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Le FN enchaîne les intox et grossit les chiffres à Fréjus

Les cadres et invités du FN ont enchaîné les contrevérités et les exagérations à Fréjus.

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Durant tout le week-end se sont enchaînées tribunes et tables rondes de membres ou de soutiens du FN. Et, avec eux, beaucoup d'intox, d'approximations ou d'exagérations.

1. Fausse info de Nicolas Bay, numéro 3 du Front national, qui affirme que dans les prisons, la population étrangère ou d'origine étrangère est cinq fois supérieure à sa proportion dans le pays.

Voulant démontrer le lien entre immigration et délinquance, le secrétaire général du Front national affirme: «Il n'y a qu'à voir dans les prisons où la population étrangère ou d'origine étrangère est cinq fois supérieure que dans la population.»

Ces statistiques sont notamment produites par le ministère de la Justice, qui fournit des données sur la part des étrangers, mais non des Français d'origine étrangère (dont la définition est variable puisqu'elle peut remonter à une, deux ou trois générations).

Un article de Libération montre les difficultés à chiffrer la proportion d'étrangers (et encore plus des Français d'origine étrangère) impliqués dans des délits ou des crimes.

2. Fausse info de Nicolas Bay: «L'allocation de solidarité pour les personnes âgées permet à un étranger de plus de 65 ans de bénéficier de la retraite à taux plein sur la seule base d'une déclaration sur l'honneur.»

Pour le responsable du parti, cette allocation serait une force d'attraction pour l'immigration. Mais il la définit faussement à plusieurs titres. Tout d'abord, cette allocation n'est pas accordée sur la base d'une déclaration sur l'honneur, mais sur la présentation d'une carte de séjour datant de plus de dix ans. Ensuite, elle ne permet pas de bénéficier d'une retraite à taux plein, mais complète les revenus à hauteur de 801 euros par mois. Or, la moyenne de la pension touchée par les retraités à taux plein est de 1066 euros mensuels par mois.

3. Imprécision de Gilles Pennelle, président du groupe FN au conseil régional de Bretagne: «Il y a 60 migrants à La-Guerche-de-Bretagne (...) une commune de 2500 habitants.»

Il y a en fait environ 4200 habitants dans cette commune. Par ailleurs, Gilles Pennelle présente la situation comme si les migrants avaient vocation à rester dans la commune. Cette dernière possède en effet un Centre d'accueil et d'orientation (CAO) de 60 places. Mais il y a une rotation et Ouest-France indiquait en avril 2016 qu'une centaine de migrants était déjà passée par le centre. Ce qui montre que certains arrivent, et d'autres partent.

5. Erreur de Sophie Montel, députée européenne FN: «Il y a des menaces pour la laïcité (...) comme les camps interdits aux blancs.»

Sophie Montel évoque sans le nommer le «camp d'été décolonial», un événement tenu cet été, réservé aux personnes «subissant le racisme d'État à titre personnel». La religion était abordée dans certains ateliers —notamment sur l'islamophobie— mais il n'y avait pas de critère religieux pour participer à l'événement. Une personne noire de religion ou de culture catholique, ou athée, aurait été par exemple tout à fait à même de participer.

6. Récupération express de Sophie Montel: «[L'alerte attentat à Châtelet] est une raison de plus de défendre la laïcité.»

Lors de la table ronde, un des participants interrompt la députée européenne, afin d'annoncer qu'il «y aurait eu un attentat contre une église à Châtelet». Sophie Montel enchaîne alors: «c'est une raison de plus pour faire respecter la laïcité en France». Quelques minutes après, un tweet de la préfecture de Paris confirme qu'il s'agit d'une fausse alerte.

7. Délire de Jean-Paul Brighelli, enseignant: «J'habite à Marseille, je n'ai pas envie de voir 350.000 femmes voilées devant moi tous les jours.»

