back to top

Un article à lire si vous n'avez rien suivi du Brexit

Allez, ça va bien se passer.

Publié le

Bonjour! Auriez-vous deux minutes pour parler du Brexit?

Ce n'est pas encore l'heure de se rouler des pelles, jeunes gens.
Hannibal Hanschke / Reuters

Ce n'est pas encore l'heure de se rouler des pelles, jeunes gens.

OK, donc, le Brexit, c'est le nom donné à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Le 23 juin, il y aura un référendum pour savoir si les Britanniques veulent encore être dans l'Union ou pas. Les deux camps sont donc Remain (rester) et Leave (partir).

Christopher Furlong / Getty Images

Lors de la campagne pour les législatives britanniques, en 2015, David Cameron avait promis ce référendum en cas de victoire. Pourtant, il est lui-même pour que le Royaume-Uni reste dans l'Union.

Vous allez me dire, petit malin que vous êtes, «pourquoi il a promis ça s'il veut que le Royaume-Uni reste?» Eh bien, il l'a fait sous la pression d'une partie des conservateurs et du UKIP, le principal parti pro-Leave. Mais il s'en est aussi servi lui-même comme moyen de pression pour renégocier quelques trucs avec l'Union européenne. Il a notamment obtenu le fait de pouvoir limiter pendant sept ans les aides sociales des nouveaux migrants issus de l'UE.
Handout / Getty Images

Vous allez me dire, petit malin que vous êtes, «pourquoi il a promis ça s'il veut que le Royaume-Uni reste?» Eh bien, il l'a fait sous la pression d'une partie des conservateurs et du UKIP, le principal parti pro-Leave.

Mais il s'en est aussi servi lui-même comme moyen de pression pour renégocier quelques trucs avec l'Union européenne. Il a notamment obtenu le fait de pouvoir limiter pendant sept ans les aides sociales des nouveaux migrants issus de l'UE.

Face à Cameron, il y a Nigel Farage, dirigeant du UKIP et tête d'affiche du vote Leave.

En gros, le UKIP est un parti nationaliste qui a des positions proches du Front national sur les sujets de société, mais des positions économiques beaucoup plus libérales.
Handout / Getty Images

En gros, le UKIP est un parti nationaliste qui a des positions proches du Front national sur les sujets de société, mais des positions économiques beaucoup plus libérales.

Cameron et Farage sont les têtes d'affiche, mais derrière, c'est plus compliqué. De chaque côté, il y a de multiples groupes qui cherchent à convaincre les électeurs de voter pour rester ou pour partir.

Du côté des pro-Remain, on trouve une majorité de conservateurs et de travaillistes (droite et gauche de gouvernement), ainsi que tous les libéraux-démocrates (centristes très pro-Europe). Le mouvement principal de campagne, Stronger In, est dirigé par l'ancien PDG de Marks and Spencer. On trouve aussi une forte proportion de gens qui se roulent des pelles.Du côté des pro-Leave, il y a tout le parti UKIP, des conservateurs comme l'ancien maire de Londres Boris Johnson, ou le secrétaire d'État à la Justice Michael Gove. On trouve aussi quelques parlementaires travaillistes, et des mouvements transpartisans.
Neil Hall / Reuters

Du côté des pro-Remain, on trouve une majorité de conservateurs et de travaillistes (droite et gauche de gouvernement), ainsi que tous les libéraux-démocrates (centristes très pro-Europe). Le mouvement principal de campagne, Stronger In, est dirigé par l'ancien PDG de Marks and Spencer. On trouve aussi une forte proportion de gens qui se roulent des pelles.

Du côté des pro-Leave, il y a tout le parti UKIP, des conservateurs comme l'ancien maire de Londres Boris Johnson, ou le secrétaire d'État à la Justice Michael Gove. On trouve aussi quelques parlementaires travaillistes, et des mouvements transpartisans.

La campagne a eu des épisodes... bizarres. Par exemple, un des grands coups médiatiques de Nigel Farage a été d'organiser une bataille navale sur la Tamise.

Oui, c'est vraiment arrivé.
Jack Taylor / Getty Images

Elle a surtout été marquée par un événement tragique: l'assassinat de la députée travailliste Jo Cox.

L'élue, qui était pro-Remain, a été tuée par coups de couteau et par balle le 16 juin. La campagne a été suspendue pendant deux jours et a repris cette semaine, et le Parlement lui a rendu hommage lundi 20 juin. Le meurtrier présumé de Jo Cox a déclaré «mort aux traîtres, liberté pour le Royaume-Uni» devant le juge, ce qui a contribué à politiser le drame, qui est apparu comme le point culminant d'une campagne très violente. Nigel Farage a même considéré que sa campagne pro-Leave avait perdu «de l'élan» après l'assassinat.
Justin Tallis / AFP / Getty Images

L'élue, qui était pro-Remain, a été tuée par coups de couteau et par balle le 16 juin. La campagne a été suspendue pendant deux jours et a repris cette semaine, et le Parlement lui a rendu hommage lundi 20 juin. Le meurtrier présumé de Jo Cox a déclaré «mort aux traîtres, liberté pour le Royaume-Uni» devant le juge, ce qui a contribué à politiser le drame, qui est apparu comme le point culminant d'une campagne très violente. Nigel Farage a même considéré que sa campagne pro-Leave avait perdu «de l'élan» après l'assassinat.

À quelques jours du scrutin, la plupart des journaux ont donné leur position.

En fait, plus ou moins tout le monde a donné son avis sur le référendum. Les clubs de Premier League, la ligue de haut niveau du foot anglais, sont pro-Remain. Les pêcheurs, eux, sont globalement contre.

