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William Meurice, étoile filante de la fachosphère

Cet «agitateur» d'extrême droite fait valoir son passé militaire pour plaire à ses fans. Mais c'est aussi le plaignant –pas tout blanc– dans l'affaire Souleymane Diawara.

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Comme tous les youtubeurs, il commence toutes ses vidéos par la même phrase. Pour lui, c'est «Françaises, Français, bonjour». Tatouages massifs, carrure athlétique, William Meurice –un pseudonyme, il dit que c'est le nom de son père– se filme en «selfie». Il hurle sa colère contre l'islam, le gouvernement «qui vous cache tout», la France «qui a laissé rentrer ces hommes-là pour nous envahir et nous faire la guerre». Grâce à ses diatribes filmées depuis sa villa dans le Var, William Meurice a amassé 25.000 likes en un mois sur sa page officielle Facebook.

Son fait d'armes, c'est une vidéo dans laquelle il s'en prend à la ministre de l'Éducation Najat Vallaud-Belkacem. Cette vidéo avait été diffusée sur son profil personnel mais elle a été récemment supprimée. En cause, un texte de Jean de Léry sur les Tupinambas, que sa fille en classe de 5e a dû étudier. Il déplore, dans la vidéo, qu'on doive «accepter l'évidence de ne pas être forcément des êtres supérieurs» et qu'il faille «se mettre au milieu de tout le monde même si ça pue et qu'ils mangent avec les mains». Il ne comprend pas qu'on demande à sa fille «d'accepter de décrire ces différences [...] sans les juger négativement.» Il s'étrangle en finissant la consigne: «Tu utiliseras une comparaison avec un élément de ta culture!»

Il s'en prend alors à la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, qu'il accuse de manipuler sa fille:

«Donc Belkacem je vais te dire: on bouffe du chinois, on bouffe du kebab, on bouffe chez McDo, on bouffe à tous les râteliers. J'adore les nems, et en plus les plateaux de fruits de mer, mais avant tout on adore la bonne choucroute, on est en France. Donc moi, je t'emmerde, le devoir elle va pas le faire. Ça c'est d'essayer de savoir si les parents sont racistes pour mettre les gamins dans des catégories, et leur faire penser qu'il faut accepter les cultures d'autrui alors que dans cinq ans ils vont se faire baiser. (...) Donc à l'heure d'aujourd'hui le devoir tu te le mets au cul, je vais faire un mot pour la prof demain matin.»

La vidéo a été vue plus de 5 millions de fois sur Facebook avant sa suppression. À titre de comparaison, une seule vidéo de Marine Le Pen a dépassé ce nombre de vues sur le réseau social: son discours au lendemain du 13 novembre 2015.

Dans une interview téléphonique avec BuzzFeed News le 9 décembre, William Meurice explique que cette vidéo marque le début du succès pour lui. «J'avais 2000 personnes sur Facebook à ce moment-là». «J'ai parlé du devoir de Najat parce que nos gamins parlent pas français, ils parlent en émoticônes», poursuit-il. Sa colère, dit-il, est née des récentes attaques de Philippe de Villiers visant la ministre de l'Éducation. Dans une interview au média d'extrême droite TV Libertés, ce dernier affirmait que la ministre de l'Éducation nationale s'était placée elle même sous l'influence d'une double allégeance, des autorités françaises et marocaines.

Contrairement aux figures traditionnelles de «la fachosphère», comme Alain Soral ou le militant ultranationaliste Boris Le Lay, William Meurice n'est pas un idéologue. «Je n'ai pas d'idées», explique-t-il même à BuzzFeed News. C'est un consommateur et un commentateur des informations qu'il trouve sur des sites comme Résistance Républicaine, Riposte Laïque ou Fdesouche. Il partage des théories conspirationnistes comme une vidéo sur le PizzaGate ou une alerte attentat non vérifiée que le site d'extrême droite Europe-Israël tire de Jean-Paul Ney. Comme les sites qu'il utilise comme source, il parle d'une France «islamisée à mort». «On va perdre tout ce qui nous reste», explique t-il dans une vidéo en direct depuis supprimée.

