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    Cette star du jeu vidéo raconte comment elle a coincé le harceleur qui la traquait

    «Le harcèlement pourrit la vie d'une personne au quotidien, et il ne peut être affronté seul», raconte Kayane, figure du jeu vidéo en France. Elle est traquée depuis plusieurs mois par un harceleur.

    Kayane est une figure des jeux vidéo en France. C'est une spécialiste des jeux de combat et elle est notamment connue en tant qu'animatrice sur la chaîne Game One.

    facebook.com

    Lundi 20 février au soir, elle a raconté sur Twitter l'arrestation, grâce à ses amis et les forces de l'ordre, d'un «stalker», un harceleur qui suivait ses moindres faits et gestes.

    Le stalker malade m'attendait devant chez GameBlog sachant que je serai au Live. On a réussi à le coincer avec mes proches et les flics.

    Ce soir-là, elle se rendait dans les locaux de Gameblog pour un événement en direct.

    Ce harcèlement durait depuis trois mois, explique-t-elle.

    3 mois que je suis harcelée par un stalker érotomane dangereux. Il s'est pris en selfie hier à la boutique de ma mère et Resto de mon oncle.

    Tlm voulait que je reste chez moi ce soir sachant qu'il m'attendait chez GameBlog. J'ai décidé de sortir l'affronter plutôt que d'avoir peur

    Dans une publication sur Facebook, elle raconte plus longuement ce qui s'est passé avec cet homme, qui, d'après Kayane, a été «pris en charge».

    Facebook: Kayane.fr

    Hier, je devais me rendre à l'émission anniversaire de Gameblog. Mais le stalker qui me harcèle de façon obsessionnelle (semblant souffrir d'érotomanie) depuis des mois et me suit à toutes les conventions où je me rends m'attendait juste devant la porte d'entrée. Dans sa voiture, garée en face de Gameblog. (...)
    Hier, il a pris un selfie devant le resto de mon oncle le midi où j'organisais des soirées avec ma communauté. Avant, il se contentait (et c'était déjà trop pour moi) de fouiller internet et prendre des photos de mes parents, de mes frères et moi petits, et de les poster sur son insta/twitter. Mais maintenant il voulait s'immiscer dans ma vie, vraiment, physiquement.
    Prise de panique, j'appelle la police qui me dit que tant qu'il ne s'est rien passé physiquement en gros, ils ne pourront rien faire immédiatement. Mais que si je le vois en face de moi, je peux appeler les urgences... Bon, je me vois mal lui dire «attends, j'appelle la police!» et leur expliquer la situation devant lui, enfin bon...

    Bref je désespère. J'ai une crise de nerfs. Je pleure de rage. Je sais pas où il est à Paris et j'ai le sentiment de ne pas être aidée et que rien ne peut être fait. J'ai pourtant tout donné dans mes plaintes: son numéro, lieu de travail, plaque d'immatriculation, etc., ça ne changeait rien au truc. J'ai tellement d'éléments sur lui, comment ça peut stagner à ce point. Je ne vais pas attendre que quelque chose de grave m'arrive.

    En consultant le compte Twitter de son harceleur, elle s'est rendue compte qu'il avait pris un selfie avec un autre animateur de Game One. Elle a alors pris la décision de le coincer.

    Je vérifie son compte Twitter. Je vois qu'il a pris un selfie avec Marcus. J'hallucine. Comment a t-il pu s'approcher de Marcus, de quand date le selfie, c'était où? J'appelle Marcus qui me répond, il n'avait pas reconnu le stalker et m'informe que la photo a été prise vers 18h, à côté de Gameblog dans une rue près du métro.
    Il m'attendait.

    Mes proches me disent: «Ah bah tu ne vas pas là-bas!»
    Mais ma première réaction était: «Il m'attend là-bas, JE DOIS Y ALLER !»
    C'était ma seule et unique occasion de l'attraper, d'être enfin sûre de savoir où il est. La police ne m'aidera que si je suis en sa présence. Il ne pourra consulter un psychiatre et se faire soigner QUE si la police l'y mène.

