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Soupçons d'emploi fictif: la défense fumeuse du clan Fillon

Après les révélations du Canard enchaîné sur le présumé emploi fictif de la femme de François Fillon, le candidat LR et sa garde rapprochée se défendent... sans jamais évoquer l'emploi fictif.

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Dans l'édition à paraître ce mercredi, Le Canard enchaîné révèle notamment que Penelope Fillon, la femme du candidat LR à la présidentielle, a été rémunérée 500.000 euros brut pendant huit ans comme attachée parlementaire de son mari ou du suppléant de celui-ci. Rien d'illégal jusque-là. Problème: l'hebdomadaire n'a trouvé aucune trace de son travail et présume qu'il s'agit d'un emploi fictif.

Interrogés par la presse, François Fillon et ses différents porte-parole se défendent en assurant qu'il n'y a rien d'illégal pour un parlementaire à embaucher l'un de ses proches. Mais oublient d'évoquer le possible emploi fictif. Une pratique pourtant sévèrement condamnée par la loi (c'est puni de cinq ans d'emprisonnement et d'une amende de 500.000 euros).

Contacté par BuzzFeed News, Jean-Christophe Picard, le président d'Anticor (une association qui lutte contre la corruption) envisage de saisir la justice si celle-ci ne le fait pas d'elle-même:

«Nous allons attendre que les autorités compétentes se saisissent du problème et si ce n'est pas le cas, nous envisageons des poursuites.»

Fillon préfère dénoncer une attaque misogyne

En déplacement à Bordeaux, François Fillon a ignoré le fond des accusations et préfère attaquer Le Canard enchaîné:

«Je vois que la séquence des boules puantes est ouverte. Je voudrais simplement dire que je suis scandalisé par le mépris et la misogynie de cet article.»

Et d'ajouter, en oubliant au passage qu'on lui reproche d'avoir accordé à sa femme un emploi totalement fictif:

«Alors parce que c'est mon épouse, elle n'aurait pas le droit de travailler? Imaginez un instant qu'un homme politique dise d'une femme, comme le fait cet article, qu'elle ne sait faire que des confitures, toutes les féministes hurleraient. Voilà ce que j'ai à vous dire.»

Ses portes-parole oublient aussi l'emploi fictif

Interrogé par l'AFP, Thierry Solère, porte-parole du candidat à la présidentielle, a confirmé que François Fillon avait bien embauché son épouse, mais a omis de préciser si l'emploi était ou pas fictif.

«Il est fréquent que les conjoints des parlementaires soient leurs collaborateurs.»

Même défense pour un autre porte-parole, Philippe Vigier:

«Il n'est pas illégal d'embaucher sa femme ou sa fille.»

Bernard Accoyer parle... d'une pratique courante

Sur France Inter ce mercredi, Bernard Accoyer, secrétaire général du parti Les Républicains et proche de François Fillon, a confirmé avoir «souvent vu» Penelope Fillon «participer à ses travaux (...) y compris à l'Assemblée nationale». Mais lorsque Léa Salamé lui demande ce qu'elle y faisait exactement, l'ancien patron de l'Assemblée répond difficilement:

«Pardon... Écoutez, je ne connais pas le détail de.. de son travail, ce que je peux dire c'est que je l'ai vue souvent, c'est une femme qui est élue locale, c'est une femme qui travaille dans l'ombre de son mari.»

Et d'ajouter que cette situation est même courante:

«C'est aussi l'histoire de beaucoup de parlementaires, car cette situation est relativement fréquente.»

«Tout n'est pas dans le trombinoscope», a tenté Bernard Accoyer après que la journaliste a fait remarquer que Penelope Fillon était introuvable à l'Assemblée nationale et qu'elle n'avait jamais été mentionnée dans aucun document officiel. La femme de l'ex-Premier ministre avait d'ailleurs elle même déclaré dans une interview accordée au Bien public en 2016:

«Jusqu’à présent, je ne m’étais jamais impliquée dans la vie politique de mon mari.»



David Perrotin est journaliste société chez BuzzFeed News France et travaille depuis Paris. Il écrit notamment sur les sujets liés aux discriminations.

Contact David Perrotin at david.perrotin@buzzfeed.com.

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