Sur la page officielle de William Meurice, désormais supprimée, on pouvait trouver une douzaine de vidéos, qui totalisaient des dizaines ou des centaines de milliers de vues. Elles étaient aussi publiées sur sa page YouTube. Dans ces vidéos, il rappelle son passé d'ancien chasseur alpin du 27e bataillon (il en a en tout cas la tenue de cérémonie). Il s'exprime sur l'armée, le mouvement des policiers, la victoire de Trump, la sécurité des enfants à l'école. Il a même passé un coup de fil à une responsable de la sécurité des écoles dans l'académie de Nice, nommée dans une de ses vidéos, elle aussi supprimée. Elle se souvient d'un «papa virulent par rapport aux mesures de sécurité, qui voulait qu'il y ait une milice de parents». Dans une vidéo, il sous-entend qu'il va retirer les enfants de l'école pendant une semaine en raison des risques d'attaques terroristes dont on lui a fait part.

À la primaire de la droite, il a voté «Fillon pour pas l'avoir dans le fion». Il se targue de donner du cassoulet et de la choucroute aux collectes alimentaires. Lorsqu'il évoque la polémique de la croix que portait Valérie Boyer le soir du second tour des primaires de la droite, que la députée a cachée lors de son passage sur BFMTV, il rappelle, dans un lourd sous-entendu, que le propriétaire de la chaîne est Patrick Drahi, franco-israélien. Il se félicitait du soutien de Kroc Blanc, rappeur nationaliste qui a mis une femme en niqab dans sa voiture dans un clip à la gloire de Jean-Marie Le Pen (ils sont désormais en mauvais termes). Chacune des publications de William Meurice est saluée par des centaines de commentaires souvent racistes et extrêmement violents.

William Meurice se définit comme nationaliste. «Je ne suis pas du tout facho, raciste, se défend-il. J'ai tout le temps viré les "white power" de ma page; peut-être que je me suis parfois confondu dans mes paroles.» Lorsqu'on lui pose des questions sur le caractère raciste de ses propos, il répond qu'il a publié des articles favorables aux harkis, les musulmans qui ont combattu avec l'armée française au cours de la guerre d'Algérie. Au cours du même entretien, il affirme néanmoins que «la France est envahie par sa propre colonisation. Mais on n'a pas été aussi sauvages et sectaires que ces personnes qui nous crachent au visage et nous détruisent».

Ses convictions le conduisent à soutenir le Front national. Récemment, il s'est rendu à une réunion du parti, et, en juillet, il a pris la pose avec Gilbert Collard.

Au fil du temps, William Meurice se fait de plus en plus solennel dans ses vidéos, promet la mise en place d'une association d'entraide baptisée «Union patriotique de France». Petit à petit, il amasse les admirateurs dans les commentaires et sur son mur: «Je t'admire pour ton courage de dire la vérité va soldat francais sauvé la france», lui écrit-on; «SALUT WILL!!! On sait qu'on va à la guerre, c'est inévitable!!!», lui dit un autre avant d'appeler au meurtre massif de musulmans. «William Meurice président!!! Un vrais président proche des français et a l'écoute de son peuple on ne demande que sa et attend que sa!!!», dit un troisième.

Pendant un moment, il tire une certaine fierté de son succès et ses publications confinent à la mégalomanie. La photo de couverture de son profil personnel affiche un détournement du logo «Je suis Charlie» avec un «Je suis William» tricolore.

À l'approche de Noël, il publie un calendrier de l'avent avec des photos de «sapins patriotes» que lui envoient ses fans, dans des montages où il pose en uniforme militaire. «J'ai été surpris de l'intérêt qui m'a été apporté. Ça m'a touché, ça a été flatteur. Après, je n'ai pas pu faire demi-tour parce que les gens sont venus vers moi, et c'est vrai que j'ai peut-être insufflé un mouvement.» «Je savais que j'allais toucher le Français moyen qui ne vote pas, qui en a marre, qui paie, qui n'a plus de volonté, qui subit, qui est faible. J'ai joué là-dessus, mais c'était pas vraiment voulu», résume-t-il. «L'engouement a donné lieu à cette communauté qui m'a complètement échappé.»

La pression a semble-t-il été trop forte pour lui. À BuzzFeed News, il dit qu'il va «arrêter les vidéos». Le 12 décembre, quatre jours après son premier entretien avec BuzzFeed News, il annonce laisser sa page officielle à deux autres personnes –dont le rappeur nationaliste Kroc Blanc, afin de «prendre un peu de vacances (...) pour [sa] famille». (Quelques heures après, il a fait un live pour commenter l'altercation entre Alain Soral et Daniel Conversano).