Football fans should know: all 20 @PremierLeague clubs say we’re #StrongerIn Europe. https://t.co/oYa5VDkLHN

Les stars aussi ont donné leur avis, comme David Beckham, qui a donné son point de vue pro-Remain grâce à un Instagram de lui avec Éric Cantona.

instagram.com

Victoria Beckham, plus connue sous le nom de Posh Spice, est aussi pro-Remain. Elle a d'ailleurs protesté contre l'utilisation de certains de ses propos par la campagne pro-Leave.

Le camp du Remain compte aussi dans ses rangs Ian McKellen, Emma Thompson, Benedict Cumberbatch, Helena Bonham Carter...

Même s'il y a moins de célébrités pro-Leave, on en trouve quelques-unes, comme Sol Campbell, ancien capitaine de l'équipe de foot anglaise, ou James Dyson, le mec des aspirateurs.

Eva Rinaldi / CC-BY-SA 2.0 / Via en.wikipedia.org

Voici, en très condensé, les arguments des deux camps.

MJJ Productions Inc / Via gif-database.tumblr.com

Les partisans du Remain organisent leur campagne notamment autour des thèmes économiques, affirmant qu'un départ de l'Union européenne serait nocif pour la finance (les banques se barreraient) et les emplois (les entreprises se barreraient aussi).

Via televandalist.com

Mais certains soutiens ont du mal à jouer les pom-pom girls pour l'Union, notamment du côté des travaillistes: «Je ne suis pas un amoureux de l'UE», a notamment dit Jeremy Corbyn, le leader du parti, quelques jours avant le scrutin.

Les partisans du Leave ont des arguments différents selon leur place sur l'échiquier politique. Les eurosceptiques du UKIP ont fait campagne sur l'immigration et l'entrée de la Turquie dans les pays membres, qu'ils ont fait paraître beaucoup plus proche qu'elle ne l'est en réalité. Une affiche anti-immigration de Nigel Farage a d'ailleurs été comparée à de la propagande nazie, une semaine avant le scrutin.

Le UKIP et les conservateurs ont aussi fait campagne sur le coût supposé de l'Union européenne. Certains conservateurs estiment que Cameron n'en a pas fait assez pour regagner de la souveraineté.

Les eurosceptiques travaillistes sont, eux, critiques à l'égard de la politique économique européenne.

Pour résumer encore plus, les pro-Leave reprochent à leurs adversaires de faire croire à une apocalypse si jamais le Royaume-Uni venait à quitter l'Union européenne, et les pro-Remain reprochent à leurs adversaires de faire croire à une apocalypse si le pays décidait de rester dans l'Union.

Les responsables politiques européens et internationaux, eux, sont plutôt flippés. Comme Jean-Marc Ayrault, le ministre des Affaires étrangères français, qui pense qu'un Brexit serait «lourd de conséquences».

Geoffroy Van Der Hasselt / AFP / Getty Images

Ou Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international (FMI) qui estime que les conséquences d'un Brexit vont du «plutôt mauvais» au «très, très mauvais».

Angela Merkel, la chancelière allemande, a aussi voulu prévenir les Britanniques que leur pays allait souffrir s'il quittait l'Union européenne.
Yuri Gripas / Reuters

Angela Merkel, la chancelière allemande, a aussi voulu prévenir les Britanniques que leur pays allait souffrir s'il quittait l'Union européenne.

Si tous ces responsables politiques ne sont pas très chauds pour que le Royaume-Uni s'en aille, c'est notamment parce que cela créerait de l'incertitude économique un peu partout.

En quittant l'Union européenne, le Royaume-Uni sortirait du marché unique européen, qui permet la libre circulation des marchés, des capitaux et des personnes au sein de l'Union. Si l'Europe «perd» Londres, elle perd un de ses pôles économiques, sans savoir comment tout ça se réorganisera. Les renégociations prendraient des années, d'après certaines sources. Et s'il y a bien quelque chose que n'aiment pas les responsables économiques internationaux, c'est l'incertitude.Ça, et en plus, il faudra payer beaucoup plus cher pour étudier dans des universités britanniques, parce qu'il n'y aura plus Erasmus.

En quittant l'Union européenne, le Royaume-Uni sortirait du marché unique européen, qui permet la libre circulation des marchés, des capitaux et des personnes au sein de l'Union. Si l'Europe «perd» Londres, elle perd un de ses pôles économiques, sans savoir comment tout ça se réorganisera. Les renégociations prendraient des années, d'après certaines sources. Et s'il y a bien quelque chose que n'aiment pas les responsables économiques internationaux, c'est l'incertitude.

Ça, et en plus, il faudra payer beaucoup plus cher pour étudier dans des universités britanniques, parce qu'il n'y aura plus Erasmus.

Même Viktor Orban, le premier ministre hongrois, plutôt réputé pour ne pas être fan de Bruxelles, a lancé un appel aux Britanniques pour qu'ils restent dans l'Union.

Hungarian Prime Minister Victor Orban has taken a full page advert in tomorrow's Daily Mail

Alors, que va-t-il se passer, jeudi, quand tout va se décider? Eh bien, personne ne sait, vraiment. Les sondages sont très serrés, et il y a encore plus de 10% d'indécis d'après eux.

Hannibal Hanschke / Reuters

Une seule chose est sûre: ces deux-là ne s'arrêteront jamais de se rouler des pelles.

Calmez-vous, un peu.
Hannibal Hanschke / Reuters

Calmez-vous, un peu.

Jules Darmanin est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Jules Darmanin at jules.darmanin@buzzfeed.com.

Got a confidential tip? Submit it here.