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Sur Instagram, ces photographes montrent le Congo sous un autre jour

Ces femmes montrent les Congolais au quotidien.

Publié le

Si vous ne connaissez pas Ley Uwera, vous ratez vraiment quelque chose.

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À 26 ans, elle fait partie des quelques instagrammeurs congolais qui photographient la réalité de la vie quotidienne en République démocratique du Congo, un pays parmi les plus riches du monde en ressources naturelles qui subit les conséquences de guerres sanglantes et de conflits internes déchirants.

Elle et Esther Nsapu, également originaire de l'Est du Congo, sont deux des photographes de la région les plus actifs sur Instagram. Leurs photos sont parfaites, mais les histoires qu'elles racontent vont bien au-delà de ce que l'on voit de l'extérieur.

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Pour la plupart du reste du monde, le Congo –un pays d'Afrique centrale de la taille de l'Europe de l'Ouest, anciennement colonisé par la Belgique– est principalement connu par le prisme de la violence, du viol et de la pauvreté. Plus de trois décennies de conflits locaux et régionaux, d'exploitation économique et de maladies et famines successifs ont tué et déplacé des millions de Congolais. D'innombrables organisations d'aide internationales y dépensent également des millions d'euros par an, commandant souvent des photos pour justifier leur travail et leurs interventions. Et le tourisme dans l'Est, où se trouve le magnifique parc national des Virunga, a régressé à cause des combats.

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Ley Uwera travaillait au départ comme journaliste, adorant la radio depuis son plus jeune âge. Puis, en 2012, un ami lui a donné un appareil photo Sony et elle s'est rapidement mise à expérimenter sur Instagram.

Désormais armée d'un reflex numérique Canon, elle post ses photos sur @everydayafrica et prend souvent des clichés pour les ONG, partageant en route sa vision des endroits difficiles d'accès du Congo.

«Je veux montrer une autre image du Nord-Kivu (une province de l'Est) car beaucoup de gens ont dans l'idée qu'au Nord-Kivu, il n'y a que la guerre et les combats», raconte-t-elle à BuzzFeed News dans sa ville, Goma, la capitale de la province.

Instagram: @leyuwera1

Esther Nsapu est journaliste au Global Press Institute. Elle prend des photos depuis 2013, mais elle cherchait un endroit où partager davantage que ce qu'elle filmait pour ses reportages. C'est alors qu'elle a découvert Instagram l'année dernière.

Instagram: @esther_nsapu

Elle photographie l'Est du Congo, une région méconnue, grâce à son iPhone 4 et parfois à un petit appareil photo numérique.

Ley Uwera et Esther Nsapu doivent naviguer entre des situations politiques difficiles, qui peuvent sembler presque insurmontables par moments, pour faire leur travail.

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Dans l'Est du pays, où elles résident, plusieurs conflits armés ont ravagé la région depuis le génocide de 1994 au Rwanda voisin et la chute du dictateur congolais Mobutu Sese Seko en 1997. La corruption et l'exploitation sont monnaie courante dans les forêts et les mines où les entreprises internationales et locales rivalisent pour extraire des minéraux convoités –dont quasiment aucun profit ne revient finalement au peuple congolais. S'opposer au président actuel Laurent Kabila, qui, après 15 ans, va probablement retarder les élections à venir pour rester au pouvoir, peut conduire à l'emprisonnement ou à la mort.

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Toutes les deux ont du succès car elles savent comment gérer ces défis –et regarder au-delà pour se concentrer sur les personnes et les lieux que les politiques négligent.

Elles disent que la plus grande barrière est d'obtenir les contacts et les accès pour travailler en sécurité. De nombreux lieux publics tels que les ports, les banques, les zones frontalières et les bâtiments gouvernementaux sont interdits aux photographes pour des raisons de sécurité. Dans la capitale, Kinshasa, la police arrête rapidement les gens en train de prendre des photos, même s'ils ont une autorisation. Dans un pays criblé de pauvreté, les passants demandent souvent de l'argent pour se faire prendre en photo.

Ce n'est également pas facile d'être une femme au Congo, où les agressions sexuelles et les viols sont des tactiques de guerre affreusement courantes.

Esther Nsapu dit que certaines sources ont refusé de lui parler car elle est une femme. Mais d'un autre côté, elles ont un accès unique aux espaces de vie quotidienne des femmes.

Ley Uwera explique qu’elle s’efforce de développer tout d’abord des contacts dans l’Est du pays, où elle travaille, et avec le temps, elle a la possibilité de voyager plus librement et de gagner la confiance des gens. Travailler avec les ONG et les médias lui donne également accès à certains lieux.

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Esther a toujours sa carte de presse sur elle, ne sachant jamais comment les choses pourraient évoluer. Dans les zones rurales, les gens leur demandent souvent d’envoyer les photos, un bon nombre d’entre eux n’ayant aucune photo d’eux-mêmes à montrer.

Vous pouvez voir les œuvres de Ley Uwera et d'Esther Nsapu sur Instagram.

Ce reportage a bénéficié du soutien de l'International Women's Media Foundation.

Former BuzzFeed World Reporter, Current BuzzFeed News Contributor

Contact Miriam Berger at miriam.berger+done@buzzfeed.com.

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