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Un communiqué de la Smerep accusé de culpabiliser les femmes sur l'IVG

De nombreux internautes ont jugé le texte stigmatisant pour les étudiantes ayant eu recours à une IVG ou à une contraception d'urgence. Mais le président de la Smerep se défend de toute prise de position politique.

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Le 5 septembre, la Smerep, la sécurité sociale et la mutuelle étudiantes, a publié un communiqué de presse sur la journée de la contraception qui aura lieu le 26 septembre, intitulé «5% des étudiantes ont déjà eu recours à une IVG».

Le communiqué explique que «la Smerep tire la sonnette d’alarme quand au (sic) comportement à risque des jeunes femmes ayant trop souvent recours à la contraception d’urgence ou encore à l’IVG».

Il donne le pourcentage d'étudiantes qui «n'utilisent pas systématiquement le préservatif lors d'une relation sexuelle», sans donner le chiffre concernant les hommes. Concernant l'utilisation de la contraception d'urgence, la Smerep parle de «résultats alarmants».

Le texte se termine par une citation de Pierre Faivre, chargé de prévention à la Smerep, qui évoque «les conséquences psychologiques parfois graves que [les femmes] peuvent vivre» lors d'une IVG.

C'est Karim, un pharmacien qui utilise le pseudo HygieSuperBowl, qui a repéré ce communiqué et qui a fait une série de tweets, le 13 septembre, pour expliquer pourquoi il le trouvait problématique.

Donc, là, on va faire une pause pour essayer de comprendre ce qui est passé par la tête de @LaSMEREP pour écrire ça

Ce blogueur regrette notamment que la contraception d'urgence soit présentée comme découlant forcément d'un «comportement à risque», alors qu'on peut très bien l'utiliser après un échec de contraception ou un viol.

Non, parce que pour @LaSMEREP apparemment, qui dit contraception d'urgence dit forcément comportement à risque.

«Tout est problématique dans ce communiqué», explique-t-il à BuzzFeed News.

«Je suis tombé sur le CP par hasard via le mot-clé contraception d'urgence, raconte-t-il. Le communiqué était cité dans un article d'un site anti-IVG. Donc j'ai été le lire sur le site de la Smerep par curiosité.

Le ton du texte est assez culpabilisant. On n'a pas besoin de culpabiliser les femmes sur la contraception d'urgence ou sur l'IVG. Le communiqué oublie que la contraception concerne autant les hommes que les femmes. Par ailleurs, il dépeint la contraception d'urgence comme un problème alors qu'il s'agit au contraire d'une pratique de réduction des risques: par exemple, on va l'utiliser si on oublie sa pilule.»

Certains notent que le communiqué a été repris par des sites hostiles à l'IVG, comme Alliance Vita.

En tout cas le super communiqué de @LaSMEREP est repris par des sites de qualité, on est pas déçus ❤️

Contacté par BuzzFeed News, le président de la Smerep, Hadrien Le Roux, se défend de toute prise de position sur l'IVG. «Il n'y a ni jugement moral, ni arrière-pensée», réagit-il. Et d'insister:

«La Smerep a toujours voulu être apolitique. On ne fait pas de politique, on est seulement là pour parler de la santé des étudiants.

On parle de l'IVG mais ce n'est en aucun cas un jugement moral, mais pour dire qu'il faut faire plus de prévention. On sait que ça peut être un moment difficile psychologiquement. Si on peut l'éviter, c'est mieux. Mais on ne porte aucun jugement sur l'IVG.»

«Si nos propos sont repris et déformés par des anti-IVG, peut-être qu'il y a une maladresse de notre part, concède-t-il. Mais la plupart des anti-IVG ne sont pas favorables à la contraception, nous sommes en désaccord avec eux.»

«Nous disons au contraire que, si vous ne souhaitez pas avoir d'enfant, mieux vaut utiliser une contraception.»

Marie Kirschen est journaliste chez BuzzFeed News, France, et travaille depuis Paris.

Contact Marie Kirschen at marie.kirschen@buzzfeed.com.

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