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Tout comprendre aux élections britanniques en cinq minutes

Les Britanniques votent aujourd'hui, mais on ne connaîtra pas le vainqueur ce soir. What a bordel!

Publié le

Aujourd’hui au Royaume-Uni ont lieu les premières élections législatives depuis 2010. Or rien ne se passe comme prévu.

Kirsty Wigglesworth / ASSOCIATED PRESS

Pour tout un tas de raisons que nous allons vous expliquer tout de suite, le système politique britannique a été complètement chamboulé ces cinq dernières années. Les travaillistes (Labour) et les conservateurs (Tories), les deux grands partis qui alternent au pouvoir depuis un siècle, semblent avoir perdu les bonnes grâces de l’électorat.

Petit rappel: en 2010, le troisième parti de Grande-Bretagne, les Libéraux-Démocrates centristes, a réussi à s’imposer, forçant le Premier Ministre conservateur David Cameron à former un gouvernement de coalition.

Carl De Souza / ASSOCIATED PRESS

Jusqu’à cette époque, la norme était que soit les travaillistes, de gauche, soit les conservateurs, de droite, remportaient une majorité de sièges à la Chambre des Communes, organe parlementaire élu au suffrage direct et qui contrôle la plupart des instruments du pouvoir. Le chef du parti vainqueur gagnait ainsi le droit de devenir Premier Ministre et de former un gouvernement.

Mais en 2010 les conservateurs n’ont pas remporté suffisamment de sièges pour gouverner tout seuls. Cameron s’est donc vu obligé de former une coalition avec le chef des Lib Dems, Nick Clegg, mettant un terme à 13 ans de règne des travaillistes.

Selon le point de vue, cette coalition a soit totalement bousillé le pays, soit sauvé l’économie britannique.

Lefteris Pitarakis / ASSOCIATED PRESS

Le cabinet de Cameron a fait de sacrées coupes dans les dépenses de l’État afin, dans ses propres termes, «d’équilibrer le budget» et de «réduire le déficit». Cela a pris beaucoup plus de temps que prévu, et ses opposants ne se sont pas privés de critiquer le coût humain de ces réductions.

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Cela a valu une bonne cote de popularité à David Cameron. En revanche, celle des Lib Dems a dégringolé.

Adrian Dennis / AP

David Cameron est bien plus populaire que son propre parti, et il se représente à ces élections avec la promesse de cinq nouvelles années de gestion économique prudente. Cependant, la coalition n’a pas franchement enthousiasmé les supporters des Lib Dems – dont beaucoup étaient de gauche et détestaient les Tories.

Voici Ed Miliband, chef du parti travailliste

Dan Kitwood / Getty Images

Miliband, considéré comme l’héritier de l’ancien Premier Ministre Gordon Brown, est le plus jeune des deux frères qui s’étaient disputé la tête du parti travailliste après sa défaite de 2010. Il a battu son grand frère David de quelques voix. Après sa déconfiture ce dernier, protégé de l’ancien Premier Ministre Tony Blair et considéré comme le plus populaire des deux, n’a pas tardé à quitter le parlement et à s’installer à New York.

Pendant les quatre ans qui ont suivi son élection à la tête du Labour, Miliband est passé pour un geek – il est capable de finir un Rubik’s cube en 90 secondes – mâtiné d’un certain goût pour les mesures de redistributions gauchistes vieille école dans le genre restriction des activités des entreprises privées et réduction des frais d’inscriptions des universités. Ces dernières semaines sa cote de popularité autrefois épouvantable a accusé un immense progrès (passant de vraiment antipathique à neutre) à mesure que le public entendait davantage parler de lui, ce qui a fait naître chez les travaillistes l’espoir qu’ils pourraient remporter une victoire de dernière minute.

L'économie se porte plutôt bien, mais la réélection de David Cameron est loin d'être acquise.

Stefan Rousseau / Getty Images

Pour la faire courte: les petits partis ont gagné du terrain grâce à la désillusion du public face aux deux partis principaux. Le vote s’est fracturé, les grands partis se démènent pour sortir leur épingle du jeu, conséquence: le système électoral est en train de se fissurer.

Au premier rang des outsiders, voici le United Kingdom Independence Party, dirigé par Nigel Farage.

Scott Heppell / AP

Le UKIP a été formé dans les années 1990 par des conservateurs furibards pour s’opposer à l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne – mais Farage a contribué à l’étendre au-delà de sa base constituée de vieux messieurs de droite outragés. Il a réussi à poser comme un défenseur traditionnel de la patrie, gros fumeur et vivant à la dure, prêt à en découdre au nom des masses ignorées dont les vies sont ruinées (selon lui) à la fois par une immigration incontrôlée et l’ineptie du gouvernement.