Officiellement, William Meurice ne donne pas son vrai nom pour «protéger sa famille». Mais il y a une source de pression qu'il n'évoque pas. D'après les informations que BuzzFeed News a pu recouper, William Meurice s'appelle Adriano B. Après avoir toujours cherché à la cacher, l'intéressé a fini par nous confirmer cette sorte de double identité. Si William Meurice a cherché à cacher Adriano B., c'est peut-être parce que ce nom est apparu dans la presse à l'occasion de l'affaire Souleymane Diawara, ancien joueur de football placé brièvement en détention après sa mise en examen pour extorsion de fonds.

L'affaire Diawara est bien résumée dans un article de Libération. Garagiste dans le Sud-Est de la France, il promet d'abord un Range Rover au joueur, mais le 4x4 n'arrive pas. Puis, à la place, pour 10.000 euros de plus, il lui vend une Porsche Cayenne. Problème, cette voiture a été volée et replaquée. Souleymane Diawara est accusé d'avoir fait appel à son frère, qui s'est rendu avec d'autres hommes au domicile du garagiste pour lui mettre la pression et récupérer l'argent. Le garagiste et sa famille sont séquestrés, visiblement sans violence physique. L'affaire, qui a été très médiatisée au moment de l'emprisonnement et de la sortie de Souleymane Diawara, est toujours en cours d'instruction. «C'est une affaire en cours», dit Adriano B. qui n'a pas souhaité s'étendre sur ce qui s'est passé avant les faits pour lesquels vont être jugés Souleymane Diawara et son frère.

Adriano B. n'a pas toujours été très bon pour cacher sa véritable identité. Les détails personnels égrainés par Libération correspondent aux traces laissées par William Meurice un peu partout sur internet: son physique, l'âge de ses filles, les chiots de race élevés par sa compagne. Sur un de ses albums Facebook, on retrouve le texte d'une petite annonce de vente de voiture d'occasion à Laon.

On retrouvait d'ailleurs son prénom dans l'ancienne URL de son profil Facebook:

Au début de l'affaire Diawara, le ténor du barreau Éric Dupont-Moretti conseillait le footballeur. Auprès de l'AFP, il avait affirmé que Adriano B. avait «un casier long comme le bras». Contacté par BuzzFeed News, l'avocat n'a pas répondu à nos sollicitations. Le parquet de Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) où l'affaire est instruite a indiqué à BuzzFeed News que le passé judiciaire d'Adriano B. se situait à Laon (Aisne). Et, de son côté, le greffe du tribunal de grande instance de Laon nous a précisé qu'Adriano B. avait été condamné à 8 mois de prison avec sursis pour détention d'armes de catégorie 1 ou 4. L'intéressé ne s'en cache pas: «détention d'armes de première catégorie (...) pour un militaire, je pense que c'est tout à fait légitime», explique-t-il dans une de ses vidéos désormais supprimées, mais dont BuzzFeed News détient une copie.

Toutefois, lorsqu'on lui demande s'il a fait l'objet de condamnations passées pour escroquerie, il répond: «Jamais de la vie!» Il affirme qu'il y a une confusion avec son «petit frère qui a été mis en prison pour des affaires similaires.» Un article de L'Union évoque cette affaire.

Dans les commentaires d'un article publié sur le site satirique Secret News, il évoque d'ailleurs l'affaire Diawara comme si elle le concernait assez directement.

À la fin du mois de novembre, William Meurice s'est tourné vers ce petit site satirique, qui a publié un article à partir de photos Facebook pour se moquer de lui. Dans une vidéo en direct d'une demi-heure –encore une fois supprimée, il appelle constamment ses admirateurs à se rendre sur la page Facebook de Secret News pour s'en prendre à son fondateur, le harceler, «le casser en deux», «le bombarder» jusqu'à ce qu'il enlève l'article.

Fin décembre, William Meurice a supprimé sa page. Il se dit «amer». «La France n'est pas prête. Les Français n'ont pas de couilles. Ce qui leur arrive, on va dire que c'est bien fait pour eux», dit-il dans une ultime conversation au téléphone avec BuzzFeed News le 29 décembre. «Je voulais soulever un mouvement patriotique français sans haine raciale mais les Français ne sont pas prêts. J'ai tout laissé tomber.» Il affirme désormais qu'il va reprendre une activité pro-militaire. «Mon action sera menée en treillis.» Il dit qu'il va se rengager mais «peut-être pas dans l'armée française». Il place aussi beaucoup d'espoirs dans Marine Le Pen. Il prédit: «2017 sera le tournant de la France.»

Jules Darmanin est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Jules Darmanin at Jules.Darmanin@buzzfeed.com.

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