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Ce qu'on sait vraiment sur les effets de l'allaitement au sein

L'Organisation mondiale de la santé a publié une importante série d'études sur les effets de l'allaitement au sein. Voici un examen de ses conclusions.

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En début d'année 2016, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) vante les bienfaits de l'allaitement au sein en se basant sur de nouvelles études.

Les études sont publiées dans le journal médical The Lancet. Elles affirment que pratiquer l'allaitement au sein à un «niveau quasi universel» pourrait sauver 800.000 vies par an, que l'allaitement prévient différentes maladies et augmente l'intelligence des enfants.

Nous avons examiné les preuves de certaines affirmations sur l'allaitement au sein, et voici ce qu'on peut en tirer:

1. Il n'est pas prouvé que l'allaitement au sein rende votre enfant plus intelligent.

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Une étude largement relayée datant d'avril 2015 suggérait que les bébés allaités au sein étaient plus intelligents, et que plus longtemps ils avaient été allaités, plus ils avaient tendance à être intelligents.

Mais le Dr. Stuart Ritchie, du Centre de vieillissement cognitif de l'université d'Édimbourg, souligne que les parents plus intelligents ont tendance à allaiter au sein, et qu'ils ont aussi tendance à avoir des enfants plus intelligents. Quand la recherche s'intéresse à l'intelligence parentale, dit-il, «les meilleures études ne trouvent aucune relation.» Il fait référence à un examen important de la littérature publié dans le BMJ en 2013. Il portait sur 80 études et a constaté que «l'effet positif initial de l'allaitement au sein sur le QI disparaissait ou diminuait» dans les études qui portaient sur le QI des parents.

Le lien entre l'allaitement au sein et l'intelligence est souvent remis sur le tapis, dit Stuart Ritchie. «C'est une étrange amnésie des médias – il y a de nombreuses études, mais les gens oublient.»

Nous avons interrogé Stuart Ritchie sur les nouvelles données de The Lancet et de l'OMS. Il déclare que le problème est le même que précédemment.

Ces données sont basées sur une méta-analyse publiée dans la revue Acta Paediatrica qui trouve une augmentation de 3,44 points du QI liée à l'allaitement au sein. Toutefois, quand cette méta-analyse prend en compte des études mesurant le QI maternel, cette augmentation diminue – jusqu'à 2,62 points. Et, plus intéressant, les études plus faibles et petites qu'elle a considérées étaient plus enclines à trouver une augmentation que les études plus importantes et meilleures. C'est souvent le signe que le résultat est un hasard, plutôt que fondé. Stuart Ritchie note que les auteurs de la méta-analyse n'ont pas fait les tests statistiques standards pour le vérifier.

«Je ne suis pas d'accord avec les auteurs de la méta-analyse,» dit-il. «Si vous additionnez le fait que a) les études s'intéressant au QI maternel voient des effets moins importants et b) que les études de grande envergure voient également moins d'effets, l'influence de l'allaitement au sein sur le QI n'est pas très convaincante»

2. L'allaitement au sein protège votre bébé contre les infections quand il est jeune.

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Linda Geddes, l'auteur du livre de puériculture Bumpology, a dit à BuzzFeed : «Il y a eu beaucoup d'études sur l'allaitement au sein et il apporte de réels bienfaits à court terme. Il donne aux bébés des anticorps qui les protègent des infections respiratoires, de la diarrhée, etc. Tout ceci est assez bien établi.»

C'est particulièrement important dans le tiers-monde, où les infections sont souvent mortelles: les données de The Lancet et de l'OMS montrent que les enfants des pays à revenus inférieurs ou moyens ont beaucoup plus de chances de mourir dans les deux premières années de leur vie, s'ils ne sont pas allaités au sein, probablement à cause du risque d'infection du biberon. L'OMS affirme que si l'allaitement au sein était «quasi universel» dans 75 pays à revenus faibles et intermédiaires, il sauverait la vie de 823.000 enfants par an.

Toutefois, les résultats sont beaucoup moins évidents pour les pays occidentaux développés.

L'étude de The Lancet et de l'OMS affirme que l'allaitement au sein «pourrait également éviter des décès dans les pays riches», en s'appuyant sur un rapport publié par l'US Agency for Health Care Policy and Research. Cependant, le rapport lui-même avertit qu'«il ne faut pas tirer de causalité de ces résultats».

Dans Bumpology, Linda Geddes souligne qu'il existe des preuves tangibles que l'allaitement au sein protège contre le syndrome de mort subite du nourrisson (SMSN). Mais, dit-elle, l'effet protecteur est minime: «5.500 enfants devraient être allaités au sein pour prévenir un seul décès.»

3. L'allaitement au sein rend probablement votre enfant un peu moins susceptible d'être obèse.

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À ce sujet, il existe des preuves contradictoires et il est très compliqué de démêler le vrai du faux. Mais, en 2013, une importante méta-analyse de l'OMS a examiné 71 études, afin de déterminer si l'allaitement au sein protégeait les enfants d'une future obésité. Après avoir contrôlé tous les facteurs, elle a découvert un effet protecteur «relativement modeste», soit «une petite réduction, de l'ordre de 10%, de la prévalence du surpoids ou de l'obésité chez les enfants exposés à de longues périodes d'allaitement.» Les nouvelles données de The Lancet et de l'OMS confirment un effet similaire – 13%, en ajustant ses pourcentages pour prendre en compte que les plus aisés sont à la fois moins susceptibles d'être obèses et plus susceptibles d'allaiter.

