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Voici à quoi ressemble l'écriture inclusive à travers le monde

Un article pour tou.te.s les nerds du langage. Et Raphaël Enthoven.

Publié le

Pour cette rentrée 2017, les éditions Hatier ont publié le premier manuel scolaire rédigé en «écriture inclusive», Questionner le monde pour les classes de CE2.

Hatier

Dans ce manuel, les noms désignant des personnes au pluriel sont écrits de façon à inclure la forme féminine: «agriculteur.rice» ou bien «puissant.e.s.». L'écriture inclusive sert à diminuer la prévalence du masculin dans la langue française, comme le détaille cet article de Libération. Certaines conventions d'écriture inclusive permettent aussi de désigner des personnes ne voulant être genrées ni au masculin, ni au féminin, comme le pronom «iel».

L'initiative de l'éditeur, comme l'utilisation de l'écriture inclusive en langue française, font l'objet de débats dans les pays francophones.

En France, elle est notamment promue par le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes.

La publication du manuel des éditions Hatier est à l'origine d'une controverse, alimentée notamment par le professeur de philosophie et chroniqueur radio, Raphaël Enthoven, qui parle de «négationnisme vertueux» (en gros, l'écriture inclusive reviendrait à nier l'histoire de la langue française pour de «bonnes» raisons) et d'«attentat à la mémoire elle-même». Bon.

Pourtant, le français n'est pas la seule langue concernée par des initiatives d'écriture inclusive. Voici d'autres exemples d'initiatives appliquées ailleurs !

En anglais

MBC

L'anglais est une langue beaucoup moins genrée que les langues romanes (le français, l'italien, l'espagnol...). Même s'il y a des pronoms masculins et féminins, la quasi-totalité des noms sont neutres : quand vous dites a friend, vous pouvez parler d'un ami ou d'une amie. C'est aussi le cas de la plupart des noms de métiers, qui sont les mêmes quelque soit le genre : nurse («infirmier-ère»), doctor («docteur-e»), professor («professeur-e»). Les noms de métiers distincts pour les femmes sont donc l'exception, comme actor/actress («acteur-trice») ou spokesman/woman («porte-parole»). C'est pourquoi certaines personnes préfèrent utiliser la forme neutre dans tous les cas : actor, spokesperson. C'est le cas du guide stylistique anglophone de BuzzFeed.

Les anglophones utilisent aussi de plus en plus le pronom they en tant que pronom neutre de la troisième personne du singulier. Il était déjà un peu utilisé comme on utiliserait «on», mais depuis plusieurs années, they est de plus en plus utilisé pour désigner des personnes de genre non-binaire qui ne souhaitent pas être identifiées au masculin ou au féminin. Toutefois, ce they neutre singulier était déjà proposé en 1794 ! D'autres pronoms, comme ze, sont également plébiscités. Voici un historique (en anglais) des tentatives pour trouver un pronom neutre de la troisième personne.

En espagnol, portugais et italien.

Comme le français, l'espagnol, le portugais et l'italien sont des langues dans lesquelles le genre est très présent dans la grammaire. Dans de nombreux cas de noms communs, le féminin y est signalé par la terminaison -a, le masculin par la terminaison -o. Des formes d'écritures inclusives dans ces trois langues utilisent donc des formes composées en a/o, l'astérisque (*) la lettre x ou encore l'arobase (@), qui est une sorte de a dans l'o. C'est la première solution, en a/o, qui est généralement retenue par des organismes officiels tels que la mairie de Madrid qui a publié un guide d'écriture inclusive. L'université autonome de Barcelone a également publié un guide en espagnol et catalan.

L'arobase et le x se retrouvent également dans les termes anglais latin@ ou latinx, pour désigner les personnes latino-américaines en général, ou bien celles de genre non-binaire.

En Italie, l'astérisque est le signe privilégié. Il émane de la communauté LGBT italienne, qui l'a notamment utilisé comme symbole lors d'une marche des fiertés en Sicile en 2011. Un an plus tard, les éditions Treccani (l'équivalent italien de Larousse) évoquaient l'utilisation de l'astérisque en tant qu'outil pour rendre les mots neutres.

En allemand.

Le langage inclusif s'appelle en allemand le Geschlechtergerechte Sprache. Un guide très complet du gouvernement suisse est notamment accessible sur la question. Il y a de nombreuses propositions pour rendre l'allemand plus inclusif. Cela peut passer par l'ajout de -Innen au pluriel avec un I majuscule pour affirmer le genre féminin. Cela s'appelle le Binnen-I, une pratique qui remonte aux années 1980. Par exemple, RadfahrerInnen signifie les cyclistes (femmes et hommes).

Un auteur queer allemand sous le pseudonyme de S_He a aussi proposé en 2003 de séparer les formes masculines et féminines par un tiret bas pour symboliser l'espace non-binaire entre le féminin et le masculin : le «gendergap».

En suédois.

Le pronom hen, qui sert de troisième personne du singulier neutre, a été ajouté au dictionnaire de l'Académie suédoise en 2015. Il a été proposé en premier lieu en 1966 dans un journal régional. C'est un pronom inspiré du finnois hän, une langue dans lequel le genre grammatical n'existe pas.

Ce qu'il se passe dans d'autres langues.

Le japonais n'a pas de genre grammatical, mais, historiquement, a une «façon masculine» et une «façon féminine» de parler. Par exemple, les femmes ont plus tendance à utiliser des particules honorifiques. Cependant, au cours des dernières décennies, des observateurs ont constaté que ces différentes s'estompaient peu à peu, ce qui conduit des enseignants de japonais à réfléchir à la façon dont sont enseignés le «parler masculin» et le «parler féminin».

Le serbe dispose d'un genre neutre, ce qui lui permet notamment d'être utilisé par les personnes trans ou de genre non-binaire qui le souhaitent.

Jules Darmanin est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Jules Darmanin at jules.darmanin@buzzfeed.com.

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