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Depuis plus de 30 ans, elle participe à la Gay Pride avec cette pancarte

Presque chaque année, Frances Goldin assiste à la New York City Pride en portant une pancarte qui dit: «J'adore mes filles lesbiennes. Protégez-les.»

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Ça fait un bout de temps que cette photo où l'on voit une femme tenant une pancarte qui dit «J'adore mes filles lesbiennes. Protégez-les» se promène sur internet. Peut-être l'avez-vous déjà vue.

Plusieurs photos de cette femme, généralement vêtue de violet, et de sa pancarte, ont été rebloguées sur Tumblr des milliers de fois et font régulièrement le tour de Twitter.

Twitter: @lesbiansjpg

Beaucoup de gens partageant la photo datent celle de gauche en 1994, mais la plupart ne donnent ni le nom de la femme ni aucune précision en ce qui la concerne.

La voici en 2015, juste deux jours après que la Cour suprême des États-Unis a légalisé le mariage pour les couples de même sexe. C'est toujours cette même pancarte, dont le message est toujours aussi fort.

Mais quelle est l'histoire de celle qui se cache derrière cette pancarte brandie fièrement année après année?

Her sign reads "I adore my lesbian daughters, keep them safe" she hasn't put it down once

Une recherche rapide sur Google fait apparaître un article de 1997 du Washington Post sur la New York City Pride qui mentionne son nom:

«J'adore mes filles lesbiennes, protégez-les», peut-on lire sur une pancarte tenue par Frances Goldin, 73 ans, qui dit que la société n'intervient pas contre les discriminations envers les gays et les lesbiennes. Elle explique que ses deux filles défilent dans les parades de Portland (Oregon) et San Francisco (Californie). Elle dit que des gens l'abordent avec leur numéro de téléphone et lui demandent: «Est-ce que je peux vous adopter en tant que maman?»

Et elle dit qu'elle les appellera. «La différence nous enrichit tous», ajoute-t-elle.

Il se trouve que cette femme, Frances Goldin, participe à la NYC Pride depuis plus de 30 ans avec cette pancarte. Ses filles, Reeni et Sally Goldin (ci-dessous) résident actuellement à New Paltz (État de New York), et à San Francisco (Californie).

Courtesy of Sally Goldin

Sally, 70 ans, et Reeni, 68 ans, ont grandi dans le quartier de Lower East Side à New York avec leurs parents et ont toutes deux fait leur coming out peu de temps après la première Gay Pride de New York, en 1970. L'événement a lieu tous les ans le dernier samedi de juin pour commémorer les émeutes de Stonewall de 1969.

Ni l'une ni l'autre des filles Goldin ne se souvient précisément de la première fois où leur mère a participé à la Gay Pride. Cette dernière, qui a maintenant 92 ans, a insisté auprès de BuzzFeed News sur le fait qu'elle y avait participé «dès le début».

Courtesy of Sally Goldin

«Depuis que le défilé existe, j'y vais et je brandis ma pancarte, raconte Frances Goldin. Ça a en quelque sorte touché une corde sensible chez les gens, en particulier chez ceux qui étaient rejetés par leurs parents. Les réactions envers la pancarte sont toujours fantastiques –ça me pousse à continuer.»

Reeni dit que sa mère «croit en l'égalité, en l'impartialité et en ce qui est juste.»

«Elle joint réellement le geste à la parole. Elle s'acharne. C'est sa vie. Elle est tout simplement comme ça.»

La pancarte elle-même a été peinte par un urbaniste, un ami proche de Frances Goldin, parce que pour elle, il était impossible d'aller à la parade sans voir une pancarte. Le message, «j'adore mes filles lesbiennes», a immédiatement attiré l'attention des autres participants à la parade.

Courtesy of Sally Goldin

La pancarte originale ne comportait pas la phrase «Protégez-les». Elle a été ajoutée en 1993, lorsque Frances Goldin a participé au défilé LGBT historique à Washington. Elle soutenait qu'une pancarte de protestation devait comporter «une demande», et a donc ajouté la deuxième phrase. Au dos de la pancarte est écrit «la fière mère de deux lesbiennes».

Selon les filles de Frances Goldin, des jeunes viennent souvent la voir lors des parades et lui demandent d'écrire une lettre à leurs parents qui ne les soutiennent pas ou de les appeler. Bien souvent, celle-ci s'exécute.

