivés aux États-Unis lorsqu'ils étaient encore mineurs.

Ce programme, mis en place par Obama en 2012, permet à environ 800.000 personnes, surnommées «Dreamers» (les rêveurs), ayant grandi aux États-Unis d'obtenir des permis pour étudier et travailler sans être menacés d'expulsion. L'administration américaine a accordé un délai de six mois pendant lesquels les «Dreamers» ne seront pas inquiétés, avant que le Congrès ne légifère et décide de leurs sorts. La majorité des personnes affectées par cette décision sont originaires d'Amérique Latine.

Congress, get ready to do your job - DACA!

«Congrès, tenez vous prêt à faire votre travail — DACA!»

Dans un post publié sur Facebook, Obama juge cette décision «cruelle».

«Ce débat touche de jeunes gens qui ont grandi aux États-Unis — des enfants qui étudient dans nos écoles, de jeunes adultes au début de leurs carrières, des gens patriotiques qui ont prêté serment à notre pays. Ces «Dreamers» sont américains dans leur cœur, dans leur tête, de n'importe quelle manière sauf une: sur leurs papiers. Il ne connaissent probablement pas d'autre pays que celui-ci. Il ne connaissent peut-être pas d'autre langue que l'anglais. Souvent, ils ne savent même pas qu'ils n'ont pas de papiers jusqu'à ce qu'ils postulent à un job, à l'université, ou qu'ils passent leur permis. [...] Soyons clairs: cette action n'est pas légalement nécessaire. C'est une décision politique et une question morale.»

Voici plusieurs portraits de personnes touchées par cette abrogation. Elles racontent l'impact que cela pourra avoir sur leur vie.

Publicité

Gabriel Sanchez est l'un de ces «rêveurs». Le jeune homme âgé de 21 ans a grandi dans l'état de l'Oklahoma, après être arrivé du Mexique à l'âge de trois ans avec ses parents.

Gabriel Sanchez

Élève brillant, il devrait terminer ses études de sciences biomédicales à la fin de l'année scolaire avec les félicitations de ses professeurs. Et souhaitait continuer ses études dans les universités les plus prestigieuses des États-Unis —Harvard, Brown ou Boston College.

«J'ai l'impression que toute ma vie est en danger», explique Gabriel Sanchez à BuzzFeed News mardi 5 septembre après l'annonce de l'administration. «Je m'apprête à terminer ma licence, j'essaye de planifier ce que je veux faire après et je ne sais même pas si je serais dans ce pays dans un an.»

Comme tant d'autres «Dreamers», Garbiel Snachez pourrait bien être expulsé vers un pays qu'il ne connaît à peine, où il est né mais dont il ne sait rien.

«Je ne sais rien sur le Mexique,» continue-t-il. «Les gens me disent "Je savais pas que tu parlais espagnol", ou alors "Tu ne te comportes pas comme un mexicain", et c'est bien parce que je n'en suis pas un. J'ai grandi ici.»

Gabriel Sanchez souhaite devenir professeur de science dans les quartiers défavorisés, mais continuer ses études ou postuler à des offres d'emploi risque d'être particulièrement difficile s'il ne peut pas régulariser sa situation.

Jesus Contreras, un secouriste de 23 ans, est dans une situation similaire. Il vient de passer six jours à porter secours à des victimes des inondations après le passage de l'ouragan Harvey au Texas.

NBC

«J'étais très ému parce que vous voyez les gens dans les moments les plus difficiles de leurs vies», raconte Jesus Contreras à BuzzFeed News. «Ça a vraiment bouleversé tout le monde dans notre ville.»

C'est en rentrant enfin chez lui après six jours passés sur le terrain que Jesus Contreras a vu la nouvelle.

«Entendre que mon avenir aux États-Unis est menacé et que je risque d'en être privé est démoralisant, c'est vraiment décevant», raconte-t-il. «C'est comme un coup de pied en plein visage alors que je suis déjà au sol.»

Artemio Muiz, le directeur d'une organisation politique locale, la Texas Federation of Hispanic Republicans, explique que les Dreamers de la région ont eu à supporter deux grands coups durs en l'espace de quelques jours.

