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    Posted on 26 juil. 2016

    Voici les ouvriers qui fabriquaient des vêtements Trump pour une misère

    Les employés d'une usine de textile qui fabriquaient des t-shirts Trump signalent des conditions de travail dangereuses et abusives –sévères même pour le Honduras.

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    CHOLOMA, Honduras — Heure après heure, les ouvriers se penchent sur les machines à coudre d'une usine étouffante de ce complexe. Malgré une température intérieure supérieure à 37 degrés, racontent-ils, ils se limitent à quelques petites gorgées d'eau de peur qu'une simple pause pour aller aux toilettes leur fasse manquer leurs quotas de production et perdre la paie dont ils ont désespérément besoin.

    «Il faut faire avec pour gagner sa vie», explique une manager dont les cheveux blanc sont tirés en un chignon serré. Elle a demandé à ce que l'on ne cite pas son nom de peur de se faire renvoyer. Ces dernières années, dit-elle, coudre des chemises de la marque de Donald Trump faisait partie du travail.

    En tant que candidat, Donald Trump a fait une campagne axée sur le retour des emplois américains aux États-Unis. «Les artisans et les commerçants et les ouvriers ont vu les emplois qu'ils aimaient se déplacer à des milliers et des milliers de kilomètres», a-t-il déclaré dans un discours en Pennsylvanie le mois dernier. «Maintenant, il est temps que les Américains reprennent leur avenir en main.»

    Mais en ce qui concerne ses propres affaires, Trump dépend depuis des années de la main d'œuvre bon marché d'usines à l'étranger, pour confectionner les vêtements de sa gamme masculine de costumes, chemises et cravates vendue sous la marque Trump et disponible sur Amazon et, jusqu'à l'année dernière, chez la chaîne de grands magasins américaine Macy's.

    Le porte-parole de la campagne Trump n'a pas répondu à nos demandes d'interview sur les vêtements ou leur production.

    Depuis 2004 jusqu'à l'année dernière, Trump faisait affaire avec le géant du textile Phillips-Van Heusen Corporation, ou PVH. PVH, en retour, sous-traitait une partie de la production à Protexsa, une entreprise de fabrication de vêtements appartenant à l'une des familles les plus riches du Honduras. Des militants ont indiqué que Protexsa était connue pour ses conditions de travail rudes, même dans un pays où les ouvriers sont souvent victimes d'abus et réduits au silence.

    «Nous souffrons du moment où nous arrivons jusqu'au moment où nous partons.»

    BuzzFeed News a consulté des registres d'expéditions officiels pour établir que les chemises de Trump provenaient des usines Pretexsa de Choloma, une ville industrielle sur la côte Est du pays. Les données, qui sont recueillies par le bureau américain des douanes et de la protection des frontières, ont été compilées par enigma.io, une entreprise fournissant un accès public aux trésors de données gouvernementales méconnus.

    Selon les registres, le 31 décembre 2012, un navire transportant environ 4000 chemises pour homme Trump couleur anthracite est arrivé à Miami depuis le complexe Protexsa de Choloma. La plus ancienne date d'expédition indiquée dans les registres était en 2007.

    40°C, manque d'hygiène et violences verbales

    Deux superviseurs de Protexsa ont également indiqué avoir confectionné les chemises dans une usine du complexe. L'un y travaille toujours. L'autre y a travaillé durant un an et demi avant de démissionner en 2014 car, dit-il, il n'appréciait pas la façon dont les ouvriers étaient traités. Tous deux se sont exprimés sous couvert d'anonymat de peur de représailles.

    BuzzFeed News a parlé ce mois-ci avec plus d'une douzaine d'ouvriers et anciens ouvriers de ce complexe industriel. Interrogés séparément, ils ont décrit des conditions sévères, notamment un atelier dangereusement chaud où les températures atteignent parfois 40 degrés, des violences verbales de la part des superviseurs, le manque d'hygiène de la nourriture de la cafétéria, et un médecin sur site qui, selon certains, n'a pas reconnu leurs accidents de travail.

    «Vous êtes esclave des objectifs de production», témoigne une ancienne ouvrière, qui dit avoir été licenciée sans explication en décembre. Elle explique qu'elle y a travaillé de 2009 jusqu'à décembre dernier, gagnant approximativement 61 dollars par semaine plus un bonus de 8 dollars si elle atteignait les objectifs de production, ce qui était rare. Cela revenait à environ 1,60 dollars de l'heure, explique-t-elle, et lui a laissé une douleur chronique à l'épaule droite à force de se courber sur une machine à coudre.

    Katie Orlinsky for BuzzFeed News

    Des ouvriers arrivent à l'usine Protexsa de Choloma, au Honduras.

    Protexsa a refusé d'accorder une interview ainsi que de faire visiter l'usine à BuzzFeed News. Un garde à une entrée du complexe a empêché un reporter d'entrer. Lorsqu'on lui a demandé comment étaient les conditions à l'intérieur, il a répondu qu'elles étaient «cruelles».

    Dans un communiqué, la porte-parole de Protexsa, Xiomara Wu, a refusé de répondre aux questions spécifiques concernant les conditions de travail, mais elle a indiqué que l'entreprise visait à «assurer un modèle économique stable et responsable encadré de valeurs civiques et morales.»

