Aller directement au contenu

    2017: comment les politiques français récupèrent la victoire de Trump

    L'élection du magnat américain fait les affaires de tout le monde.

    Les États-Unis (et une bonne partie du monde) sont sous le choc. Défiant tous les pronostics, Donald Trump est devenu le nouveau président américain après une nuit où Hillary Clinton n'a jamais été en mesure de le concurrencer. En France, les réactions politiques ne se sont pas fait attendre: joie au FN, opportunisme au PS et espoir chez les sarkozystes.

    Le Front national fête «sa» victoire

    Ils ont soutenu Donald Trump pendant toute sa campagne. Marine Le Pen, Florian Philippot et Steeve Briois ont été les premiers en France à féliciter le futur président américain (sans attendre les résultats définitifs comme l'a noté Le Lab). Pour les élus du Front national, l'opportunité est trop belle: l'élection de Trump annonce forcément celle de Marine Le Pen en 2017.

    95 % des médias USA faisaient campagne contre Trump. Tout le système s'est mobilisé contre lui (même Noah...lol). Ça vous rappelle pas qqn?

    Le clan de Marine Le Pen jubile, et pour cause: Donald Trump a gagné en se présentant comme le candidat anti-establishment, malgré l'opposition quasi-unanime des médias américains et des people qui ont rallié Hillary Clinton en masse. Une ressemblance entre les deux candidats que Florian Philippot, numéro 2 du parti, n'a pas manqué de remarquer.

    Leur monde s'effondre. Le nôtre se construit. #PlaceAuxPeuples

    @f_philippot

    Joint par BuzzFeed News, Louis Aliot, vice-président du FN, se félicite de la victoire de Donald Trump, non parce qu'il soutient son programme, mais parce qu'elle prouve, selon lui, la volonté des peuples de «tourner la page»:

    «Les médias se sont comportés d’une telle manière qu’ils ont rendu Trump sympathique. Au-delà de son programme politique, c’est un formidable pied de nez à un système qui décide de qui est bien et qui n’est pas bien. J’ai entendu pendant dix mois des tombereaux d’insultes et de critiques. Le peuple américain a voté pour lui. Il faut que les professionnels des médias soient quand même attentifs, et fassent preuve d’un peu d’humilité. Ça nous conforte dans l’idée qu’il existe une alternative. Il faut tout remettre à plat. Et on ne peut le faire qu’avec de nouvelles personnes.»

    À gauche, l'argument du vote utile

    Du côté du PS canal hollandais, c'est Jean-Christophe Cambadélis, soutien indéfectible du président de la République, qui a le premier sonné la charge. Le premier secrétaire du PS ne se félicite pas, bien sûr, de la victoire de Donald Trump –le PS a soutenu Hillary Clinton– mais il trouve dans ce succès surprise un argument de campagne.

    La Gauche est prévenue ! Continuons nos enfantillages irresponsables et ça sera Marine Le Pen. #Presidentielle2017 #Trump #USElection2016

    @jccambadélis

    Les candidats à la primaire sont prévenus, s'opposer à François Hollande est un «enfantillage». François Hollande, qui a soutenu Hillary Clinton et qui avait même préparé un communiqué de félicitations pour la candidate démocrate, devrait affronter Arnaud Montebourg, Benoît Hamon ou encore Gérard Filoche lors de la primaire. L'idée de Jean-Christophe Cambadélis est simple: sans Hollande, la France connaîtra un nouveau 21 avril 2002. Une idée reprise par Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes, qui met en garde les concurrents de François Hollande:

    Je vois déjà ceux qui pérorent "2017: le barrage à l'extreme droite, c'est moi ". Seul le "nous" fera barrage. #politicbusinessasusual

    Pour Razzy Hamaddi, député socialiste, l'urgence à gauche est de s'unir pour éviter une débâcle et «la victoire d'un ou d'une populiste en 2017». Auprès de BuzzFeed News il explique:

    «Il faut se réveiller. Ça m’inspire qu’à gauche, il faut que certains arrêtent, à la gauche de la gauche. Il y a une prise de conscience à avoir. Tout candidat qui n’a pas rassemblé son camp risque de perdre des plumes. Que ça soit la gauche écologiste, la gauche communiste, les différentes nuances de gris que comporte la gauche socialiste: tout le monde doit se mettre autour de la table et réaliser à quel point la situation est grave.»

