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La Russie se cache derrière la vidéo de la «journaliste indépendante» sur la Syrie

La nouvelle chaîne de vidéos virales In The Now promet «des infos servies chaudes avec une pointe d'humour». Et avec une bonne dose de propagande via son propriétaire, la chaîne RT, créée par le gouvernement russe.

Publié le

Pour les utilisateurs des réseaux sociaux qui cherchent «des infos servies chaudes avec une pointe d'humour», une nouvelle chaîne cartonne en ce moment. In The Now, qui a le vent en poupe ces dernières semaines, est la dernière née des chaînes vidéo en ligne mélangeant divertissement, contenu éphémère et infos sérieuses pour générer des clics sur les réseaux sociaux. Sa ligne est plus évidente sur sa page Facebook, dont la bannière est un montage représentant des dirigeants de la planète, d'adorables animaux et des célébrités comme Shia Labeouf.

Ces derniers jours, elle a connu deux grands succès viraux, concernant ce qu'elle décrit comme la campagne de désinformation des médias occidentaux autour de la guerre civile en Syrie.

Une chaîne financée par la Russie

Ce qui n'est pas immédiatement clair pour les internautes sur In The Now, c'est qu'il s'agit de la nouvelle filiale de RT, la chaîne d'informations financée par l'État russe, anciennement connue sous le nom de Russia Today. Ce sont des infos servies chaudes avec une pointe d'humour et une bonne dose de propagande.

Hormis une page enfouie au fond du site de RT (In The Now a commencé son existence sous la forme d'une émission régulière sur la chaîne RT), il existe très peu de signes du lien entre In The Now et le gouvernement russe. L'url de la chaîne YouTube est InTheNowRT, mais on ne trouve ni description ni signature qui établisse de lien avec RT. Sur Facebook et Twitter, on ne voit aucun signe du lien entre les deux chaînes.

Le site Web de In The Now — inthenow.media — n'a pas non plus d'indices clairs sur ses propriétaires. Ce jeudi, son principal article se demandait si le Dalaï Lama était un agent de la CIA.

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Même s'il n'y a pas d'avertissement pour prévenir les lecteurs, les contenus de ce nouveau service semblent bien avoir une vision du monde spécifique: un grand scepticisme vis-à-vis des politiques étrangères occidentales et un fort soutien aux intérêts russes.

L'un de ses succès récents a été une vidéo virale «Une journaliste indépendante démonte en deux minutes la rhétorique des médias traditionnels sur la Syrie», où le gouvernement russe soutient la politique de la terre brûlée du régime Assad face à ses opposants.

En français, la vidéo a été partagée par la chaîne YouTube de RT. Mais en anglais, par celle de In The Now. On y voit la journaliste canadienne Eva Bartlett répondant aux questions d'un journaliste à l'ONU. Elle fait de nombreuses remarques surprenantes, déclarant notamment que les élections de 2014 en Syrie, qui ont été largement dénoncées comme une farce électorale, auraient montré le «soutien écrasant» des Syriens au président Bachar Al-Assad (Assad a obtenu 88% des voix, moins que les 97% qu'il avait obtenus en 2007).

Voir cette vidéo sur YouTube

youtube.com

Eva Bartlett a également déclaré que la Défense Civile Syrienne, mieux connue sous le nom de Casques Blancs, était un mouvement de propagande soutenue par les Occidentaux qui «recycle» fréquemment les enfants qu'ils retirent des gravats des bâtiments bombardés. «Personne dans l'est d'Alep n'en a entendu parler», a-t-elle déclaré.

Propagande pro-Damas

Un autre succès viral de In The Now concernait également la guerre civile en Syrie, cette fois en déclarant qu'une série de vidéos d'«adieux» postées par des civils dans des zones assiégées d'Alep «ressemblaient à une campagne de communication coordonnée» par les personnes qui souhaitaient croire «qu'Assad allait au hasard de ville en ville en massacrant son propre peuple pour des raisons absurdes, avec l'aide de la Russie». «Vous y croyez?» demande la présentatrice?