    On arrive avec mon ami, on gare notre voiture à côté de la sienne pour qu'il ne puisse pas fuir. Je sors de la voiture, je le regarde et il me sourit d'un air «te voilà enfin!» Je le regarde avec beaucoup de mépris, et devant lui, je sors mon téléphone et j'appelle les urgences. Il faut qu'il comprenne que c'est moi qui le dénonce. (...)

    La police arrive, c'est un soulagement.
    Je reporte plainte, et je dois consulter un médecin spécialisé pour justifier de la nuisance de ses faits sur mon état de santé, mon travail, mon bien-être. Le RDV a été pris pour mi-mai seulement...
    Quant à lui, il est pris en charge et j'espère qu'il pourra être entendu par un psy, qu'il réalise son problème et qu'il sera soigné.

    Kayane explique qu'elle a écrit ce témoignage pour faire partager son expérience à d'autres personnes qui peuvent être victimes de harceleurs. «Il faut en parler. Parce qu'on ne peut pas continuellement vivre dans la peur seule.»

    Je tiens à dire que le harcèlement pourrit la vie d'une personne au quotidien, et qu'il ne peut être affronté seul. Il faut en parler. Parce qu'on ne peut pas continuellement vivre dans la peur seule.
    Je n'aurais jamais réussi à l'attraper hier soir sans avoir parlé de ça à mes proches, sans avoir prévenu de ce qui se passait. Je ne les remercierai jamais assez pour leur réactivité et leur bienveillance.
    De par mon vécu, le harcèlement semble vraiment méconnu et pas pris au sérieux. Souvent parce qu'il n'y a pas d'impact physique visible, l'impact est intérieur et est dur à voir. S'il n'y a pas eu de violence, ce n'est pas très important alors que la violence peut aussi être mentale. (...)
    Tout ce que je vous raconte là, ce n'est que le récit de trois jours. Mais ça dure depuis des mois. Je vous passe énormément de détails sur ce qu'il a fait tout ce temps, et sur la réaction de sa famille et particulièrement son père qui est très choquante.
    Je n'arrive plus à dormir correctement, je ne peux plus m'entraîner en étant complètement concentrée, je ne peux pas promener Yumiko sereinement. Je passe mon temps libre au commissariat.
    (...)
    Imaginez pour une personne seule face au harcèlement, qui n'a même pas autant d'infos que j'ai sur son harceleur, et qui n'est pas assez prise au sérieux par les autorités. Je ne veux pas imaginer la souffrance. Je veux dire aux personnes qui sont victimes de harcèlement, ne gardez pas ça pour vous, parlez en autour de vous, les proches sont vos meilleurs alliés.

    La plupart des gens ont répondu à la jeune femme pour la soutenir. Mais certains l'ont critiquée parce qu'elle avait pris des photos avec son harceleur lors d'événements liés aux jeux vidéo. Ce à quoi elle répond:

    Le genre de commentaires "T'as pas l'air malheureuse avec lui sur les tofs pourtant" et ça, c'est typique. On remet… https://t.co/8EZticfbDG

    Elle répond également à certaines personnes qui l'accusent de chercher à «faire le buzz».

    Non. Je profite de mon expérience pr que le harcèlement soit pris en compte sérieusement. Pour que les victimes sac… https://t.co/gfMyJhsytY

    En 2014, une enquête de l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne indiquait que 29% des femmes françaises ont subi une forme de «traque furtive», le terme français pour «stalking». Les difficultés rencontrées par Kayane montrent bien qu'il y a encore du chemin à faire pour lutter contre ces pratiques.

    BuzzFeed News a cherché à contacter Kayane et mettra à jour cet article si elle répond à nos sollicitaitons.

    Jules Darmanin est journaliste chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris.

    Contact Jules Darmanin at jules.darmanin@buzzfeed.com.

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