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Réfugiés, musulmans, Hollande: quand Valls se contredit lui-même

Faites ce que je dis, pas ce que j'ai fait.

Publié le

Manuel Valls est désormais candidat à l'élection présidentielle. Dans son discours de candidature, l'ex-Premier ministre en a appelé à la fin de la stigmatisation contre les musulmans, au rassemblement de la gauche ou encore au respect du bilan de François Hollande. En parfaite contradiction avec... Manuel Valls lui-même.

En une petite phrase, Manuel Valls a réussi à s'attirer les moqueries un peu désabusées des internautes. Dans son discours, l'ancien Premier ministre a affirmé en avoir «assez de ces discours qui nous divisent, qui stigmatisent nos compatriotes musulmans». Une prise de position étonnante pour Manuel Valls qui n'a cessé, en 2016, de relancer le débat sur la place de l'islam en France.

Ainsi, en avril, il estimait dans un entretien à Libération qu'il «faudrait» une loi interdisant le port du voile à l'université. Quelques mois plus tard, alors que Jean-Pierre Chevènement vient d'être nommé à la tête de la Fondation pour l'islam de France, Manuel Valls intervient dans le débat:

«Il faut que l’islam, comme les autres religions l’ont fait, accepte la discrétion dans la manifestation des convictions religieuses.»

Rebelote quelques semaines plus tard lorsqu'éclate la polémique autour du port du burkini sur les plages françaises. Alors que la gauche critique vivement les maires de droite qui veulent l'interdire, Manuel Valls va à contre-courant, affirmant «soutenir» les édiles à l'origine des arrêtés anti-burkini. Il juge alors que «le burkini est une provocation».

Le discours de Manuel Valls en vue de la primaire de la gauche se veut rassembleur. «Jusqu'à quand allons-nous subir» la division, s'est interrogé l'ancien maire d'Évry. Manuel Valls oublie un peu vite qu'il a lui-même théorisé l'existence de plusieurs gauches en estimant qu'il y a «des positions irréconciliables à gauche» et qu'il faut «l'assumer».

«Moi, je ne peux pas gouverner avec ceux qui considèrent que François Hollande, c'est pire que Nicolas Sarkozy, ou que Manuel Valls, c'est pire que Jean-Marie Le Pen.»

Manuel Valls visait à l'époque le Front de Gauche. Mais l'ancien Premier ministre est aussi l'une des principales cibles des Frondeurs, ces députés PS qui ont refusé de voter la loi Travail, et ont tenté à deux reprises de déposer une motion de censure contre le gouvernement. Des Frondeurs qui demandaient un débat parlementaire sur le projet de loi. Demande à laquelle Manuel Valls avait répondu par l'utilisation de l'article 49.3, fracturant encore un peu plus son camp.

Le candidat Manuel Valls s'est également emporté contre les discours anti-réfugiés qui fleurissent à droite notamment, rejetant «ces discours qui stigmatisent les réfugiés». Pourtant, Manuel Valls Premier ministre n'était pas aussi ouvert sur la question. En février 2016, il affirmait ainsi:

«Nos concitoyens expriment une inquiétude croissante devant le sentiment que l’Europe a perdu le contrôle de la situation et la maîtrise de son destin. Des tensions communautaires sont apparues, en Allemagne mais aussi en Europe.»

Des propos tenus alors qu'outre-Rhin, Angela Merkel ouvrait grand les portes de l'Allemagne à plus d'un million de réfugiés de guerre venus de Syrie, d'Irak ou d'Afghanistan. Dans le même temps, Manuel Valls affirmait que la France n'accueillerait «pas plus» que les 30.000 réfugiés négociés avec l'Union européenne. Et rappelait que selon lui, ils étaient à l'origine de «tensions communautaires».

Au début de son discours, Manuel Valls a livré un vibrant hommage à François Holllande, qui a lui-même renoncé à un second mandat à l'Élysée, lui laissant de fait la voie libre:

«À François Hollande, je veux dire mon émotion, mon affection. Sa décision est celle d’un homme d’État, qui place l’intérêt général au-dessus de tout. Elle nous oblige tous.
Je veux lui dire la chaleur de mes sentiments. Ils se sont forgés à jamais dans le prix
douloureux que notre pays a payé dans son engagement pour la liberté.»

Pas sûr pour autant que l'éloge ait touché le président de la République tant les relations entre les deux hommes se sont dégradées dans les derniers mois, jusqu'à atteindre le point de rupture le 5 décembre dernier. Manuel Valls déclare alors à ses proches qu'il ne «respecte pas» et «ne supporte plus» le chef de l'État. Selon Emmanuel Macron, l'ancien chef du gouvernement n'y serait d'ailleurs pas pour rien dans le renoncement de François Hollande. À demi-mots, le leader d'«En Marche!» accuse une partie du gouvernement d'avoir construit un «piège» pour empêcher une candidature du président à un second mandat.


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Paul Aveline est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Paul Aveline at paul.aveline@buzzfeed.com.

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