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C’est la «guerre des toilettes» aux États-Unis et on vous explique pourquoi

Cela peut paraître étrange, mais une question agite la vie politique américaine depuis plusieurs mois: quelles toilettes les personnes trans peuvent-elles utiliser?

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Cette action en justice est le dernier rebondissement de la «bataille ou guerre des toilettes» qui passionne actuellement les États-Unis et dont la question principale est:

«Quelles toilettes les personnes trans peuvent-elles utiliser?»

On pourrait penser que les premiers concernés sont encore les mieux à même de décider. Mais tout le monde n'est pas de cet avis... Le débat existe en réalité depuis plusieurs années.

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Ainsi, en 2013, la Californie est devenu le premier État américain à obliger les écoles à laisser les élèves trans utiliser les toilettes de leur choix.

Derrière cette loi, on trouve les demandes d'élèves trans, en Californie et ailleurs, qui souhaitent utiliser les toilettes correspondant à leur genre, et non au sexe qui leur a été assigné à la naissance. Comme, par exemple, cette petite fille, Coy Mathis, assignée garçon à sa naissance, mais qui s'identifie comme une fille et qui a obtenu devant la justice du Colorado, en 2013, de pouvoir utiliser les toilettes des filles.

Ainsi, dans le Missouri, une élève trans a fait face à des réactions très violentes après avoir demandé l'accès aux vestiaires des femmes, tandis que, en Virginie, des parents se sont plaints après qu'un élève trans a utilisé les toilettes pour hommes.

À Houston, au Texas, un référendum local a dû être organisé sur la question, en novembre 2015, et le projet de loi antidiscrimination a été rejeté.

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Entre autres choses, celle-ci interdit aux personnes trans de se rendre dans les toilettes de leur choix dans cet État. Pour Sarah McBride, du Center for American Progress, il s'agit d'«une des lois anti-LGBT les plus extrêmes que l'on ait vues jusqu'ici».

Pourquoi les partisans de ces lois craignent-ils que les personnes trans aient accès aux toilettes correspondant à leur genre?

L'argument régulièrement mis en avant est qu'ils craignent que ceux qu'ils perçoivent comme des hommes habillés en femmes agressent des femmes ou des petites filles dans les toilettes. Un fantasme total, selon les militants pour les droits des personnes LGBT.

«Il n'y a eu aucun incident rapporté de personnes trans qui auraient violé ou agressé quelqu'un dans des toilettes», protestent des militants trans dans cet extrait du Daily Show. «En réalité, si quelqu'un est agressé, ce sont les personnes trans

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Le fait d'utiliser des toilettes publiques est déjà une expérience assez stressante pour les personnes trans, témoigne la française Brigitte Goldberg, présidente de Trans-Europe, sur Le Plus.

«La simple crainte d'être identifiées comme ne faisant pas partie du club, de subir les quolibets, les insultes, voire d'être expulsées parce que considérées comme des prédateurs sexuels, constitue une réelle source d'angoisse.

Alors que dire d'une loi qui vous menace d'amende, voire de prison, si vous n'allez pas dans les toilettes de votre choix?»

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Pour protester, plusieurs personnes trans, comme cette jeune femme, ont posté sur les réseaux sociaux des photos d'elles dans des toilettes.

Instagram: @sarahemcbride

Le message qui accompagne sa photo, partagé plus de 50.000 fois sur Facebook, indique:

«Ils disent que je suis un pervers. Ils disent que je suis un homme habillé comme une femme. Ils disent que je suis une menace pour leurs enfants. Ils disent que je suis désorientée. Ils disent que je suis dangereuse. Et ils disent que le fait de m'accepter moi, telle que je me suis battue pour être vue toute ma vie, représente la chute d'une nation autrefois grande.

Je suis juste une personne. Nous ne sommes tous que des personnes. Qui essaient d'uriner en paix. Qui essaient de vivre pleinement leurs vies, de la manière la plus authentique possible. M'empêcher de me rendre dans ces toilettes pour femmes ne va aider personne. Et le fait de me permettre de continuer à utiliser ces toilettes, sans craindre de harcèlement et d'être discriminée, ne fera de mal à personne. Arrêtez ça. Nous sommes des gens bien.»

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Ringo Starr, Pearl Jam, le Cirque du Soleil, ont également annulé leur spectacle. Plus de 160 entreprises (dont Apple, Airbnb, Coca-Cola, Microsoft, Starbucks, IBM) ont signé une pétition contre la loi. Paypal a renoncé à un projet d'investissement de plusieurs millions de dollars dans cet État, et la Deutsche Bank à un plan d'embauches de 250 personnes.

Devant cette levée de boucliers, le gouverneur de la Caroline du Nord, le républicain Pat McCrory, a proposé des amendements, le19 avril, pour modifier partiellement la loi. Mais ce n'est pas assez pour les opposants, qui demandent tout simplement son retrait.

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Quelques jours plus tard, c'est le ministère de la Justice qui a mis en demeure le gouverneur de modifier le texte. La Caroline du Nord a répliqué en portant plainte contre le ministère... qui a lui-même saisi la justice.

Dans son discours annonçant les poursuites, la ministre de la Justice américaine, Loretta Lynch, a adopté un ton particulièrement combatif, ce qui fait d'elle «la meilleure défenseure des droits des trans», selon Slate.

«Cette action dépasse largement le cadre des toilettes, a-t-elle déclaré. «Il s'agit de la dignité et du respect que nous accordons à nos concitoyens et des lois que nous, en tant que peuple et en tant que pays, avons promulguées pour les protéger –en fait, pour nous protéger tous.

Et il s'agit des idéaux fondateurs qui ont conduit ce pays –de façon hésitante mais inexorable– dans la direction de l'équité, de l'inclusion et de l'égalité de tous les Américains.»

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Autre geste de l'administration Obama en direction des militants trans: le 13 mai, le gouvernement a publié une directive qui affirme que, pour les établissements scolaires, l'accès aux toilettes doit se faire en fonction du genre revendiqué par l'élève.

Ce texte n'a pas force de loi mais il indique aux autorités locales de l'enseignement public qu'elles pourraient perdre les subventions fédérales en cas de non-respect de la directive.

C'est cette directive qui a été attaquée, mercredi 24, par onze États américains.

Pour les plaignants, le gouvernement Obama cherche à «transformer les lieux de travail et d'enseignement en des laboratoires de gigantesque expérimentation sociale, en contournant la voie démocratique et au mépris des mesures de bon sens protégeant les enfants et les droits fondamentaux».

Car la Caroline du Nord n'est pas le seul État à s'intéresser au sujet. Cette atteinte à la liberté des personnes trans s'inscrit dans un contexte plus large de lutte des conservateurs contre les droits des personnes homos, bi et trans.

En effet, depuis l'ouverture du mariage au couple de même sexe, avec la décision de la Cour suprême en juin 2015, des groupes et des politiques se mobilisent, notamment dans le Sud des États-Unis, plus conservateurs, pour remettre en cause les droits des personnes LGBT (lesbiennes, gay, bi, trans).

Comme cette loi discriminatoire, votée en avril dernier dans le Mississippi, qui permet aux commerçants de refuser de vendre des services à certaines personnes qui iraient à l'encontre de leurs «croyances religieuses profondes», comme par exemple pour l'organisation du mariage d'un couple homo.

Bref, la «guerre des toilettes» n'est pas prête de s'arrêter.

Marie Kirschen est journaliste chez BuzzFeed News, France, et travaille depuis Paris.

Contact Marie Kirschen at marie.kirschen@buzzfeed.com.

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