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Algérie: des photos de jambes en soutien à une étudiante discriminée pour une jupe «trop courte»

Dans le groupe Facebook «Ma dignité n'est pas dans la longueur de ma jupe», les Algériens s'insurgent contre la faculté de droit de Saïd Hamdine d'Alger.

Publié le

Le 9 mai 2015, une étudiante en droit s'est vue refuser l'accès à une faculté d'Alger parce qu'elle portait une robe jugée «trop courte» par un agent de sécurité.

La jeune femme était venue passer un examen au concours d'avocats, rapporte le quotidien TSA Algérie. «Je suis très déçue. Je préparais ce concours depuis un an et demi, et j'ai failli le rater parce qu'un agent a décidé que ma tenue ne lui correspondait pas !»

La robe en question:

#RobeTropCourte. Artistes, journalistes et avocats solidaires avec la jeune fille http://t.co/uGNQCT0UNH

Accompagnée de son mari, l'étudiante a été contrainte d'acheter un pantalon pour passer son concours d'avocat. Elle prévoit de déposer plainte.

«Si tu veux rentrer, va mettre un pantalon ou une robe longue », lui lance l'agent de sécurité. Voyant le ton monter, et les minutes passer, la jeune fille décide d'aller acheter un pantalon. «Et si je n'étais pas accompagnée ? Et si je n'avais pas d'argent ?», s'interroge-t-elle. «C'est une honte. Il n'y a aucun règlement qui interdit de porter une robe pour passer un examen et même si c'était le cas il fallait aviser.»

La Faculté de droit d'Alger a fait valoir que l'examen «nécessite une tenue décente» et a nié les accusations de discrimination.

Affaire "robe trop courte". #Hadjar: il n’y a aucune discrimination.C’est une affaire banale http://t.co/FUevzBdnqb

Interrogé par TSA Algérie le 10 mai 2015, Mohamed Tahar Hadjar, recteur de la faculté d'Alger, a indiqué qu'aucune sanction n'a été prise à l'encontre de l'agent de sécurité. Selon Mohamed Tahar Hadjar, l'agent de sécurité a fait son travail. «Son travail consiste à faire respecter le règlement intérieur de la faculté. (...) Le règlement n'oblige personne à porter le hidjab ou tchador. Mais il exige une tenue décente, aussi bien pour les filles que pour les garçons», argumente-t-il. «Il faut comprendre que la faculté est un lieu de culture», ajoute-t-il.

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Mais pour les Algériens, l'affaire est loin d'être anodine. Furieuse de la décision de l'université, Sofia Djama a créé un groupe de soutien sur Facebook.

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Les internautes sont invités à partager des photos de leurs jambes nues en signe de protestation. La page est déjà suivie par plus de 9 000 personnes.

Le groupe Facebook intitulé «Ma dignité n'est pas dans la longueur de ma jupe», a commencé à collecter les photos dans l'album «Jambes en colère».

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La page a également créé un album «Spéciale dédicace à l'agent de sécurité de la Fac de droit»

Les hommes aussi ont posté des photos de leurs gambettes.

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Sofia Djama dit avoir créé cette page en solidarité avec l'étudiante en droit pour qu'elle ne se sente pas seule.

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Elle explique à France24: «le corps de la femme devient un champ de bataille quand la situation d'un pays est désastreuse.»

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«À force de rester silencieuses, on perd nos petits acquis et la condition de la femme dans l'espace public régresse. Aujourd'hui, la violence verbale est quotidienne et normalisée. C’est hyper violent de marcher dans la capitale, à Alger, en jupe ou en pantalon. Même montrer ses bras est devenu problématique, mais les femmes le font. Au pire, c'est une main baladeuse, au mieux, une remarque», déclare Sofia Djama.

Sofia Djama souhaite que sa page Facebook «devienne un outil de veille sur ce que subissent les femmes au quotidien.»

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D'ailleurs, «même des femmes voilées soutiennent cette opération car elles font face aux mêmes problèmes.»

Facebook: permalink.php
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«Ce bout de jambe est le catalyseur d'un mal profond, comme en France, la jupe trop longue exprime un autre malaise. C'est symptomatique des pays qui n'ont pas réglé leurs problèmes politiques et économiques.»

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Mais si les photos sont toujours plus nombreuses, malheureusement les insultes fusent aussi.

Facebook: Ma-dignit

Dans un message posté le 18 mai 2015, Sofia Djama explique : «En raison du nombre industriel d'insultes reçues, les notifications seront désormais modérées avant publication, ce qui pourra prendre du temps, j'en suis désolé. C'est dommage, il était intéressant de voir les réactions suscitées (y compris les insultes) par une page destinée à soutenir une étudiante discriminée à cause d'une jupe à la longueur tout à fait convenable, mais cela devenait trop. Vos messages de soutien, "like" pour contrer les inquisiteurs, sont toujours les bienvenus !»

Rossalyn Warren is a senior reporter for BuzzFeed News and is based in London.

Contact Rossalyn Warren at rossalyn.warren@buzzfeed.com.

Assma Maad est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Assma Maad at assma.maad@buzzfeed.com.

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