Ce professeur de lettres du lycée Thiers de Marseille a donné une conférence sur l'éducation. Il y a 850.000 habitants à Marseille. Il y a donc environ 425.000 femmes. La statistique de Jean-Paul Brighelli voudrait dire qu'il y a 80% de musulmans à Marseille (ce qui est absurde) et que toutes les femmes musulmanes sont voilées (ce qui est faux: d'après un sondage de l'institut Montaigne, deux tiers des femmes musulmanes ne portent pas le voile.)

8. Étude à moitié suivie par Marion Maréchal-Le Pen.

Dimanche 18 septembre, la députée du Vaucluse cite l’étude de l’institut Montaigne parue ce dimanche dans le JDD, indiquant que 28% des musulmans seraient en faveur d’un islam «rigoriste». Marion Maréchal-Le Pen transforme «rigoriste» en «radicaux», et affirme: «S'il y a 6 millions de musulmans en France, cela fait 1,5 million!» Sauf que l'étude de l'institut Montaigne avance un chiffre entre 3 et 4 millions de musulmans en France. La députée n'a pris que les chiffres qui convenaient à sa démonstration.

9. Intox de Robert Morio, conseiller régional de Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées: la moitié des détenus demandent à faire le ramadan.

Pour donner une estimation du nombre de musulmans dans les prisons, ce surveillant pénitentiaire affirme que 50% des détenus demandent à pouvoir faire le ramadan. La dernière statistique publiée par l'administration pénitentiaire, en 2014, montre qu'il s'agit en fait d'un peu plus d'un quart: 18.300 détenus sur 67.700, soit 27%.

10. Intox de Florian Philippot, numéro 2 du Front national, selon qui la pétition post-Brexit serait bidon parce que 39.000 signatures provenaient du Vatican.

Afin de se moquer des partisans d'un second référendum post-Brexit (qui n'aura pas lieu), Florian Philippot évoque la pétition votée par un grand nombre d'opposants à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Il affirme ainsi qu'un grand nombre de signatures bidons ont été décomptées, alors qu'elles ont été supprimées. Le comité parlementaire britannique en charge de la gestion des pétitions a en effet indiqué que les signatures frauduleuses ont été retirées. Un article du Monde évoque plus en détail les polémiques autour de cette pétition. Il explique notamment que les fausses signatures émanent davantage de trolls et de soutiens au Brexit que d'opposants trop zélés.

11. Intox de Jean-Paul Brighelli: les mots «nation» et «patrie» auraient volontairement été écartés du programme d'histoire.

Jean-Paul Brighelli désigne Michel Lussault, président du Conseil supérieur des programmes. Il aurait volontairement écarté les mots de «nation» et «patrie» du programme d'histoire. En fait, il ne l'a fait que dans les programme de l'éducation «morale et civique». Michel Lussault se justifie lors d'une audition auprès du Sénat:

«Le CSP a considéré que la nation et la patrie pouvaient constituer des pièges pour un enseignement moral et civique recherchant l'intégration, l'accueil d'enfants de plus en plus variés, et dont nous avons tendance à ne pas objectiver la diversité d'origines et d'attentes vis-à-vis de l'école [...] Les valeurs de la République ont semblé plus inclusives, plus universelles, que la nation et la patrie, plus polémiques.»

12. Intox de Xavier Raufer, criminologue et ancien d'Occident: «Ça, vous ne le lirez pas dans les journaux.»

Dans sa tribune sur la criminalité, Xavier Raufer évoque les enquêtes de victimation, qui montrent que 568.000 foyers se sont déclarés victimes de cambriolage sur l'année 2014. C'est vrai. Mais il en profite pour conspuer les médias, qu'il désigne comme les «pom-pom girls du ministère de l'Intérieur». Il affirme que ces enquêtes ne sont pas publiées, et qu'il faut trouver ces chiffres «à la page 14 de rapports publiés en petits caractères.» En l'occurrence, cette enquête a fait l'objet d'un long article dans Le Monde ou bien sur franceinfo.

Jules Darmanin est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

Contact Jules Darmanin at Jules.Darmanin@buzzfeed.com.

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