Courtesy of Sally Goldin

«Tout le monde se précipite vers elle et ils pleurent, l'embrassent, et lui disent: "Pourriez-vous appeler ma mère?" ou "Pourriez-vous être ma mère?" explique Sally. Lors des parades, elle a fait connaissance avec des gens avec qui elle est toujours très proche. Elle est un exemple de la façon dont des parents devraient se comporter envers leurs enfants.»

«Elle note les noms et les adresses et elle écrit des lettres aux parents de ces jeunes, raconte Reeni. Elle est très extravertie. Elle adore être sous les projecteurs et ça lui va bien.»

Lorsqu'on l'interroge sur les jeunes des parades LGBT qui la supplient de parler à leur propre mère, Frances Goldin répond: «Je pense que j'ai fait changer d'avis à quelques personnes et j'en suis heureuse. Tous les gens devraient apporter leur soutien à leurs enfants LGBT; ils passent à côté de beaucoup de choses dans la vie s'ils ne le font pas.»

Même lorsque les filles de Frances Goldin ne pouvaient pas participer à la Gay Pride, cette dernière y allait tout de même, pancarte à la main, «adoptant» souvent d'autres lesbiennes.

Frances Goldin Agency

«Mes amies, des jeunes femmes qu'elle connaît; elles y allaient ensemble, explique Reeni. Elles passaient pour ses filles. Les gens demandaient: "Est-ce que ce sont vos filles?" Et elle répondait oui! Ce n'était pas vrai du tout, mais elle les considérait comme ses filles.»

«Toutes celles qui m'accompagnaient, elles devenaient mes filles», explique Frances Goldin.

Non seulement elle assiste à la Gay Pride quasiment tous les ans (il y a au moins une année où elle n'a pas pu y participer, à cause d'une crise cardiaque), mais elle s'assoit exactement au même endroit, entre la 18e et la 5e avenue.

Courtesy of Sally Goldin

Ces derniers temps, elle emporte son fauteuil roulant, pour pouvoir se reposer quand la chaleur et la foule la fatiguent.

«Je m'assois et je me relaxe si je suis fatiguée. On m'embrasse plus souvent que ce que vous pouvez imaginer. Les gens du défilé se précipitent vers moi et m'embrassent –c'est très gratifiant», raconte-t-elle.

Mais la fantastique histoire de Frances Goldin va bien au-delà des défilés de la Gay Pride. Elle est une agente littéraire de New York, a fondé la Frances Goldin Literary Agency en 1977, et est une activiste passionnée pour de nombreuses causes, même à son âge avancé.

Andrew Burton / Getty Images

En tant qu'agente littéraire, elle compte parmi ses clients Barbara Kingsolver, Adrienne Rich, et le prisonnier politique Mumia Abu-Jamal.

À 87 ans, elle a participé à la manifestation Occupy Wall Street en 2011 –arborant sa couleur préférée de la tête aux pieds– en brandissant une pancarte qui disait: «J'ai 87 ans et je suis furax!»

Andrew Burton / Getty Images

«Elle ne fait pas les choses à moitié, dit Reeni à propos de la passion extrême de sa mère. Elle n'a jamais été du genre à faire les choses à moitié. Elle a été arrêtée dix ou onze fois. Elle visait une douzaine complète, mais n'a pas réussi. Elle s'accroche. Elle s'attaque à quelque chose qui est important pour elle et elle sait qu'elle doit agir ainsi.»

Frances Goldin est également au centre du documentaire à venir It Took 50, qui raconte son combat pour protéger une partie du quartier de Lower East Side à New York du développement urbain dans les années 60.

vimeo.com

Et pour ce qui est de la pancarte «J'adore mes filles lesbiennes»? Elle continue de conserver l'originale en bon état et espère bien la porter, encore une fois, l'année prochaine.

Frances Goldin Literary Agency

«Elle est très importante pour moi et je suis très reconnaissante d'être capable de la porter chaque année. J'ai maintenant 92 ans et j'espère pouvoir continuer aussi longtemps que possible.»

Sarah Karlan is the Deputy LGBT Editor for BuzzFeed News and is based in New York.

Contact Sarah Karlan at sarah.karlan@buzzfeed.com.

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