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Nouvel étiquetage nutritionnel: comment ne pas tomber dans le piège des industriels

Un nouveau logo voulu par les médecins comme les consommateurs va être affiché sur certains emballages. Mais des industriels cherchent à court-circuiter le plan publique. Ne tombez pas dans leurs pièges.

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En France, un adulte sur trois est en surpoids. Pour mieux informer les consommateurs et les aider à éviter les produits trop gras ou trop sucrés, un nouveau logo indiquant la qualité nutritionnelle des produits va apparaître en avril. La ministre de la Santé l'a annoncé ce mercredi 15 mars.

Marisol Touraine devait choisir un modèle d'étiquetage parmi cinq proposés. L'un était soutenu par l'industrie agroalimentaire, un autre par des acteurs de la grande distribution, et un autre conçu par le docteur Serge Hercberg et son équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle.

Ce système se base sur une formule scientifique qui permet de donner un score aux aliments. S'il apporte beaucoup de calories, de sucres, de sels ou d'acides gras
saturés, le produit perd des points. Sa note sera plus proche de E et de la couleur orange foncée. S'il est source de protéines et de fibres, il gagne des points, sa note
sera plus proche de A et de la couleur verte.

Il permet de déjouer les pièges du marketing. L'association 60 millions de consommateur a démontré que les desserts les mieux notés et donc les plus sains ne sont pas ceux que l'on croit. De même pour certains mueslis très «healthy» en apparence mais moins bien notés que des céréales fourrés au chocolat. Pour tester et comparer vos produits préférés, Le Monde et l'UFC-Que choisir ont conçu des outils en ligne basés sur le système Nutri-Score.

Nombre de médecins et associations de consommateurs confirment que ce système est le meilleur pour aider les consommateurs à se repérer. C'est aussi la conclusion d'une étude grandeur nature en magasin, qui précise que c'est notamment pour les plus démunis que Nutri-Score est le plus utile.

Personne ne vous force à acheter systématiquement les produits les plus sains. Mais maintenant vous être sûrs de pouvoir les reconnaître, et c'est nouveau.

Problème: ce système ne sera pas obligatoire, le droit européen l'interdit. Dans les mois qui viennent, les producteurs vont donc pouvoir choisir d'afficher le logo choisi par le gouvernement, de ne rien afficher... ou même d'afficher le logo de leur choix.

Un lobbying intense des industriels

Nombre d'industriels et distributeurs ne veulent pas jouer le jeux.

En septembre 2016, Cash investigation consacrait également une enquête au combat des industriels contre cet étiquetage.

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Si le gouvernement a gagné une bataille en lançant cet étiquetage, il n'a pas gagné la guerre. Les industriels qui craignent que ce logo nuise à leurs vente auront le droit de ne pas l'ajouter sur leurs emballages. Parmi les grands groupes de l'agroalimentaire, seul Fleury Michon a déclaré qu’il intégrerait ce nouvel étiquetage sur l’ensemble de ses produits.

Pour être sûrs de ne pas vous faire avoir, certains spécialistes, comme la journaliste Isabelle Saporta, et certains consommateurs conseillent tout simplement de ne plus acheter les produits qui n'afficheront pas le logo Nutri-Score.

Si l'industriel ne met pas de Nutriscore sur son produit, ça laissera penser que c'est un E donc il se stigmatise tout seul. On n'achète pas


Étiquetage nutritionnel : "ceux qui l'afficheront sont les vertueux, ceux qui ne l'affichent pas sont les pourris"… https://t.co/JhEY2chfjf

Ce n'est pas tout. Quelques jours avant l'annonce de Marisol Touraine, six grands groupes ont court-circuité le plan ministériel. Coca-Cola, Mars, Mondelez, Nestlé, PepsiCo et Unilever ont annoncé vouloir mettre en place leur propre système d'étiquetage des aliments. Au yeux de l'association de consommateur UFC-Que choisir, leur objectif est de «couper l'herbe sous le pied à la proposition française». Notons que ces six groupes produisent beaucoup d'aliments très sucrés, très gras ou très salés voire les trois à la fois.

Le logo défendu par les industriels permet au producteur de choisir la taille de la portion retenue pour faire leur calcul nutritionnel. Petit exemple: si vous vendez des barres chocolatées par trois, libre à vous d'indiquer sur le paquet l'impact nutritionnel d'une seule de ses barres et non pas des trois. Votre produit semble donc trois fois plus sain aux yeux d'un consommateur qui lit rapidement l'étiquette.


L'UFC-Que choisir, très active sur ce sujet, a montré qu'il est facile grâce à ce stratagème de faire passer une barre chocolatée très sucrée pour un produit intégrant sans problème une alimentation saine et variée. Là encore, à vous de choisir, mais sans vous faire avoir.


Journaliste indépendant

Contact Thibaut Schepman at thibautschepman@gmail.com.

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