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Pour tout comprendre des manifestations massives contre les violences sexistes en Argentine

Après le meurtre de Chiara Páez, des protestations ont éclaté à travers le pays, réclamant la fin des violences sexistes. BuzzFeed News a interviewé les organisateurs des manifestations monstres, des femmes qui ont souffert de mauvais traitements, et des activistes.

Publié le

Chiara Páez, une jeune fille âgée de 14 ans et habitant Rufino dans la province de Santa Fe, a été violemment battue par son petit ami de 17 ans puis enterrée vivante.

Chiara Páez tenía apenas 14 años, cuando fue asesinada a golpes por su novio. #NiUnaMenos #VzlaApoya

Elle était enceinte, et des membres de la famille de son petit ami ont aussi été arrêtés, accusés de lui avoir donné des pilules pour provoquer un avortement.

Plusieurs cas similaires ont refait surface au cours des semaines écoulées. Les ONG affirment qu'en Argentine, une femme est tuée toutes les 35 heures.

Natacha Pisarenko / AP

Il n'existe pas de statistiques d'État, bien que la loi actuelle contre les violences sexistes l'exige.

Ce tweet a appelé les gens à descendre dans la rue, ce qu'ils ont fait le 3 juin. «Actrices, politiciennes, femmes d'affaires, femmes influentes... Les femmes, toutes ensemble... N'allons-nous pas élever la voix? NOUS SOMMES ASSASSINÉES.»

Actrices, políticas, artistas, empresarias, referentes sociales ... mujeres, todas, bah.. no vamos a levantar la voz? NOS ESTAN MATANDO

Le slogan du mouvement, au début «Ils nous tuent», est vite devenu #NiUnaMenos (#PasUneDeMoins). Le hashtag s'est placé dans les tendances pendant plus de trois semaines en Argentine, avec des milliers de posts chaque jour.

C'est un problème mondial, mais en Argentine en particulier, certaines inégalités structurelles entre les hommes et les femmes sont profondément enracinées dans notre culture, et la violence est le vecteur permettant à ces inégalités de persister.

Un autre meurtre qui a choqué l'Argentine est celui de Suhene Carvalhaes Muñoz, qui a été battue si violemment par son petit ami qu'elle est morte de ses blessures huit mois après l'attaque.

Sa sœur a raconté à la presse locale que lorsque Suhene a signalé l'abus, la police lui a dit de «régler les choses au lit».

La familia de Suhene, Catarina, Sarah y Savik, tambien alzan su voz x #NiUnaMenos. http://t.co/sHBrlyEIE4

[Certains mythes] sont l'idée que les hommes sont violents de naissance, que les femmes sont passives, que seuls les gens pauvres ont ce problème, et que si une femme reste en couple, c'est parce qu'elle aime être maltraitée, qu'il vaut mieux ne pas interférer dans les problèmes de couple.

«Lorsque je me suis exprimée, le plus difficile a été de supporter les gens qui me jugeaient, toutes les questions et la gêne», a raconté à BuzzFeed News une femme qui a été abusée pendant 14 ans. Elle a demandé à rester anonyme pour protéger ses enfants.

Les enfants sont également victimes de violences sexistes. Sur la seule année passée, il y a eu 29 cas de «féminicides liés» ou une tierce personne a été blessée à cause de la violence d'un homme envers une femme.

Eitan Abramovich / Getty Images

Il y a quelques semaines, un homme a percuté un camion avec sa voiture sur une autoroute près de Concordia, dans la province d'Entre Rios, tuant l'un de ses jumeaux de 7 ans après avoir envoyé un SMS à sa femme lui disant: «tu ne reverras pas tes enfants».

Ces cas ont donné naissance à de grands débats sur les violences sexistes dans toute l'Amérique latine, des pays comme le Chili et l'Uruguay se joignant à la cause argentine le 3 juin.

Bien que l'Argentine dispose de lois progressistes, le budget pour les faire respecter reste modeste, et l'éducation des fonctionnaires responsables de leur application est insuffisante.

Pendant la marche du 3 juin, les familles ont apporté des photos de leurs proches décédés suite à des violences sexistes, et des artistes locaux ont dessiné des caricatures sur le sujet.

Même la présidente, Cristina Fernández de Kirchner, a soutenu le mouvement en tweetant sur son compte officiel: «Ce n'est pas juste le problème de la justice ou de la police. Nous sommes confrontés à une culture qui anéantit le féminin.»

No es sólo un problema judicial o policial. Estamos ante una cultura devastadora de lo femenino.

Le hashtag #NiUnHuevoMenos (#PasUneCouilleDeMoins) a été utilisé pour faire des commentaires sexistes, raillant l'initiative #NotOneLess.

«Arrêtons de toujours devoir payer. NOUS VOULONS L'ÉGALITÉ, BON SANG! Pour mes droits, les vôtres, et ceux de tous les hommes. #NotOneBallLess»

Basta de tener que pagar vos siempre. QUEREMOS IGUALDAD CARAJO! Por mis derechos,por los tuyos,por los de todos los hombres. #NiUnHuevoMenos

«Si vous fréquentez quelqu'un et que vous le laissez vous frapper, vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même d'être stupide, #NotOneBallLess»

si vos estas con alguien y permitís que te pegue, cagate por pelotuda #NiUnHuevoMenos

«Bande d'hypocrites! Arrêtez de dire ce que les gens veulent entendre. Beaucoup de femmes et d'hommes PROVOQUENT la personne du sexe opposé pour qu'elle s'emporte et les frappent!»

Hipócritas! Dejen d decir lo q la gente quiere escuchar. Muchas mujeres y hombres PROVOCAN a su sexo contrario para q se saquen y golpeen!

Même une présentatrice TV populaire a demandé à l'une de ses invitées «ce qu'elle avait fait» pour mériter d'être frappée par son ex petit ami.

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Elle s'est ensuite excusée.

Il y a quelques années, les médias locaux parlaient de «crimes passionnels» ou de «crimes au nom de l'amour» pour évoquer les féminicides.

Barcelona magazine / Via Twitter: @FerGerundio

Cette couverture du magazine satirique Barcelona se moque d'une telle couverture médiatique, qui après des années de groupes de réflexion menés par des organisations féministes, a maintenant changé.

Mariana Marcaletti is the International News Coordinator for BuzzFeed News and is based in New York.

Contact Mariana Marcaletti at mariana.marcaletti@buzzfeed.com.

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