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11 façons de minimiser des accusations de viol quand l'accusé est un grand artiste

Les arguments utilisés pour défendre Roman Polanski constituent le parfait petit manuel pour minimiser des accusations de viol.

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Récemment, invitée dans les médias pour faire la promotion de son nouveau film, Catherine Deneuve a pris la défense de Roman Polanski. Avec des arguments assez similaires à ceux qui ont pu être utilisés pour défendre des artistes comme Woody Allen ou Terry Richardson, également accusés d'agression sexuelle.

Pour rappel, Roman Polanski a été accusé de viol en 1977 par Samantha Geimer, alors âgée de 13 ans. Selon elle, le réalisateur lui aurait fait boire de l'alcool et avaler un Quaalude, une drogue très en vogue dans les années 70, avant de la violer. Si Roman Polanski, qui nie tout viol, a d'abord accepté de plaider coupable pour «relation sexuelle illicite avec mineur» (l’accusation la moins grave), il a ensuite fui les États-Unis, en 1978.

Voici un passage en revue des arguments qui ont été utilisés pour défendre Roman Polanski ces dernières années. Et qui constituent le parfait petit manuel pour défendre une célébrité accusée d'agression sexuelle.

1. Trouver des circonstances atténuantes...

... et zapper la question du consentement. Comme Catherine Deneuve qui, pour défendre Roman Polanski, a déclaré dans Quotidien: «Et de toute façon, on peut imaginer qu’un femme de 13 ans puisse faire 15, 16 ans».

2. Insister sur le fait que les accusations datent d'il y a longtemps.

Comme l'ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti, sur France Info le 19 janvier, au sujet de la polémique sur la présidence de Polanski pour les César.

4. Dire tout le bien que vous pensez de l'accusé.

Comme le réalisateur Alexandre Arcady, visiblement grand fan de Polanski, en janvier 2017. «C’est un très grand réalisateur», a aussi rappelé Aurélie Filippetti. «C'est un homme de valeur», a commenté Jean-Pierre Mocky. «Un homme d'un tel talent reconnu dans le monde entier, reconnu surtout dans le pays qui l'arrête, tout ça n'est pas sympathique», a commenté de son côté Bernard Kouchner quand Polanski a été arrêté à Zurich en 2009. «Polanski est un enchanteur», a déclaré BHL à la même époque.

5. Présenter l'accusé comme une victime.

laregledujeu.org

La Règle du jeu avait publié ce texte après l'arrestation de Roman Polanski en 2009. «De le voir ainsi jeter ainsi en pâture (...) et de le voir ainsi pris au piège, c’est absolument épouvantable», avait commenté de son côté Frédéric Mitterand. «Il a vraiment souffert», a précisé plus récemment Catherine Deneuve.

6. Évoquer sa «peine»...

... mais uniquement en ce qui concerne le sort de l'accusé, et pas celui de la victime. Comme Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, en mai 2010, après que l'actrice britannique Charlotte Lewis a accusé Polanski de l'avoir «abusée sexuellement», quand elle avait 16 ans, au début des années 80. Il disait alors espérer que la justice se prononce pour que le réalisateur «soit enfin soulagé de ce fardeau».

8. Accuser les gens de faire des polémiques pour rien.

Francois Durand / Getty Images

Comme Gilles Lellouche lors de la polémique sur Polanski aux César. L'acteur a aussi déclaré au Parisien, en janvier 2017: «A ce compte-là, on a beaucoup de gens en France auxquels on peut reprocher des choses et qui sont toujours dans la vie politique, sociale ou économique. On ne les a pas mis en prison, on n'en a pas fait des polémiques.»

9. S'arranger avec les faits.

Comme Catherine Deneuve, qui déclare: «C’est une affaire qui a été traitée, c’est une affaire qui a été jugée, il y a eu des accords entre Roman Polanski et cette femme.» Or, s'il y a bien eu un accord financier entre Samantha Geimer et Roman Polanski, ce dernier n'a pas été jugé puisqu'il a fui les Etats-Unis en 1978 et que le juge a refusé de rendre un verdict «par contumace».

11. Et enfin, décréter que c'est une histoire «qui n'a pas vraiment de sens». Tout simplement.

dailymotion.com

Comme Frédéric Mitterrand, en 2009. «On éprouve un sentiment d'irrationnel», avait-il également commenté.

Marie Kirschen est journaliste chez BuzzFeed News, France, et travaille depuis Paris.

Contact Marie Kirschen at marie.kirschen@buzzfeed.com.

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