    Les sondeurs se sont plantés, une chance pour les sarkozystes

    Pour le clan Sarkozy, la victoire de Donald Trump a un intérêt de taille: montrer que les sondeurs et les médias peuvent se tromper. Alors que le milliardaire était donné perdant dans tous les sondages depuis plusieurs semaines, il a été élu avec un écart conséquent sur Hillary Clinton. Une situation qui n'est pas sans rappeler un certain Nicolas Sarkozy, largement distancé par Alain Juppé dans toutes les enquêtes d'opinion sur la primaire de la droite. Une analogie qu'Éric Ciotti, député LR et soutien de l'ancien président, n'a pas manqué de remarquer en reprenant à son compte l'interrogation d'un journaliste du Figaro:

    @cjaigu

    Pour Luc Chatel, l'élection de Donald Trump contre tous les pronostics est aussi à rapprocher du Brexit. Et l'élu LR, sarkozyste lui aussi, en tire une conclusion: «Les électeurs détestent qu'on leur dicte leur vote.»

    @lucchatel

    Une vision confirmée par Nicolas Sarkozy en personne qui n'a pas hésité, après avoir annoncé que lui aurait voté pour Hillary Clinton, à saluer le choix des Américains:

    «Le message du peuple américain exprime le refus d’une pensée unique qui interdit tout débat sur les dangers qui menacent nos nations.»

    La victoire de @realDonaldTrump rappelle qu'en démocratie un Président est élu et pas choisi par les médias et les sondeurs. #USA2016

    Mélenchon, un barrage face au FN

    Évidemment, dans les rangs de Jean-Luc Mélenchon, on ne se réjouit pas franchement de la victoire de Donald Trump et de sa ligne ultra-droitière. Toutefois, Danielle Simonnet trouve des raisons d'espérer une victoire du leader de gauche en 2017. Jointe par BuzzFeed News, la coordinatrice nationale du Parti de gauche explique:

    «La défaite de Clinton est la preuve qu’elle a incarné l’establishment. S'il y a un enseignement à tirer en France, c’est qu’un Bernie Sanders aurait pu battre un Donald Trump, tout comme un Mélenchon pourrait battre en France Marine Le Pen. C’est le seul qui en est capable, dont l'orientation répond à la crise totale de confiance. Le seul qui est capable de redonner un espoir aux couches populaires, de leur montrer qu’on peut agir à la racine des choses.»

    Et pour l'élue parisienne, pas question de se faire doubler à gauche par Arnaud Montebourg. «Arnaud Montebourg nous reproche notre radicalité. Eh bien nous, nous l'assumons, nous sommes radicaux!» Une vision partagée par Jean-Luc Mélenchon lui-même, qui a posté un message sur son compte Twitter en apprenant les résultats de l'élection américaine:

    Sanders aurait gagné. Les primaires ont été une machine à museler l'énergie populaire. Maintenant vite descendre du train fou atlantiste.

    Même Poisson se réjouit

    Bon dernier, dans les sondages, de la primaire de la droite et du centre, Jean-Frédéric Poisson n'en perd pas pour autant espoir. Le patron du PCD voit dans l'élection de Donald Trump un signe que lui aussi pourrait un jour accéder aux fonctions suprêmes. Sur LCP ce matin, Jean-Frédéric Poisson a ainsi déclaré:

    «Donald Trump est parti de très loin et cela m'ouvre évidemment des perspectives nouvelles.»

    Paul Aveline est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

    Contact Paul Aveline at paul.aveline@buzzfeed.com.

    Got a confidential tip? Submit it here

    News moves fast. Keep up with the BuzzFeed News daily email!

    Newsletter signup form