back to top

J'ai essayé la gym suédoise et j'ai survécu

J'ai même presque envie d'y retourner.

Publié le

Salut à tous. Ici Pierre, un jeune adulte parfaitement fonctionnel à l’exception d’un tout petit détail: je n’ai pas fait de sport depuis 2013.

Jennifer Padjemi / BuzzFeed France

Bon, c’est pas entièrement vrai. Au cours des trois dernières années, j’ai dû aller à la piscine deux-trois fois, et j’habite dans un quartier si pentu que je milite pour que le simple fait de rentrer chez moi puisse être considéré comme une activité sportive à part entière. Toujours est-il que je n’ai pas foutu les pieds dans une ~salle~ depuis hyper longtemps. Jusqu’à aujourd’hui.

Ça fait des mois que plusieurs de mes amis et une collègue me bassinent avec la gym suédoise, une espèce de fitness nouvelle génération qui aurait changé leurs vies. Ça fait des mois que je me dis qu’il faudrait que je me remette au sport parce que je sens que mon corps est en train de me lâcher.

J’ai donc décidé de tenter le coup, parce que je n’ai peur de rien, mais aussi et surtout parce que tout au long du mois de novembre, les cours étaient gratuits pour les hommes.

En sortant du travail, je prends donc le chemin d’une salle de sport ~officielle~ du réseau Gym Suédoise, située dans le 19e arrondissement de Paris.

Twitter: @jenniferpadjemi

Ma collègue Jennifer, qui m’accompagne ce soir-là, avait choisi une séance abordable pour qui comme moi souffre de courbatures au moindre effort: Standard Soft.

Publicité
gymsuedoise.com

Au programme, une heure de sport «idéale pour se familiariser avec le concept de la Gym Suédoise» et qui «permet d’acquérir une bonne maîtrise des mouvements de base autant dans les séquences de travail cardiovasculaire que de renforcement musculaire». Génial.

La salle est tout en longueur, propre, et l’odeur ne me rappelle en rien les fraîches matinées de novembre passées à jouer au badminton dans le gymnase de mon lycée.

instagram.com

Nous sommes une vingtaine à avoir ce soir-là fait le choix de souffrir ensemble pendant une heure: principalement des femmes, et une poignée d’hommes, dont je fais partie. Tout le monde a l'air d’avoir entre 25 et 40 ans, à l’exception d’un homme qui a l’âge d’être mon grand-père et semble être en bien meilleure forme que moi.

Quand j’arrive en retard dans la salle après un rapide passage aux toilettes, la prof m’identifie au premier coup d’œil comme un novice: «Puisque vous êtes nouveau, vous feriez peut-être mieux de vous mettre au deuxième ou troisième rang, pour pouvoir suivre sur vos voisins.» Je m’exécute, elle a très certainement raison.

Il est 19h05, je suis fin prêt à regretter successivement chaque décision qui m'a amené là ce soir. Une en particulier: j'ai bu la veille. Beaucoup.

La prof se tient au milieu de la salle, et les élèves de chaque côté d’elle. Le principe, qui paraît pourtant simple, me stupéfait alors que la séance n’a même pas encore commencé. Ma coach sportive d’un soir va enchaîner les mouvements tout en tournant sur elle-même au milieu de la salle pour que les élèves qui lui font face de chaque côté puissent librement calquer leurs mouvements sur elle.

Ça commence comme ce que je crois être une séance de fitness classique. On enchaîne des mouvements de talons fesses et de genoux levés, mais je prends rapidement conscience d’une chose: j’ai perdu en l’espace de quelques années (et ce alors que je croyais encore disposer d’un certain sens du rythme) toute notion de coordination.

Quand les mouvements de bras s’ajoutent aux mouvements de jambes que j’ai déjà un peu de mal à appréhender, je finis donc par ressembler plus à un steward qui n’a aucune idée des consignes de sécurité qu’il est en train de délivrer aux voyageurs dont il a la charge, qu’à un sportif de haut niveau.

En un claquement de doigt, on se retrouve au sol pour un peu de renforcement musculaire.

