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Trump: «Ses propos ne sont pas juste sexistes, ils décrivent une agression»

Les propos de Trump dans une vidéo de 2005 sont «obscènes» comme les ont qualifiés certains médias. Mais aussi, et surtout, la description de ce qu'est une agression sexuelle.

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Le 8 octobre, le Washington Post a publié une vidéo de 2005 que le journal américain a titré «Trump enregistré en train d'avoir une conversation très vulgaire sur les femmes en 2005».

Washington Post / Via washingtonpost.com

Il s'agit d'une vidéo des coulisses de l'émission Access Hollywood, dans laquelle on peut entendre Donald Trump grâce au micro-cravate qu'il porte. Voici ce qu'il dit:

«J'ai tenté ma chance avec elle et j'ai échoué, je l'admets. J'ai essayé et putain, elle était mariée. [...] En fait, je l'ai emmenée acheter des meubles. Elle voulait acheter des meubles. Je lui ai dit: "Je vais te montrer où ils ont des beaux meubles." Je l'ai emmenée. J'ai tenté ma chance avec elle comme un dingue, mais je n'ai pas réussi, et elle était mariée. Et soudain d'un coup, je la revois et elle a ces énormes nichons et tout ça. Elle a totalement changé de look.»

Puis il parle ensuite de l'actrice qui doit l'amener sur le plateau:

«Je ferais mieux de prendre un Tic Tac au cas où je commence à l'embrasser. Vous savez, je suis automatiquement attiré par les belles... Je me mets juste à les embrasser. C'est comme un aimant. Juste à les embrasser, je n'attends pas. Et quand vous êtes une star, elles vous laissent faire, vous pouvez faire tout ce que vous voulez. Les attraper par la chatte, faire ce que vous voulez.»

Sur Twitter, de nombreuses femmes ont raconté leurs agressions sexuelles en réponse à Donald Trump.

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Même chose du côté des réactions politiques américaines: si Mitt Romney a estimé que les citations du candidat à l'élection présidentielle «cautionnaient les agressions sexuelles», Jeb Bush a plutôt évoqué «les commentaires dégradants de Donald Trump envers les femmes» et Reince Priebus, le président du Parti républicain, a estimé que «personne ne devrait parler d’une femme en ces termes.»

«On assiste à une description qui est de l’ordre de la minimisation», commente à BuzzFeed News Muriel Salmona, psychiatre spécialisée dans les violences et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie.

«Il décrit de manière très claire une agression sexuelle», détaille l'auteure de Violences sexuelles: les 40 questions-réponses incontournables. «Il s’agit d’un contact sexuel imposé. C’est lui-même qui dit qu’il n’attend pas le consentement de la personne. Il décrit bien le fait que c’est la première chose qu’il fait, donc la femme n’a pas le temps de consentir à quoi que ce soit, il y a une situation de surprise et de contrainte. C’est une stratégie d’agresseur.

Le plus souvent, l’effet de surprise et le fait que ce soit un geste incohérent et imprévisible fait que la victime va être paralysée: c’est le phénomène de sidération. Quand on est riche et célèbre et qu’on s'appelle Trump, le pouvoir de sidération est encore plus important.»

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Lors du deuxième débat présidentiel, dimanche, le candidat républicain est revenu sur cette vidéo en expliquant qu'il n'en était pas fier mais qu'il s'agissait de «discussions de vestiaires». Une expression qui a fait réagir, notamment des sportifs américains.

«Je fréquente les vestiaires depuis que j'ai 5 ans. Ce que Trump a dit ne sont pas des "discussions de vestiaires", c'est ce qui s'appelle une "agression sexuelle"», a ainsi tweeté le basketteur LeVelle Moton.

«Quand il parle de "discussions vestiaires", on est clairement dans la culture du viol, décrypte Muriel Salmona. Il nie que ce sont des violences et prétend que ce sont juste des blagues.»

«C’est le reflet exact de la culture du viol», estime également Marie Allibert, porte-parole d’Osez le féminisme. Et de détailler à BuzzFeed News:

«La culture du viol, c’est le fait que partout dans la société il est présenté comme acceptable pour les hommes de se croire légitimes à avoir un droit sur le corps des femmes. Cette culture du viol passe, par exemple, par des publicités avec des femmes-objets, par le harcèlement de rue et, aussi, par la banalisation des agressions sexuelles.»

«Les médias parlent souvent comme les gens parlent, note la militante féministe. Or, les mots qui sont utilisés pour qualifier les violences faites aux femmes sont souvent euphémisants.»

Marie Allibert évoque l'affaire Baupin, que certains avaient qualifié de «dragueur lourd» alors qu'il était accusé d'agressions sexuelles. Et plus généralement l'importance d'utiliser les bons termes pour décrire un fait.

«On voit encore beaucoup dans les articles des choses comme "il était fou d’amour alors il l’a tuée" ou l’expression "crime passionnel", ce qui pose problème. Le fait de bien nommer les délits permet de lutter contre la culture du viol», conclut-elle.

Marie Kirschen est journaliste chez BuzzFeed News, France, et travaille depuis Paris.

Contact Marie Kirschen at marie.kirschen@buzzfeed.com.

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