«C'est vraiment pas le bon moment», commente Artemio Muiz à BuzzFeed News. «Beaucoup d'entre ont vu leurs domiciles détruits et tentent de se remettre de l'ouragan.»

Si DACA avait été abrogé pendant les six jours durant lesquels travaillait Jesus Contreras, celui-ci aurait été immédiatement suspendu de l'équipe dans laquelle il travaillait.

«Penser que ça aurait pu arriver à un moment où les gens ont besoin de nous, c'est vraiment terrible», ajoute le jeune secouriste.

Pendant l'ouragan Harvey, deux autres «Dreamers», Alonso Guillén, 31 ans, et Tomas Carreon, 25 ans, se sont noyés en portant secours à des habitants pris dans les inondations. Leur bateau a chaviré à cause des pluies torrentielles qui se sont abattues sur le sud du Texas.

Alonso Guillén, à gauche, et Tomas Carreon / Facebook

Les proches réunis lundi 4 septembre en leur souvenir racontent que les deux jeunes hommes étaient des personnes importantes et dynamiques dans la communauté latino de la ville de Lufkin au Texas — leur décision de partir secourir les gens du quartier en était la preuve. Alonso Guillén était arrivé aux États-Unis à 15 ans avec ses parents, Tomas Carreon à l'âge de huit ans.

Publicité

Depuis l'annonce, beaucoup de bénéficiaires de DACA s'inquiètent de savoir si les informations personnelles données au gouvernement sous l'administration Obama pour obtenir leurs permis de travail ou d'étude seront utilisées contre eux par les services d'immigrations américains, Immigration and Custom Enforcement (ICE).

À l'heure actuelle, le département de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security) a précisé que les informations données par les bénéficiaires de DACA ne seraient pas automatiquement données aux services d'immigration, sauf si la personne en question posait un risque pour la sécurité intérieure du pays. Mais il a été annoncé que cette politique pourrait être modifiée, annulée ou remplacée à tout moment.

Sylvia, 24 ans, est arrivée aux États-Unis depuis le Mexique en 2002 avec sa famille. Elle habite aujourd'hui à Riverside en Californie.

Grâce à DACA, elle a pu aller à l'université et trouver du travail. Elle a également pu acheter la première voiture de sa famille. Pour cela, elle a dû fournir au gouvernement américain des pièces prouvant qu'elle habitait effectivement aux États-Unis depuis 2007: relevés bancaires, dossiers scolaires et toutes les adresses où elle a habité.

Sylvia est membre d'une association militante pour les droits des jeunes migrants clandestins, Inland Empire-Immigrant Youth Collective. Et se demande si les bénéficiaires de DACA peuvent se faire arrêter lorsqu'ils manifestent pour les droits des immigrants. Pourraient-ils être considérés comme des «menaces pour la sécurité publique» par les services d'immigration? Cela pourrait-il être suffisant pour les expulser?

«Je suis inquiète parce que j'ai lu beaucoup d'articles de presse disant que d'autres personnes sans papiers qui militaient étaient arrêtées,» explique Sylvia: «Quelles sont les répercussions aujourd'hui si ont décide de manifester? Est-ce qu'on peut se faire arrêter parce qu'on manifeste?»

Lorsque le ministre de la Justice américain, Jess Sessions, a annoncé l'abrogation de DACA lors d'une conférence de presse, il avait fait le lien entre immigration clandestine et terrorisme, un rapprochement qui lui avait reproché. (Une étude l'université de Californie à Irvine a notamment montré qu'il n'y avait pas de corrélation entre l'immigration clandestine et le taux de criminalité.)

Vous pouvez voir des photos des manifestations contre l'abrogation de DACA ici.

Adélie Pojzman-Pontay est éditrice des traductions et adaptations chez BuzzFeed France et travaille depuis Paris.

Contact Adélie Pojzman-Pontay at adelie.pojzman-pontay@buzzfeed.com.

Got a confidential tip? Submit it here.