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Flash-Ball: le défenseur des droits veut l'interdire, Cazeneuve refuse

Après Argenteuil et les Mureaux, une troisième personne accuse la police de bavure dans la nuit de lundi à mardi aux Ulis (Essonne). Une plainte auprès de la sûreté départementale a été déposée.

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Après trois accusations de violences policières avec un flash-ball révélées par BuzzFeed France, le Défenseur des droits recommande, mardi 21 juillet, l'interdiction de cette arme lors des manifestations.

Il demande aussi un moratoire général sur son usage, quel qu'en soit le contexte, au vu de la «gravité des lésions» qu'il peut causer. Jacques Toubon s'était saisi, vendredi 17 juillet, de l'affaire d'un adolescent de 14 ans, blessé par un tir de Flash-Ball au niveau des testicules par la police, dans la nuit du 13 au 14 juillet, à Argenteuil (Val-d'Oise).

Contacté par BuzzFeed France, le cabinet de Jacques Toubon a précisé qu'il «était en train d'examiner les deux autres cas de jeunes victimes de tirs de flash-ball aux Mureaux et aux Ulis».

Mercredi, le ministère de l'Intérieur a jugé «contre-productive» l'éventuelle mise en place d'un moratoire sur l'usage du Flash-Ball.

Célébrations du 14 juillet qui dégénèrent, nuit du destin à la mosquée, tirs de flash-ball policiers... Sur de nombreux points, cette histoire ressemble à celle que nous avons publiée à propos d'Amine, 14 ans, qui aurait reçu un tir de Flash-ball à Argenteuil, et de Bakary, 16 ans, habitant des Mureaux qui dit avoir reçu un tir similaire au visage.

Cette fois-ci, la police des Ulis dans l'Essonne est accusée d'avoir tiré sur Tarik M., un jeune homme de 26 ans, chauffeur de VTC pour Uber, dans la nuit de lundi 13 à mardi 14 juillet.

Interrogé par BuzzFeed France, son frère Anass M. raconte:

«Mon frère est allé avec un ami à la mosquée pour célébrer la nuit du destin (célébration religieuse de la fin du ramadan pour les musulmans, ndlr). Lorsqu'il a terminé, il s'est rendu avec lui et un autre ami dans un café ouvert exceptionnellement ce soir-là. Mais il y avait beaucoup d'échauffourées entre des jeunes et la police. Des gamins de 15, 16 ans jetaient des pétards ou des cailloux sur les forces de l'ordre, ce que nous condamnons clairement d'ailleurs.

Une fois arrivé devant le café, mon frère a vu des jeunes à proximité qui se sont mis à courir pour fuir les policiers. Des agents sont arrivés et ont visé au flash-ball mon frère et ses amis. Ces deux derniers sont rentrés immédiatement dans le café pour se protéger, mais Tarik n'a pas eu le temps d'anticiper et a reçu un projectile en pleine tête. Résultat: plaie de 10 cm et 24 points de suture. Le policier a regardé mon frère tomber à terre. Il a dit qu'il appelait les pompiers et lui et ses collègues sont partis. On voyait pourtant très bien que mon frère n'était pas un délinquant, il portait une djellaba et des claquettes, alors que les casseurs étaient en survet'.»

Prévenu par ses amis, Anass dit être arrivé juste après le départ des policiers et avant que les pompiers n'emmènent son frère à l'hôpital.

Le centre hospitalier d'Orsay nous a confirmé que Tarik M. a bien été hospitalisé de la nuit du 14 juillet au jeudi 16.

Le certificat médical que BuzzFeed France s'est procuré évoque notamment un «traumatisme facial avec plaie frontale de 10 cm à la racine du cuir chevelu associée à une embarrure de l'os frontal sans anomalie de l'encéphale». Il mentionne également une incapacité temporaire totale de 21 jours.

Le frère dit aussi avoir ramassé sur place le projectile du flash-ball ainsi qu'une douille de lanceur à lacrymogène.

Anass assure aussi que lorsque lui et son frère ont quitté l'hôpital vers 2h du matin mardi, un policier qui disait appartenir à l'inspection générale de la police nationale (IGPN) les attendait déjà pour recueillir la plainte de Tarik:

«Mon frère a accepté de le suivre au commissariat pour une "audition libre". Sauf qu'une heure après, les policiers ont placé mon frère en garde à vue parce que, selon eux, le procureur le soupçonnait d'être en lien avec les casseurs des Ulis. La garde à vue a été levée seulement vers 5 heures du matin lorsque mon frère a dû retourner à l'hôpital et que les médecins ont dit qu'il devait rester en observation.»

Sollicité pour éclaircir ces éléments, le commissariat n'a pas donné suite. Maître Maati, l'avocat de Tarik, explique:

«Nous allons éclaircir ce point et voir si ce policier qui l'attendait n'a pas usurpé sa qualité. Il pourrait être un policier et non pas un inspecteur de la police des polices. Se sachant coupable de bavure, le commissariat a peut-être voulu trouver des charges contre mon client pour étouffer l'affaire.

Par ailleurs, Tarik est allé porter plainte ce matin auprès de la sûreté départementale.»

La Direction centrale de la Sécurité publique interdit de viser «au niveau du visage ou de la tête» avec un flash-ball et insiste sur la nécessité d'une utilisation «proportionnée» de cette arme.

Contactée, la mairie des Ulis confirme être au courant de cette histoire et dit qu'une «enquête est en cours» sans pouvoir livrer «plus de détails»:

«Cela concerne la police nationale. Mais oui, ce soir du 13 juillet a été très mouvementé, le commissariat a également été pris pour cible par une quarantaine de jeunes. Pour Tarik, il faut attendre les conclusions de l'enquête.»

Nous avons sollicité le ministère de l'Intérieur pour savoir si Bernard Cazeneuve souhaitait réagir à ces trois accusations de violences policières (avec Argenteuil et les Mureaux) en trois jours. Son cabinet explique:

«Il y a plusieurs enquêtes en cours et le défenseur des droits a décidé de se saisir de l'affaire pour l'enfant d'Argenteuil. Il n'y aura pas de réaction du ministre»

Une autre source proche du ministre de l'Intérieur livre, elle, ce commentaire:

«Vous vous intéressez à ces trois jeunes, mais avez-vous aussi écrit sur les policiers pris pour cible et les commissariats caillassés la nuit du 14 juillet?»

En attendant une éventuelle saisine de l'IGPN, une marche est prévue samedi vers 14h aux Ulis pour soutenir Tarik M. De son côté, le parquet d'Evry nous précise ne pas avoir eu le dossier, «la plainte ayant été déposée ce vendredi matin».

Selon la photo envoyée par Tarik M., il s'agit d'un lanceur de balles de défense (LBD40) et non pas d'un flash-ball comme nous l'avions écrit dans le post initial.

David Perrotin est journaliste société chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris. Il écrit notamment sur les sujets liés aux discriminations.

Contact David Perrotin at david.perrotin@buzzfeed.com.

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