Son omniprésence médiatique lui a valu un statut légendaire chez des gens lassés par des partis traditionnels trop collés au centre. Vers 2012, grâce à une touche de politique américaine à la Tea Party, son parti a commencé à faire une percée dans les sondages sur les élections législatives à venir, se gagnant des électeurs déçus à la fois par les travaillistes et les conservateurs. Compte tenu du système électoral du Royaume-Uni, le UKIP ne remportera probablement pas beaucoup de sièges mais malgré les accusations de racisme qui le gênent aux entournures, il chipe un nombre conséquent de voix aux deux grands partis.

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Il y a aussi le Scottish National Party, dirigé par Nicola Sturgeon.

Andy Buchanan / Getty Images

Le SNP a réussi à décrocher une majorité de sièges au parlement écossais (le Royaume-Uni fonctionne avec un système d’assemblées représentatives décentralisées pour le Pays de Galles, l’Écosse et l’Irlande du Nord) en 2011. Il a immédiatement organisé un référendum sur l’indépendance de l’Écosse dont les résultats se sont décidés à un cheveu, et où la plupart des 45% d’électeurs qui étaient en faveur d’un retrait immédiat du Royaume-Uni ont transféré leur allégeance politique au SNP, créant du jour au lendemain un formidable bloc politique.

L’Écosse compte 59 sièges au parlement de Westminster, et aux dernières élections les travaillistes les avaient presque tous gagnés. Cinq ans plus tard, certains sondages laissent penser que le SNP va ramasser la presque totalité des sièges écossais, chambardant totalement la structure politique britannique au passage.

Bon, il y a aussi Plaid Cymru et les Verts – respectivement un groupe gallois nationaliste et un parti socialiste dissident – mais ils ont moins d’importance ici.

Leanne Wood de Plaid Cymru et Natalie Bennett des Verts.

À la veille des élections les candidats étaient au coude à coude dans les sondages, les Tories attirant environ 34% des voix, le Labour à peine moins, et tous les autres se disputant le reste.

Même si ni les travaillistes, ni les conservateurs ne veulent l’admettre, personne ne s’attend à ce que les uns ou les autres ne remportent une majorité, il y aura donc un hung parliament, un parlement minoritaire, et un gouvernement formé par celui des deux partis qui réussira à bricoler une coalition.

Mais ça ne va pas être facile: il faut en gros 323 sièges pour avoir la majorité, et les prédictions estiment que les conservateurs obtiendront 280 sièges à peu près, les travaillistes 270, le SNP 50, les Lib Dems 30, et qu’un assortiment de petits partis comme le UKIP et Plaid Cymru se partageront les circonscriptions qui restent. Faites le calcul et vous verrez très vite où est le problème.

Et depuis le début de la longue campagne lancée en janvier, il ne s'est absolument rien passé qui soit susceptible de modifier les prévisions.

Cinema 5 Distributing / Via tumblr.com

Depuis le départ, tous les débats tournent autour de qui peut former une coalition avec qui plutôt qu’autour de l’espoir qu’un des deux partis puisse prendre la tête de la meute. C’est le bazar, et personne ne sait quel genre de gouvernement – et avec quelles politiques – va émerger après le 7 mai. Les conservateurs pensent qu’ils peuvent convaincre les électeurs anglais de les soutenir en brandissant le spectre d’un gouvernement travailliste manipulé dans les coulisses par le SNP, tandis que le Labour espère qu’un programme de cadeaux populistes pourra lui donner un avantage.

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Le gros hic: en fait personne ne veut s’associer avec personne.

Le SNP, de gauche, a déclaré qu'il était hors de question de passer un quelconque accord avec les Tories, les travaillistes ont asséné que jamais ils ne s'acoquineraient avec le SNP, quant aux dirigeants du Lib Dem, ils ne sont pas très chauds à l'idée de travailler avec le Labour. Et puis les Tories ne veulent s'associer avec personne s'ils peuvent l'éviter, et surtout pas avec le UKIP, leur rival de droite. Et le public n'aime pas trop les alliances en général.

Tout cela est donc à la fois très saugrenu et ennuyeux à crever.

L'un des directeurs de campagne des conservateurs a été accusé d'avoir rédigé sa propre page Wikipédia et de vendre des livres promettant un enrichissement rapide sous un pseudonyme. Un étrange culte d'adoratrices adolescentes est né autour d'Ed Miliband. Il y a eu un sacré paquet de discours peu mémorables. Quelques atroces affiches. Les trucs habituels des campagnes électorales.

L’un dans l’autre, il y a fort peu de chances que les Britanniques aient un vainqueur le 8 mai au réveil.

giphy.com

Les bureaux de vote ouvrent ce jeudi 7 mai, et le dépouillement se fait pendant la nuit. Mais c’est ce qui va se passer dans les jours qui vont suivre qui va vraiment compter, et cela dépendra beaucoup de celui qui pourra crier victoire et contrôler la version offerte par les médias dès la fermeture des bureaux de vote.

Cet article a été traduit de l'anglais par Bérengère Viennot.

Jim Waterson is a politics editor for BuzzFeed News and is based in London.

Contact Jim Waterson at jim.waterson@buzzfeed.com.

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