    PVH n'a pas voulu commenter les conditions des ouvriers des usines Protexsa de Choloma. L'entreprise dispose d'un «solide processus d'audit en place afin d'identifier les violations des droits de l'homme, des droits du travail, de la santé, de la sécurité et autres violations dans les usines de nos fournisseurs», a déclaré la porte-parole Dana Perlman dans un mail. Elle a indiqué que PVH ne fabrique et ne vend plus de vêtements de la marque Trump, et ne travaille plus avec Protexsa.

    L'usine surveillée pour «sérieuses violations» des droits du travail

    En 2013, l'usine a fait l'objet d'une surveillance pour de «sérieuses violations» dans un rapport du Worker Rights Consortium, une organisation de surveillance des droits du travail basée à Washington. Le rapport, qui a examiné les conditions de travail dans les usines produisant des vêtements pour la ville de Los Angeles, cite le travail obligatoire le samedi et les violences verbales des managers, parmi d'autres préoccupations.

    «Vous voyez tout un complexe d'abus» à Protexsa, a déclaré Scott Nova, directeur du Worker Rights Consortium.

    La production de vêtements et autres marchandises liées à Trump a été délocalisée dans des pays bien connus pour leurs bas salaires et leurs droits des travailleurs déplorables, tels que le Bangladesh, la Chine et le Mexique.

    Au Honduras, qui possède l'un des taux d'homicides les plus élevés au monde et où plus de 62% de la population vit sous le seuil de la pauvreté, les ouvriers continuent de travailler dans des emplois aux conditions sévères car il n'y a que peu d'alternatives.

    Les usines Protexsa sont situées dans un complexe d'environ deux douzaines de bâtiments bleu-gris et beiges au sein d'une zone franche de cette ville de la côte Est humide du Honduras. En bordure de la ville, un panneau déclare: «Choloma, ville manufacturière». Burger King, Dunkin'Donuts et Pizza Hut bordent la route principale poussiéreuse; des collines luxuriantes se dressent en arrière-plan.

    Le complexe semble placide la plus grande partie de la journée. À l'heure du déjeuner, les ouvriers déferlent et se pressent contre la clôture grillagée, tendant des billets froissés aux marchands de l'autre côté en échange de sacs d'eau purifiée et de plateaux de poulet et de riz faits maison –beaucoup disent que la nourriture de la cafétéria les a rendus malades. Des petits groupes d'employés recherchent de l'ombre pour manger rapidement leur repas; chaque minute passée loin de leur lieu de travail les éloigne de leur bonus de production.

    Karla Zabludovsky / BuzzFeed News

    Des ouvriers achètent leur déjeuner à travers le grillage. Ils préfèrent ne pas quitter le site de l'usine pour pouvoir retourner travailler rapidement et essayer d'atteindre les quotas de production stricts.

    Certains ouvriers affirment que les conditions de travail à l'usine ont dégradé leur santé et se plaignent de douleurs chroniques et d'irritations. Certains disent également que le médecin de l'usine n'a pas tenu compte de leurs maux.

    «Nous souffrons du moment où nous arrivons jusqu'au moment où nous partons», rapporte une ouvrière qui a demandé à ne pas être nommée de peur d'être licenciée.


    Des pressions anti-syndicalistes

    Au moins un ancien employé a signalé la forte pression de la part de la direction pour éviter d'embaucher des ouvriers qui pourraient essayer d'organiser un syndicat dans l'usine. Il indique qu'il a souvent reçu des listes manuscrites du service des ressources humaines comportant les noms des ouvriers perçus comme étant favorables à un syndicat. Lorsque ces ouvriers passaient des tests pour postuler un emploi, il sabordait leurs chances en falsifiant le temps qu'ils avaient mis pour effectuer le test, explique-t-il. Cet employé a refusé d'être identifié car il craint de se retrouver sur la liste noire du secteur.

    Les employés considérés comme pro-syndicat étaient également punis d'autres façons par leurs managers, ajoute-t-il. L'une des tactiques était d'augmenter leurs quotas déjà élevés. Les ouvriers du poste de repassage, par exemple, devaient repasser plus de 1600 cols de chemises en une journée de travail de neuf heures.

    L'année dernière, Macy's a retiré la collection Trump peu après que celui-ci a dit au lancement de sa campagne que les Mexicains entrant aux États-Unis apportaient de la drogue et du crime: «Ce sont des violeurs. Et certains, je suppose, sont des gens bien.» PVH a également stoppé la production et la vente de la collection Trump, même si la porte-parole n'en a pas indiqué la raison.

    Les ouvriers travaillant à l'usine sont bien loin de ce genre de préoccupations. Beaucoup ont dit qu'ils ne savent pas qui est Donald Trump. Ils essaient juste de nourrir leur famille.

    Un vendredi après-midi récent, la manager au chignon blanc sort de l'usine Protexsa en buvant du jus d'orange dans un sac en plastique. Son équipe n'a pas atteint son quota de production –encore une fois. Personne n'aura droit au bonus de 8 dollars qui, dit-elle, faisait la différence entre acheter des fournitures scolaires à ses petits-enfants et les forcer à s'en passer.

    «Il n'y a aucun avenir ici», dit-elle.

    Katie Orlinsky pour BuzzFeed News

    Devant la maquila Indhelva, à Choloma, au Honduras.


    BuzzFeed Daily

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