Cette vidéo a été transformée en article de presse par RT. «In The Now a trouvé peu d'indications selon lesquelles les personnes apparaissant dans ces vidéos prises par téléphone étaient réellement des civils subissant le "pilonnage russe et syrien" tant médiatisé», écrit l'article de RT.

Pour boucler la boucle, l'ambassade russe au Canada a tweeté l'article:

Civilians making social media pleas from #Aleppo actually activists with MSM primetime access (VIDEO) https://t.co/kKvqV1vXEV

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RT a répondu à notre demande d'interview avec un communiqué qui explique:

«Le projet vient originellement de la plateforme télévisée RT, mais est devenu une marque séparée parce que sa créatrice, Anissa Naouai, voulait explorer un format moins formel, plus numérique. In the Now est désormais éditorialement indépendant de RT.»

La vidéo des commentaires d'Eva Bartlett a été vue des millions de fois sur Facebook et d'autres plateformes, avec un public réceptif sur tout l'échiquier politique, des anti-impérialistes avérés à gauche aux fans accomplis du futur président Donald Trump à droite. Cette vidéo a été saluée entre autres par A.J. Delgado, conseiller de Trump.

Top Trump surrogates now applauding guests at Assad-sponsored press conferences at the UN.

La conférence de presse où Eva Bartlett a fait ces remarques sur la Syrie a eu lieu le 9 décembre dans le bâtiment des Nations Unies à New-York. Kristoffer Rønneberg, le correspondant aux États-Unis du journal norvégien Aftenposten, est le journaliste qui, selon In The Now, a été démonté par les commentaires de Bartlett.

Kristoffer Rønneberg a dit à BuzzFeed News qu'il était seulement présent car l'ambassadeur syrien aux Nations-Unies, Bashar Jaafari, était censé s'y exprimer.

Independent Canadian journo totally crushes MSM reporter on what’s actually going on in Syria

«Je souhaitais entendre sa perspective», a-t-il dit à BuzzFeed News. «Si je me rappelle bien, il n'y a pas eu de raison donnée pour expliquer pourquoi il ne s'est pas présenté. À la place, il y avait quatre personnes, des militants, qui représentaient selon moi le message qu'on pourrait entendre des gouvernements russe ou syrien».

Kristoffer Rønneberg a déclaré qu'il ne savait pas si la conférence était censée générer ce type de moment viral, «mais clairement, cela a été utilisé par des organisations médiatiques et des internautes qui promeuvent une certaine perspective sur la guerre en Syrie», a-t-il ajouté. «Cet échange est activement utilisé comme un élément de la campagne d'information sur un conflit militaire», a déclaré Rønneberg. «Que cela ait été prévu ou non, je l'ignore».

Eva Bartlett a déclaré à BuzzFeed News que l'ambassadeur Syrien, Bashar Jaafari, était à la base censée la présenter, mais que «à cause de la réunion de l'AG ce matin là, il s'était excusé auprès de moi de ne pas pouvoir être présent». La conférence de presse, a-t-elle déclaré, était organisée «à ma demande expresse pour présenter certaines de mes conclusions, ainsi que par la coalition US Hands Off Syria».

Eva Bartlett a maintenu ses propos tenus lors de la conférence de presse, et a déclaré qu'aucun des civils qu'elle avait rencontrés à Alep n'avait entendu parler des Casques Blancs. «Les opinions que j'ai exprimées sont les miennes, et reflètent également les opinions des Syriens que j'ai rencontrés», a-t-elle déclaré.

«Je ne m'attends pas à ce que cela vous plaise, car la tonalité de vos questions reflète votre propre alignement, qui semble être en accord avec les médias déterminés à masquer la vérité sur la Syrie et à promouvoir la propagande de guerre.»

Ce post a été traduit de l'anglais.

Ishmael Daro is a social news editor for BuzzFeed and is based in Toronto.

Contact Ishmael N. Daro at ishmael.daro@buzzfeed.com.

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