Régulièrement, la prof insiste (plus pour moi que pour les autres, qui ont l’air de savoir ce qu’ils font) sur le fait que chacun est libre de faire comme il veut, tant qu’il reste en activité. Si tu préfères faire la planche sur les genoux, tu peux le faire. Si tu ne te sens pas de faire des vraies pompes, fais-les aussi sur les genoux. L’essentiel est que tu fasses quelque chose. J’essaye de faire le malin pour me prouver que mon corps n’est pas si rouillé que ça, mais je me retrouve vite incapable de faire des ~vraies~ pompes.

Publicité

On se relève pour un peu plus de cardio et je prends soudainement conscience de l’importance de la musique.

Jennifer Padjemi / BuzzFeed France

Tout, absolument TOUT est calé dessus. À chaque seconde, la prof donne depuis le milieu de la salle des instructions à sa collègue située près de l’ampli pour, successivement: augmenter le volume, baisser le volume, intercaler des chansons ~douces~ pour les séances d’abdos et des chansons rythmées pour les petits mouvements de boxe. Au bout d’une quarantaine de minutes, quand mon corps et mon sens du rythme se sont enfin réveillés, je ne fais plus du sport. Je danse presque.

Je profite des courts moments de course autour de la salle pour jeter un coup d’œil à mes partenaires d’un soir.

Tous ont l'air de faire leur vie, d'adapter les exercices à leur forme physique, de ne se préoccuper que de leur progrès personnel. Quand vers la fin de la séance, la prof nous demande de courir vers l'avant, hurler, puis crier vers l'arrière, tous le font sans se poser de questions. Ils sont venus là pour ça.

Le cours se termine avec une séance d'étirements qui ressemble à s'y méprendre à de la thérapie de groupe.

Jennifer Padjemi / BuzzFeed France

Pendant que je tire sur ma cuisse pour éviter d'avoir à me plaindre de courbatures le lendemain matin, la prof nous souhaite à tous de passer de bonnes vacances et du courage à ceux qui enchaînent avec le cours de 20h. Mieux, elle choisit de me féliciter personnellement: «C'est rarement aussi bien pour les novices. Surtout pour les hommes, parce que vous manquez un peu de coordination.» Comme quoi.

Premièrement: il faut vraiment que je me remette au sport.

Enfant, j'ai fait de la gym pendant cinq-six ans. Pas à un niveau extraordinairement haut, mais je me débrouillais. Près de dix ans après avoir arrêté de me tordre dans tous les sens tous les lundis et tous les vendredis de 17h30 à 19h30, je me rends compte que mon corps ne me répond plus autant qu'avant. Je savais faire le grand écart, et j'arrive aujourd'hui à peine à toucher mes mollets quand je me penche vers l'avant. Je pouvais enchaîner les abdos par séries de 10 et maintenant je souffre dès que je rigole un peu trop. Ça suffit.

Deuxièmement: un cours de sport n'a absolument rien à voir avec mes souvenirs d'EPS.

Quand j'avais la flemme de faire un truc en EPS, j'allais me cacher derrière les tapis au fond du gymnase, attendre qu'on passe à un autre exercice. Pas ce soir. Ce soir, chacun fait comme il veut! Tu ne sais pas faire/peux pas faire/n'arrive pas à faire? Tu fais autre chose! C'est aussi simple que ça. La prof n'a pas passé l'heure de cours à me regarder en jogging depuis son bureau. Non non, elle faisait les mouvements avec moi et s'assurait que je les faisais correctement. En faisant de la Gym Suédoise pendant une heure, je n'ai pas eu l'impression de revivre mes entraînements de demi-fond pour l'épreuve de sport du bac, mais plutôt de faire partie de cette caste d'adultes qui prend sa vie en main, et le fait avec plaisir.

Et enfin: l'endorphine, c'est pas des blagues.

Jennifer Padjemi / BuzzFeed France

En toute honnêteté, j'avais en arrivant dans la salle beaucoup de mal à croire que suer pendant une heure allait libérer en moi l'«hormone du bonheur». Eh ben si. En sortant du cours (et ce, alors que j'étais arrivé dans la salle avec une énorme gueule de bois), j'avais envie de déplacer des montagnes. Et ça, sans même avoir eu à soulever de la fonte.

Every. Tasty. Video. EVER. The new Tasty app is here!

Dismiss