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    9 déc. 2016

    Des élèves manifestent à Stains après avoir été insultés au musée d'Orsay

    Le musée d'Orsay avait expliqué qu'ils avaient eu «un comportement bruyant», sans expliquer pourquoi le personnel du musée avait insulté les élèves.

    Une semaine après l'incident qui a causé leur départ du musée d'Orsay, les élèves du lycée Utrillo de Stains ont décidé de donner de la voix. Selon un témoin sur place, ils ont organisé jeudi matin une manifestation devant leur établissement aux cris de «culture pour tous» et de «j'ai ma place au lycée, au musée!»:

    "J'ai ma place au lycée, au musée !", "Élèves du 9-3, culture pour tous !" scandent-Ils et elles

    De son côté, la CGT Musées Orsay/Orangerie a elle aussi réagi à la polémique suscitée par le comportement des personnels du musée d'Orsay. Dans un communiqué, le syndicat déclare «soutenir les personnels du musée d'Orsay éprouvés par l'altercation» et demande à ne pas faire d'«amalgames»:

    «Nous refusons les amalgames produits par les invectives d'une unique personne à l'encontre d'agents publics dont la CGT connaît le professionnalisme, le savoir faire, l'expérience et le dévouement à leurs missions.»

    Mise à jour

    Ajout de la réaction des élèves du lycée Utrillo et de la CGT Orsay/Orangerie.


    Une classe malmenée au musée

    Tout a commencé le mercredi 7 décembre quand Mario Ac, professeure à Stains (Seine-Saint-Denis) a raconté sur Facebook qu'une sortie avec ses élèves au musée d'Orsay avait tourné au fiasco lorsque les agents de surveillance de l'établissement ont pris à partie sa classe.

    Selon le récit de l'enseignante, un surveillant du musée a insulté ses élèves «sans aucune raison», leur demandant de «fermer [leurs] gueules».

    La prof s'explique avec lui, et le surveillant s'en va mais revient avec une collègue qui selon la prof s'en prend directement à elle, avec une série d'attaques personnelles.

    «C'est quoi ces vêtements? Elle n'a aucune autorité sur ses élèves, on ne sait même pas si c'est un homme ou une femme.»

    S'ensuivent alors de nouveaux cris, la surveillante expliquant à l'enseignante que l'attitude de ses «élèves est hautement problématique et que tous les clients du musée sont choqués». Mais selon Mario Ac, il n'y personne d'autre avec eux dans la salle.

    «Si nous restons, ils arrêtent de travailler»

    Devant des élèves «médusés», les cris continuent et la situation échappe définitivement à tout contrôle lorsque d'autres surveillants décident d'intervenir dans l'altercation:

    «Pendant ce temps, le premier surveillant prend mes élèves à partie et bouscule littéralement la professeure qui m'accompagne. Nous restons aussi calmes que possible mais leurs cris attirent d'autres surveillants de salle qui se mettent, à leur tour, à hurler sur mes élèves et moi-même. La situation devient délirante.»

    Les deux enseignantes décident de poursuivre leur visite en silence, et demandent à leurs élèves de les suivre dans les allées du musée. Les surveillants du musée menacent alors d'arrêter de travailler, et accusent la classe d'adolescents d'avoir «agressé» les clients du musée.

    Les élèves poursuivent finalement leur visite, mais se plaignent auprès de leurs professeures que «dès qu'ils entrent dans une salle, ils sont suivis, engueulés» et «sommés de quitter les salles, les unes après les autres». Ceci alors que d'autres classes d'élèves visitent elles aussi le musée, relativement bruyamment selon les observations de Mario Ac, sans qu'aucune remarque ne leur soit faite.

    Et la prof de conclure:

    «Mes élèves n'ont rien fait si ce n'est être là où on ne veut pas les voir. On ne leur reprochait pas tellement de parler, puisqu'ils se taisaient, mais d'exister. On ne me reprochait pas tellement de m'énerver, puisque je restais calme, mais de prendre leur parti plutôt que de rejoindre le rang pour leur ordonner de disparaitre.»

    Le musée «regrette qu’une situation conflictuelle se soit développée»

    Contacté par BuzzFeed News, le musée d'Orsay écrit dans un communiqué, après avoir parlé à son équipe de sécurité, que le groupe semblait «avoir eu un comportement bruyant» et dit regretter «qu'une situation conflictuelle se soit développée»:

    «Le musée tient à préciser que ce groupe semble avoir eu un comportement bruyant, à l’origine de l’incident. Il regrette qu’une situation conflictuelle se soit développée. L'intervention de l’encadrement de la surveillance du musée a permis d’apaiser la situation. Le groupe a pu continuer sa visite.»

    Dans son récit, la professeure expliquait avoir repris la visite mais avoir ensuite décidé de partir avec sa classe, ses élèves se plaignant d'être suivis de salle en salle par la sécurité.

    Le communiqué d'Orsay poursuit:

    «Le musée va prendre contact avec la direction de l'établissement dans la journée. La direction du musée rappelle qu'elle met tout en œuvre pour recevoir dans les meilleures conditions plus de 150 000 élèves chaque année venant de tous horizons. Elle est très attentive à permettre à tous les publics d’être bien accueillis au musée.»

    Mise à jour

    Le musée d'Orsay a envoyé un deuxième communiqué ce vendredi soir disant avoir contacté l'établissement et la professeure pour organiser une nouvelle visite.

    Pas la première polémique au musée d'Orsay

    Ce n'est pas la première fois que le musée d'Orsay est pointé du doigt pour son traitement d'une partie de son public. En janvier 2013, l'établissement s'était retrouvé dans la tourmente après avoir sorti de ses murs une famille qui visitait les collections. Le musée avait alors été accusé d'avoir expulsé la famille parce qu'elle était d'origine modeste.

    Dans les commentaires postés sous le message de Mario Ac, de nombreux internautes ont quant à eux partagé des expériences similaires, toujours au musée d'Orsay. L'un d'eux accuse le musée de délit de faciès, vécu lors d'une visite avec sa classe, elle aussi originaire de Stains.

    Une autre internaute raconte quant à elle l'accueil qu'elle a reçu alors qu'elle était accompagnée de sa fille en bas âge, dénonçant les réactions adressées plus généralement aux familles accompagnées d'enfants.

    BuzzFeed News a contacté la professeure et mettra à jour cet article en conséquence.

    Paul Aveline est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

    Contact Paul Aveline at paul.aveline@buzzfeed.com.

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