L'allaitement au sein pourrait également avoir un petit effet protecteur contre la hypertension et le cholestérol, selon une autre analyse de l'OMS.

4. Il n'est pas établi que l'allaitement au sein protège du diabète.

«Là où ça devient plus compliqué, c'est de savoir s'il protège des allergies, du diabète et des choses du même type», explique Linda Geddes. «Certaines études disent qu'il le fait, d'autres disent qu'il ne le fait probablement pas, et les plus importantes et meilleures études tendent à conclure que non.»

Des gens disent que les enfants allaités souffrent moins de diabète. C'est vrai, mais comme pour l'intelligence, il est difficile de déterminer si l'allaitement au sein en est la cause. Deux méta-analyses, l'une de 2007, l'autre de 2014, ont constaté qu'il n'existait pas suffisamment de preuves pour tirer de conclusions définitives: «Le rôle de la masse corporelle en tant que médiateur ou facteur de confusion demeure incertain», dit l'une, «à ce stade, il n'est pas possible de tirer des conclusions définitives. D'autres études sont nécessaires à ce sujet», dit l'autre.

Les nouvelles données de l'OMS et de The Lancet, encore une fois, ne sont pas claires. Bien qu'elles fassent référence à 11 études qui concluent à un effet, il est dit que seulement trois d'entre elles sont de grande qualité et que les preuves de ces trois-là n'étaient pas assez fortes pour conclure de manière fiable à un effet.

5. L'allaitement au sein protège un peu les mères du cancer du sein.

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Une méta-analyse de 2000 affirme que l'allaitement au sein réduit le risque de cancer du sein. Cependant, le facteur de protection est «de faible amplitude par rapport à d'autres facteurs de risque connus.» Une étude de 2003 allait dans le même sens: une petite réduction du risque relatif (environ 4%). Dans Bumpology, Linda Geddes cite des études suggérant un effet plus important: «Allaiter au sein pendant plus de 12 mois est associé à une diminution de 28% du risque de cancer du sein et de l'ovaire.»

L'OMS cite une méta-analyse affirmant qu'allaiter au sein pendant six mois entraînerait une baisse de 7% du risque de cancer du sein, par rapport aux femmes qui n'ont jamais allaité; un allaitement au sein d'une année entraînerait une baisse de 9%. L'étude soutient que, si l'allaitement au sein était «quasi universel», près de 20.000 décès dus au cancer du sein pourraient être évités dans le monde.

Toutefois, il convient de garder à l'esprit que 135 millions de femmes accouchent dans le monde chaque année et que moins de la moitié d'entre elles allaitent au sein de façon exclusive pendant six mois. Le chiffre de 20.000 doit donc être considéré dans ce contexte.

6. Les gens ont tendance à surévaluer les bienfaits de l'allaitement au sein.

Des campagnes spectaculaires ont eu lieu sur l'effet protecteur de l'allaitement. L'US National Breastfeeding Awareness Campaign (NBAC) avait l'habitude de dire que les bébés allaités au sein présentaient un risque réduit d'infections des oreilles, de maladies respiratoires, de diarrhée, d'obésité, de diabète et de leucémie. L'US Ad Council affirmait de son côté que les enfants qui n'avaient pas été allaités au sein pendant six mois présentaient un risque plus élevé d'«asthme, d'allergies, de diabète, de cancer et souffraient plus du rhume, de la grippe et d'autres maladies respiratoires».

Le problème est que, comme nous l'avons vu ci-dessus, il est vraiment difficile de connaître les effets réels de l'allaitement. Les gens qui allaitent ont tendance à être en meilleure santé, plus riches, plus instruits, etc., que les gens qui ne le font pas.

Il est également difficile pour les femmes actives d'allaiter au sein, surtout si elles travaillent de nuit. Certaines femmes trouvent cela douloureux ou impossible. Comme le souligne cette analyse dans le Journal of Health Politics, Policy and Law, exagérer les bienfaits de l'allaitement risque de provoquer une anxiété inutile chez les femmes non allaitantes.

7. Le plus important est que la mère soit en bonne santé et heureuse.

Il y a de vrais avantages à allaiter au sein, mais certains d'entre eux sont exagérés et incertains. En revanche, le risque de mettre inutilement les mères sous pression est réel, voire de provoquer une dépression postnatale. «Il y a de bonnes chances pour que la dépression maternelle soit mauvaise pour l'enfant», dit Linda Geddes. «Les mères déprimées ont plus de mal à nouer un attachement sécurisant avec leurs bébés, et les bébés auront plus de difficultés, plus tard, à nouer des relations dans la vie. Je ne pense pas que la culpabilité soit bonne pour les mamans».

«De nombreux facteurs permettent de donner une chance supplémentaire à votre enfant. Si vous ne voulez pas allaiter au sein, vous n'êtes pas pour autant une mauvaise mère.»

Tom Chivers is a science writer for BuzzFeed and is based in London.

Contact Tom Chivers at tom.chivers@buzzfeed.com.

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