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Un lycéen de Villeneuve-la-Garenne violemment frappé par des policiers lors d'un blocus

Des enseignants du lycée Michel-Ange à Villeneuve-la-Garenne (92) dénoncent les violences policières subies par certains de leurs élèves. Des vidéos montrent un étudiant de seconde frappé à terre par des policiers. L'IGPN a ouvert une enquête.

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En soutien à Théo, jeune Aulnaysien victime d'un viol présumé lors d'une interpellation, de nombreux élèves bloquent régulièrement leur établissement pour protester contre les violences policières. C'était encore le cas jeudi 2 mars à Paris et en banlieue parisienne.

Au lycée Michel-Ange à Villeneuve-la-Garenne (92), les élèves bloquaient les entrées de l'établissement lorsque des policiers sont intervenus pour encadrer le rassemblement. Des œufs ont été lancés sur les forces de l'ordre qui ont répliqué avec du gaz lacrymogène. Sarah Alami, professeure de français, raconte la suite à BuzzFeed News:

«Je suis arrivée au lycée à 9h30 et j'ai constaté que les élèves avaient organisé un blocus depuis 8h. Il y avait quelques policiers présents, mais l'ambiance était assez calme. Vers 10h, la situation a dégénéré. Depuis la salle des profs, nous avons vu des élèves courir, crier, et les policiers charger.»

L'enseignante raconte avoir été «très choquée que des élèves aient été aspergés avec du gaz lacrymogène»:

«Une jeune fille, qui était pourtant en retrait, a été gazée près du visage à deux reprises. C'était très choquant. C'est là qu'avec des collègues nous sommes sortis pour voir si des élèves avaient besoin d'aide et pour tenter d'apaiser la situation. J'ai tenté de parler aux policiers, mais c'était impossible.»

Les forces de l'ordre ont alors lancé une seconde charge et ont mis à terre deux élèves. L'un s'appelle Dembo C., et est étudiant en seconde au lycée Michel-Ange. L'autre, Idriss S., étudie au lycée professionnel Charles-Petiet de la même ville. Sur des images que nous ont envoyées des enseignants (dont certaines ont circulé sur les réseaux sociaux), un étudiant encaisse de nombreux coups alors qu'il est à terre.

«Un des CRS a traité sa mère de "pute"»

Interrogé par BuzzFeed News, Matias Garnier Barrio, professeur d'espagnol, qui était juste à côté, témoigne:

«Ils ont mis à terre Dembo alors qu'à ce moment-là il ne faisait rien, si ce n'est défier un peu du regard les policiers. Ils l'ont ensuite clairement passé à tabac alors qu'ils étaient pourtant nombreux. Il recevait des coups au visage, sur le dos pendant que je hurlais: "Stop, arrêtez, c'est un de nos élèves." Mais ils continuaient à le frapper.»

Le professeur raconte aussi que lorsque Dembo était à terre, l'«un des CRS a traité sa mère de "pute", ce qui n'a fait qu'envenimer la situation». Les deux étudiants ont été ensuite arrêtés et placés en garde à vue et seraient accusés d'avoir lancé des pierres sur les policiers. Certains enseignants se montrent toutefois sceptiques sur les raisons de leur arrestation. «D'après la direction du lycée, les policiers ont interpellé les deux jeunes car ils les avaient vus plus tôt avec des projectiles type pavé ou cocktail Molotov. Mais aucun enseignant présent n'a vu autre chose que des œufs», affirme Matias Garnier.

Mathias Lebargy, professeur d'anglais, est en lien avec les parents d'élèves:

«Dembo a été placé en garde à vue 10h jeudi et a effectué une reprise de garde à vue lundi. Les deux élèves étaient convoqués ce mardi matin au TGI de Nanterre, mais nous ne connaissons pas les motifs de leur poursuite».

«Des policiers gazaient les lycéens en se marrant»

Selon un rapport publié par certains enseignants du lycée Michel-Ange après ces événements, les forces de l'ordre sont aussi accusées d'avoir «poussé et gazé un élève handicapé», ce que confirment les enseignants interrogés.


Extrait du communiqué des enseignants

«C'est à partir de là que les élèves ont commencé à insulter les policiers», précise Matias Garnier, qui se dit aussi choqué d'avoir vu des élèves «gazés sans aucune raison»:

«Une élève de première qui se réfugiait derrière un abribus avec d'autres élèves en attendant de pouvoir rentrer dans l'établissement s'est fait asperger au visage. Le détail glaçant, c'est que certains policiers en civil gazaient à tout-va les lycéens en se marrant.»

D'après les deux enseignants, une autre fille a dû être hospitalisée après avoir fait une crise de tétanie. Pour Sarah Alimi, les violences des policiers étaient «clairement disproportionnées»:

«On ne peut pas garantir que tous nos élèves étaient blancs comme neige. Il y avait des tensions, des insultes, des projectiles lancés, mais les violences étaient disproportionnées. Ce n'était pas une interpellation, mais un passage à tabac.»

Jointe par BuzzFeed News, la préfecture de police de Paris (compétente dans les départements limitrophes) a indiqué que l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) avait ouvert une enquête, sans donner plus de détails.

D'après nos informations, Dembo C. a été mis en examen à l'issue de sa garde à vue. Le parquet de Nanterre nous confirme qu'il est poursuivi pour «violences contre personnes dépositaires de l'autorité publique».

Mise à jour le 7 mars à 23h55: La sénatrice Brigitte Gonthier-Maurin a écrit au préfet vendredi et le député Alexis Bachelay a proposé une réunion avec les parents et les enseignants du lycée mercredi 15 mars.

David Perrotin est journaliste société chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris. Il écrit notamment sur les sujets liés aux discriminations.

Contact David Perrotin at david.perrotin@buzzfeed.com.

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